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Tunisie : en matière de mœurs, immaculée Ennahdha ?

Des militantes du parti islamiste tunisien, en 2014, à Tunis. © Augustin Le Gall/HAYTHAM/REA

Sont-ils plus vertueux que leurs homologues marocains, ou simplement plus prudents ? Toujours est-il que les islamistes tunisiens n’ont pas défrayé la chronique à cause d’affaires de mœurs.

Le seul scandale, qui a d’ailleurs fait pschitt, concerne Rafik Abdessalem, gendre de Rached Ghannouchi et ex-chef de la diplomatie (décembre 2011-mars 2013). C’est l’affaire du « Sheratongate », du nom de l’hôtel Sheraton (ex-Hilton) situé en face du ministère des Affaires étrangères.

La journaliste et blogueuse Olfa Riahi avait révélé que le ministre bénéficiait d’une chambre à l’année dans l’hôtel, réglée par le ministère, et qu’il avait hébergé, à ses frais, dans ce même hôtel et pendant six nuits une femme mariée. Soupçonné d’entretenir une relation galante avec la jeune femme, Abdessalem a fermement démenti et affirmé qu’il s’agissait d’une parente. La journaliste s’est excusée.

Des affaires rappelant l’ère Ben Ali

Le volet mœurs a été rapidement éclipsé par les développements ultérieurs du scandale, qui ont fait apparaître que le ministre avait fait transiter sur son compte bancaire un prêt chinois de 1 million de dollars destiné à l’État…

Le souvenir des méthodes du régime Ben Ali, dont les services montaient de toutes pièces des scandales sexuels pour salir les opposants (Ali Larayedh, quand il était emprisonné, en a fait les frais), explique que la classe politique et les médias répugnent généralement à exploiter le filon de la vie intime. Le thème du rapport à l’argent est considéré comme un angle d’attaque plus légitime.

Polémique autour du mariage coutumier

Un autre facteur explique peut-être que les dossiers ne sortent pas. Ennahdha, après avoir gouverné, a longtemps conservé de solides relais tant au ministère de la Justice qu’à celui de l’Intérieur.

La question du mariage coutumier resurgit périodiquement dans le débat public. Cette hypocrisie de la relation hors mariage « halalisée » est une vieille obsession. Plusieurs caciques d’Ennahdha ont en fait l’apologie au cours des mois qui ont suivi leur victoire aux élections de la Constituante. La transgression la plus marquante est cependant à mettre sur le compte d’un membre du Congrès pour la République (CPR), Sihem Badi, ex-ministre de la Femme et de la famille, qui s’était prononcée pour sa reconnaissance, avant de faire machine arrière en prétextant un malentendu.

D’autres figures du mouvement islamiste, à l’instar de son vice-président et cofondateur Abdelfattah Mourou, n’ont en revanche jamais caché leur aversion pour cette solution indigne et avilissante pour la femme. Aujourd’hui, la question est tranchée : le parti islamiste s’est officiellement et définitivement rallié au code du statut personnel, instituant le mariage civil et proscrivant la polygamie.

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