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Afrique centrale : métropoles en friche

Nouveaux lotissements dans le quartier d’Angondjé, à Libreville, au Gabon. © David Ignaszewski pour JA

Libreville, Brazzaville, N’Djamena… La plupart des capitales font désormais l’objet de plans d’aménagement. Ont-ils permis de remettre de l’ordre et des services dans les agglomérations ?

Des maisons de bric et de broc côtoient des immeubles de tous styles et de toutes tailles dans une absence totale d’unité architecturale et urbanistique, les rues et ruelles se transforment en mares, voire en torrents à la moindre averse, les embouteillages sont permanents, les trottoirs et caniveaux sont envahis d’immondices…

Les grandes villes d’Afrique centrale offrent un spectacle souvent désolant. Comment améliorer un tel cadre de vie alors que, d’ici à 2050, le nombre de citadins africains devrait doubler pour atteindre 1,2 milliard ?

Urbanisation sur des sols inappropriés

La plupart des villes de la sous-région se sont développées de façon anarchique, connaissant des pénuries plus ou moins importantes d’eau et d’électricité, alors que l’assainissement est quasi inexistant, tout comme les schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme (SDAU).

Avec la pression démographique, l’urbanisation s’est appuyée sur la densification des quartiers existants ou sur l’occupation, à la périphérie des villes, de terrains non lotis, voire non constructibles ou inondables, donnant alors naissance à des quartiers « sous-intégrés ». Des zones où la situation tourne rapidement à la catastrophe en cas de pluies torrentielles ou à cause de l’érosion.

C’est le cas des villes soumises à des contraintes naturelles fortes, comme Libreville, au Gabon, qui s’étend sur un ensemble de collines, séparées par des vallées autrefois marécageuses, ou Brazzaville et Kinshasa, bâties de part et d’autre du fleuve Congo sur des terrains spongieux.

Cette urbanisation a eu pour conséquence de creuser le fossé entre la « cité » et les centres-villes

Démarquations sociales 

Ces contextes déjà difficiles sont aggravés par le manque de services de base. L’eau potable et l’électricité sont loin d’être accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L’offre reste insuffisante alors que la réhabilitation et l’extension des réseaux de distribution prennent du retard, quand les gros équipements, telles les centrales électriques, sont pourtant achevés, comme c’est le cas à Brazzaville.

Cette urbanisation plus spontanée que pensée a eu pour conséquence de creuser le fossé entre la « cité », constituée des quartiers populaires, et les centres-villes, où sont concentrés les équipements et autres services publics offerts aux couches sociales aisées.

Ce clivage social se double d’un manque de mixité urbaine, les villes étant découpées en zones monofonctionnelles, majoritairement résidentielles, institutionnelles, industrielles ou commerciales. En l’absence de SDAU, ce sont les grandes artères qui structurent l’espace, leur réaménagement se traduisant le plus souvent par des déguerpissements (expulsions).

Des familles entières ont alors du mal à se reloger, même quand elles ont été indemnisées. Ces populations n’ont d’autre choix que de fuir les centres saturés, devenus trop chers. Se loger dans de bonnes conditions, en l’absence de toute politique de financement de l’habitat, devient vite un casse-tête.

De nombreuses infrastructures mais peu d’espaces verts

Lorsque, dans de très rares cas, il existe un document urbain, il s’applique essentiellement aux centres-villes. Ces derniers sont alors embellis avec de petites places, des statues, des fontaines, parfois des monuments.

L’État y fait construire de nouveaux édifices administratifs pendant que le privé se lance dans la réalisation d’immeubles résidentiels et de bureaux, avec une préférence pour les tours, les hôtels de standing et les centres commerciaux.

En revanche, l’aménagement des espaces verts est rarement prévu. Pire, les arbres sont aujourd’hui coupés pour élargir les voies ou ériger des immeubles. Tout se passe comme si le citadin devait choisir entre respirer et se déplacer, ou encore se loger.

À Kinshasa, plusieurs grandes artères, dont le boulevard du 30-Juin et l’avenue Lumumba, autrefois bordées d’arbres majestueux qui formaient un magnifique mur végétal, ne sont plus que de longs couloirs de béton tachés de dioxyde de carbone en raison de l’intense trafic automobile. L’absence de parkings, publics ou privés, est un autre énorme problème.

Points noirs dans l’assainissements et les transports

Pourtant, l’État recherche de nouvelles sources de revenus. Ce sont les trottoirs qui font office de parkings, au plus grand mépris des piétons, déjà obligés de traverser les artères à leurs risques et périls devant des automobilistes libérés de tous feux de signalisation.

Les carences en matière d’assainissement, mais aussi de transports publics et collectifs, sont un autre point noir des grandes métropoles d’Afrique centrale. Même si les efforts sont plus soutenus dernièrement.

Ainsi, à Kinshasa, l’État met en service des bus confortables, pendant que de l’autre côté du fleuve sa voisine, Brazzaville, a instauré un système de collecte des ordures ménagère, qui devrait être étendu à toute l’agglomération.

Beaucoup reste à faire pour rendre ces mégapoles vivables et leur donner, aussi, une identité véritable. Paris est réputée pour ses brasseries, Londres pour ses pubs, Brazzaville et Kinshasa, qui ont permis l’éclosion de grands talents musicaux, pourraient l’être pour leurs bars-dancings.

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