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Libye : Khalifa Haftar, principal obstacle à la réunification du pays

Par ses exigences démesurées, le général Khalifa Haftar apparaît aujourd’hui comme le principal obstacle à la réunification du pays. © Abdullah doma/AFP

Destinée à relancer la mise en œuvre de l’accord de Skhirat, la rencontre à Tunis entre les délégués des autorités rivales de Tripoli et de Tobrouk a fait chou blanc.

Après s’être tu pendant près de deux ans, le dialogue national libyen a redonné de la voix, les 5 et 6 septembre, à Tunis, pour tenter de rapiécer un pays fracturé entre l’Est, où siège, à Tobrouk, le Parlement élu, et l’Ouest, où Fayez el-Sarraj dirige dans la capitale, Tripoli, un gouvernement d’union reconnu par la communauté internationale mais que refusent encore de légitimer les députés de l’Est.

Lancée en août 2013, la structure du dialogue national rassemble des acteurs politiques et de la société civile de tous bords, y compris des kadhafistes, et doit être distinguée des négociations entre les pouvoirs de Tobrouk et de Tripoli relancées par l’accord signé le 17 décembre 2015 à Skhirat, au Maroc, et qui avait fait de Sarraj le Premier ministre du pays, tout en instituant un conseil présidentiel de neuf membres représentants des trois grandes régions.

Vers un affrontement ?

Sous l’égide du facilitateur de l’ONU, Martin Kobler, la réunion de Tunis visait à relancer la mise en œuvre de l’accord de Skhirat à l’heure où les forces sous commandement tripolitain s’apprêtent à faire tomber les dernières poches de résistance de Daesh à Syrte, dont l’organisation terroriste avait fait son bastion nord-africain en 2015. La victoire de ces forces contre l’ennemi commun ne risque-t‑elle pas de conduire à un face‑à-face armé direct avec les troupes de Khalifa Haftar, le maître de l’Est ?

Ancien général de Kadhafi passé à l’opposition avant la révolution de 2011, Haftar, à la tête de son Armée nationale libyenne et avec le soutien de Tobrouk, a fait de la lutte contre les jihadistes et les islamistes son cheval de bataille et impose sa domination autour de Benghazi. Exigeant au moins les postes de ministre de la Défense et de chef d’état-major, ce que refusent fermement les forces rivales de l’Ouest, Haftar est aujourd’hui le principal obstacle à la réunification de la Libye.

« Un point positif, souligne Mattia Toaldo, expert au Conseil européen des relations internationales : tous les membres du conseil présidentiel se sont rendus à Tunis, y compris Omar el-Assouad, qui représente Zintan [localité au sud de Tripoli favorable au Parlement de Tobrouk], et Qaddrani, qui représente Haftar. S’il veut revenir sur nombre de décisions prises à Tripoli en son absence, Assouad semble favorable à un compromis. Mais Qaddrani est beaucoup plus intransigeant et veut modifier l’accord de Skhirat lui-même en annulant son article 8, qui exclut Haftar du pouvoir.L’autre camp a alors répliqué en disant qu’il n’y avait donc pas de discussion possible… »

Soutiens extérieurs

À peine relancé, le dialogue se retrouve ainsi dans la même impasse que lorsqu’il avait été interrompu deux ans auparavant. Deux années qui ont permis à Haftar d’imposer son pouvoir dans l’Est et d’établir, selon les mots de Toaldo, « sa propre dictature, n’ayant pas d’ennemis à la hauteur pour le concurrencer et s’appuyant sur son parrain russe ».

Ce dernier, comme les puissances occidentales, qui lui apportent une aide logistique et militaire, et l’Égypte, qui voit en lui un rempart contre l’islam politique, fait pression sur le général pour qu’il modère ses positions, mais le chef de guerre, comme Assad en Syrie, se sent assez fort pour tenir tête à ses soutiens. La communauté internationale, qui a reconnu le gouvernement de Sarraj, se retrouve, elle, dans l’impasse par rapport à ses engagements auprès de rivaux visiblement inconciliables.

Et tandis que Le Caire tente de ramener le maître de l’Est à la raison, le chef de la diplomatie appelait fin août Sarraj à « trouver un compromis avec le Parlement de Tobrouk et les forces du général Haftar ». Car le blocage nuit essentiellement au Premier ministre, qui, impuissant à remédier aux défaillances des services publics et à la crise des liquidités, voit sa popularité s’effondrer.

Les bénéfices en matière de légitimité qu’il pourrait tirer d’une victoire de ses troupes sur les jihadistes à Syrte s’amoindrissent d’autant, et une préoccupation majeure aujourd’hui est de savoir si les milices de Misrata, qui dominent ces forces, vont d’elles-mêmes décider, après la chute du bastion de Daesh, de poursuivre leur avancée vers les terminaux pétroliers de l’Est et l’armée de Haftar, « un danger concret », selon l’expert du think tank européen.

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