René Lefort : « En Éthiopie, l’opposition n’est ni structurée ni coordonnée »

Des membres des communautés Oromo, Ogaden et Amhara en Afrique du Sud protestent contre la répression meurtrière en Éthiopie, le 18 août 2016 à Johannesburg. © Gulshan Khan/AFP

L’auteur d’"Éthiopie, la révolution hérétique" analyse pour Jeune Afrique la vague de violences qui secoue le pays.

Jeune Afrique : La contestation actuelle présente-t-elle une menace d’une ampleur nouvelle pour le régime éthiopien ?

René Lefort : Après les élections de 2005, il y avait déjà eu une forte contestation, mais elle était concentrée à Addis-Abeba. La configuration actuelle est inquiétante pour le régime, elle change vraiment la donne. Ensemble, Oromos et Amharas représentent près des deux tiers de la population éthiopienne. Et ils semblent tirer dans le même sens : ils demandent la fin de l’autoritarisme, la fin du centralisme et la fin du biais ethnique. C’est-à-dire la fin de l’emprise de l’élite tigréenne sur le pays.

Existe-t-il une coordination entre ces contestations ?

Non, il n’y en a pas, ni au niveau oromo, ni au niveau amhara. Même Merera Gudina, le chef du principal parti d’opposition oromo, reconnaît que ces manifestations sont spontanées. La contestation n’est pas structurée à ce stade.

Près de 20 millions de personnes, donc environ 20 % de la population, ont besoin d’une aide alimentaire pour survivre

Les famines ont joué un rôle très important dans la chute des régimes éthiopiens. Comment le pouvoir a-t-il géré la sécheresse récente ?

Près de 20 millions de personnes, donc environ 20 % de la population, ont besoin d’une aide alimentaire pour survivre. Mais l’État a été remarquablement efficace et a su faire face à cette catastrophe naturelle. Pour autant qu’on le sache, il n’y a pas de poche de famine en Éthiopie aujourd’hui. Ceci dit, il faut distinguer la machine administrative, qui fonctionne, du pouvoir exécutif qui, lui, semble paralysé.

De quels leviers dispose-t-il face à cette crise ?

Pour l’instant, la réponse a été essentiellement sécuritaire. À court terme, il est donc possible que les choses se calment dans les jours ou semaines qui viennent. Mais cela ne résoudra pas le problème à moyen et long termes.