Polars : l’heure africaine du crime a sonné !

© Martin Jarrie / JA

Ils sont nombreux, désormais, les romanciers africains à s’emparer du genre policier. Et à entraîner leur lectorat dans les tréfonds les plus sordides de l’âme humaine.

De l’hémoglobine, des disparitions mystérieuses, des flics ripoux et des incorruptibles, des journalistes naïfs et des hommes d’affaires troubles, des femmes audacieuses et des prostituées méfiantes… Pour ce dossier spécial polars, Jeune Afrique vous entraîne à la rencontre de personnages obscurs du Caire au Cap.

Des cœurs tourmentés qui, pour survivre dans les bas-fonds des villes africaines, sont prêts à tout, y compris à pactiser avec le diable et à commettre l’irréparable. Quand l’amoral se mêle au médiocre, l’on sombre facilement dans des tréfonds mortifères, confrontés à ce que l’humain peut avoir de plus bestial en lui. La noirceur de nos âmes ajoutée à nos petitesses et à nos bassesses, à nos ressentiments et à nos rancœurs, peut se révéler l’ingrédient vénéneux d’un cocktail explosif.

Les tares des sociétés africaines dépeintes

Auscultant nos tourments et les tensions qui nous traversent, les écrivains nous donnent à penser notre temps et nos sociétés aux prises avec une histoire violente. Marli Roode, Karin Brynard et Michèle Rowe inscrivent leurs intrigues dans un quotidien sud-africain corrompu par des heurts raciaux hérités d’un passé toujours présent.

Leye Adenle nous dépeint un Nigeria déchiré par une fracture économique, en proie à la persistance de traditions et de pratiques magiques qui en appellent toujours à des sacrifices humains. Parker Bilal évoque les dissensions pouvant exister entre musulmans et Coptes et montre comment politique et religion peuvent faire mauvais ménage.

Le roman policier se fait social, voire politique, sans pour autant perdre de vue ce qui fait le succès de ce genre : des intrigues finement nouées, du suspense et de l’action, le tout dans une écriture efficace, sobre, sans fioritures.

Le roman policier devient alors un prétexte pour faire découvrir les réalités d’un pays, d’une culture

Et c’est peut-être là la principale différence entre les francophones et les anglophones. Alors que ces derniers s’inscrivent dans une veine très anglo-saxonne, influencée par les auteurs de polars américains et britanniques, les premiers travaillent davantage sur la langue, et font du français une langue africaine, à l’instar de Florent Couao-Zotti ou de Janis Otsiemi, quitte parfois à en oublier l’intrigue.

Le roman policier devient alors un prétexte pour faire découvrir les réalités d’un pays, d’une culture. Moussa Konaté faisait, disait-on, des polars ethno­logiques. Preuve s’il en est que cette littérature, encore souvent sous-estimée, peut être bien plus qu’il n’y paraît, en ce que ces polars, romans policiers ou thrillers, nous révèlent ce que nous sommes, au plus profond de nous. Un genre qui séduit de plus en plus les auteurs du continent et qui remporte un large succès auprès des lecteurs d’Afrique et d’ailleurs. L’heure du crime a sonné !