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Niger : être ou ne pas être (dans l’opposition)

Seini Oumarou (à g.), du MNSD, et Amadou Boubacar Cissé, de l’UDR, à Niamey, le 23 février. © Issouf Sanogo/AFP

À l’approche des élections locales, dans chaque camp, les forces se réorganisent. Alors que le MNSD-Nassara rejoint la majorité, le front anti-Issoufou lance une nouvelle coalition.

Après les législatives du 21 février, à l’issue desquelles le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya, au pouvoir) a remporté 75 sièges sur 171, l’opposition a subi une autre cuisante défaite, le 20 mars, au second tour de la présidentielle, remporté par Mahamadou Issoufou avec 92,5 % des suffrages exprimés. Depuis, elle peine à panser ses plaies et à penser à l’avenir. À moins de quatre mois des élections locales (lire encadré ci-dessous), les principaux partis semblent toujours à la recherche d’une stratégie.

Le 31 août, certains se sont rassemblés au sein du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR), une nouvelle coalition composée de dix partis, dont le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (Moden-Lumana), de Hama Amadou, et le Mouvement nigérien pour le renouveau démocratique (MNRD-Hankuri), sous les couleurs duquel l’ancien président Mahamane Ousmane était candidat à la présidentielle.

Reconfigurations au MNSD

Une façon de rejeter la « main tendue » d’Issoufou, deux semaines après que le bureau politique du Mouvement nigérien pour la société du développement (MNSD-Nassara) s’est prononcé pour le ralliement à la majorité présidentielle.

Seini Oumarou, le président du MNSD-Nassara, semblait hésiter depuis plusieurs semaines. L’ancien Premier ministre, qui s’était incliné face à Issoufou au second tour de la présidentielle de 2011 (avec près de 42 % des suffrages), n’a cette année pas pu passer l’étape du premier tour, avec 12,11 % des voix, contre 17,79 % pour Hama Amadou, qui a maintenu sa candidature malgré son incarcération au moment du scrutin. Après avoir lancé un audit du MNSD-Nassara en juin, Oumarou s’était fait discret…

Il est désormais chargé par son bureau politique de négocier les conditions du ralliement du parti, notamment dans l’optique d’un remaniement ministériel qui, selon nos informations, ne devrait pas survenir avant la mi-octobre. L’hypothèse la plus probable : une réduction du nombre de ministres (qui passerait sous la barre des 30) et une recomposition qui permettrait d’offrir au MNSD-Nassara plusieurs portefeuilles stratégiques.

Moden-Lumana, ultime bastion de l’opposition ?

Le poids de l’opposition repose désormais en grande partie sur les épaules du Moden-Lumana. Le parti de Hama Amadou, qui détient 25 sièges à l’Assemblée, est la deuxième force politique du pays. Mais s’il conserve son influence, surtout dans la capitale, il est néanmoins fragilisé. Poursuivi notamment pour « incitation à attroupement armé » et « trouble à l’ordre public », le député Soumana Sanda, président du groupe parlementaire, a été condamné le 16 juillet à dix mois de prison ferme et deux mois avec sursis.

Bakary Seidou, autre député du Moden-Lumana, a quant à lui été placé en détention provisoire. Il est soupçonné d’avoir organisé un détournement de 6 milliards de F CFA (plus de 9 millions d’euros) en vivres et en liquidités lors de la crise alimentaire de 2004-2005 avec la complicité d’Ari Mala et d’Idé Kalilou, qui étaient à l’époque respectivement directeur et directeur adjoint du cabinet de Hama Amadou à la primature.

Surtout, alors que plusieurs cadres de l’opposition estiment aujourd’hui que son retour est « souhaitable » afin de donner un nouvel élan au front anti-Issoufou, le président du parti, Hama Amadou, vit toujours en exil depuis que la cour d’appel de Niamey lui a accordé fin mars la liberté provisoire.

Il voyage dans la sous-région, notamment au Burkina et en Côte d’Ivoire, où il conserve un solide réseau de relations, mais nul ne sait s’il prendra la décision de revenir battre le fer à Niamey, sur les terres de son parti, avant les élections locales. D’autant que le dossier le concernant dans l’affaire de trafic supposé d’enfants devrait être rouvert dans les prochaines semaines.


Un calendrier électoral qui fait l’unanimité

Au début de la législature, le 21 avril, les députés ont adopté une proposition de loi qui a permis de proroger le mandat des élus locaux pour six mois (renouvelable une fois) et, donc, de reporter les élections municipales et régionales, initialement prévues le 9 mai 2016 – trop proches des législatives et de la présidentielle. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) prévoyait d’organiser les scrutins le 10 juillet, mais a tenu compte de la crainte exprimée par les partis politiques de ne pas disposer de suffisamment de temps pour préparer les dossiers de candidatures.

Elle a également entendu la remarque des parlementaires qui estimaient que, s’ils se tenaient en juillet, les scrutins coïncideraient avec la saison des pluies, alors que la plupart des routes et des terrains sont impraticables et qu’une grande partie de l’électorat rural est occupée par les travaux des champs. Un nouveau chronogramme a donc été adopté : les élections municipales et régionales se tiendront le 8 janvier 2017. La date limite de dépôt de déclaration de candidatures est fixée au 24 octobre, et la campagne électorale sera ouverte le 29 décembre.

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