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"Cet article est issu du dossier" «Coup de pompe en Afrique centrale»

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Afrique centrale : chute des cours des matières premières, un mal pour un bien ?

par

Olivier Caslin est spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Vue de Yaoundé, Cameroun. © CIFOR/ Flickr/Creative commons

Selon le vieil adage, tropicalisé pour l’occasion, l’Afrique centrale de demain se construit aujourd’hui.

Enfin, c’était avant que la chute des cours des matières premières, à commencer par celui des hydrocarbures, reporte le développement économique de la sous-région aux calendes grecques. Au moins jusqu’à ce que s’inverse cette tendance – toujours d’actualité – et que les prix du brut et des minerais remontent sur les marchés internationaux, ou que les États assurent enfin la diversification de leurs économies – souvent promise mais qui continue à se faire attendre, en dehors du cas particulier camerounais.

Pourtant, pour les pays de la Cemac, qui tous s’accordent à reconnaître que les ressources naturelles pèsent très – trop – lourd dans leur PIB, cette diversification est le meilleur moyen d’atteindre la « résilience » et d’acquérir leur indépendance face aux fluctuations orchestrées, sous d’autres cieux, sur les grandes places de négoce… tout en assurant à leur population l’emploi et les services indispensables à l’amélioration de leur niveau de vie.

C’est pour cette raison que la baisse actuelle des cours des matières premières semble intervenir au plus mauvais moment et casser l’élan pris depuis dix ans par les États de la sous-région. Du Congo à la Guinée équatoriale en passant par le Tchad et le Gabon, ils s’étaient enfin décidés à mettre la main à la poche et sur la pioche pour engager les grands projets d’infrastructures censés éclairer une région considérée depuis des décennies comme « le trou noir » du continent et, donc, enclencher la diversification de leurs économies.

Depuis deux ans, les recettes s’amenuisant, les enveloppes budgétaires fondent comme neige au soleil, et les grands chantiers sont à l’arrêt… ou presque. Bien sûr, N’Djamena a eu le temps de commencer son toilettage, une route digne de ce nom relie désormais Pointe-Noire à Brazzaville, et Malabo propose un niveau d’équipements publics rare dans la sous-région, qui lui a notamment permis d’accueillir la CAN 2015 au pied levé.

Des exemples spectaculaires, tous concrétisés grâce à la main-d’œuvre et aux capitaux chinois, mais qui, le plus souvent, ne sont que des tentatives pour rattraper un temps trop longtemps perdu. Et qui, surtout, sont encore très loin de changer le quotidien des habitants.

Pourquoi ne pas profiter de ce ralentissement pour lancer le chantier de l’intégration régionale

Et si ce coup d’arrêt se révélait être un mal pour un bien ? En effet, les plans développés à coups de milliards de F CFA par les États d’Afrique centrale restent, jusqu’à présent et pour l’essentiel, confinés dans une logique nationale qui, à terme, pourrait s’avérer très préjudiciable à la pérennité de certains projets d’infrastructures. Quel intérêt en effet, pour une sous-région qui affiche aujourd’hui des volumes d’échanges commerciaux sans rapport avec un potentiel pourtant unique en Afrique, de disposer d’un chapelet de ports, le plus souvent surdimensionnés, le long de ses côtes ?

Tous les chefs d’États aiment voir accolé à leur nom le terme de bâtisseur, que ce soit d’aéroports, de routes, de chemins de fer, de centrales électriques… Mais sans schéma directeur sous-régional, voire continental, ils prennent surtout le risque de voir leur pays accumuler les ardoises et, finalement, d’apparaître dans les livres d’histoire comme les destructeurs des richesses nationales.

Pourquoi ne pas profiter de ce ralentissement pour lancer un autre chantier tant souhaité, celui de l’intégration régionale, dans lequel les infrastructures jouent par nature un rôle fondamental ? Et dans une Afrique centrale qui reste à construire.

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