Mali : tout savoir sur la Force spéciale antiterroriste

Par - envoyé spécial

Séance de tir organisée par l’Eucap Sahel-Mali en vue du recrutement au GIPN. © Eucap Sahel Mali

Créée en mars, la Force spéciale antiterroriste est désormais opérationnelle. En cas d’attaque, ses 180 policiers et gendarmes d’élite sont appelés à intervenir sur-le-champ.

Il y a d’abord eu l’attaque contre le bar-restaurant La Terrasse, à Bamako, où cinq personnes ont été assassinées par un homme armé, le 7 mars 2015. Puis celle contre l’hôtel Byblos, le 7 août, à Sévaré (dans le centre du pays, à 10 km de Mopti), où un commando terroriste a tué quatre soldats maliens et cinq membres de la Minusma.

Et enfin, le 20 novembre 2015, l’attentat contre l’hôtel Radisson Blu, premier attentat de masse perpétré au cœur de la capitale par les jihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui s’est soldé par un bilan de 22 morts, dont les deux assaillants. Ces attaques à répétition dans des lieux fréquentés ont convaincu les autorités maliennes de la nécessité d’améliorer leur capacité de réaction face à une menace terroriste globale et imprévisible.

Une unité d’urgence aux recrues variées

Si le renforcement des forces de sécurité était à l’étude depuis des mois, l’attentat contre le Radisson Blu a vraiment servi de déclic. « Il n’y a pas eu de défaillances, mais cette expérience a montré qu’il fallait changer certaines choses », explique le général de brigade Salif Traoré, ministre de la Sécurité et de la Protection civile. Décision a donc été prise de constituer une unité à part entière capable d’intervenir rapidement et partout sur le territoire en cas d’attaque terroriste. « Il nous fallait un mécanisme plus souple, plus réactif, qui permette d’assurer une meilleure coopération entre les différentes forces de sécurité », confie un conseiller du ministère.

Décision a donc été prise de s’appuyer sur les unités d’élite déjà existantes au sein de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale – le Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN), le Peloton d’intervention de la gendarmerie nationale (PIGN) et les Forces spéciales de la garde nationale –, et de les rassembler au sein d’un dispositif commun exclusivement affecté à la lutte contre le terrorisme : la Force spéciale antiterroriste (Forsat).

« Triés sur le volet »

Créée par arrêté ministériel le 22 mars 2016, cette dernière est composée de 60 policiers, 60 gendarmes et 60 gardes nationaux triés sur le volet. Postés dans leurs bases respectives à Bamako, ces policiers et soldats d’élite sont mobilisables vingt-quatre heures sur vingt-quatre par le ministre de la Sécurité, aux ordres duquel ils répondent directement en cas de crise. Un centre de commandement spécial a d’ailleurs été récemment installé au ministère pour diriger les opérations.

Après avoir passé ces derniers mois une batterie de tests physiques, techniques et oraux, les policiers, gendarmes et gardes nationaux sélectionnés pour composer la Forsat participent désormais régulièrement à des formations avec des policiers français du Raid, des militaires américains et des membres de l’Eucap Sahel-Mali, la mission civile de soutien aux forces de sécurité intérieure mise en place par l’Union européenne.

Une cohésion en construction

À terme, chaque unité devrait disposer d’un médecin, d’un infirmier, d’un maître-chien, d’un négociateur et d’un officier de renseignement. Des snipers, déjà opérationnels au sein de la gendarmerie, seront également bientôt présents dans les rangs de la police et de la garde nationale. Les différentes composantes de la Forsat peuvent aussi compter sur des moyens matériels renforcés. Elles viennent par exemple d’être équipées de petits drones et de robots dotés de caméras qui leur permettront de recueillir des informations sur leurs futurs théâtres d’opérations.

« La Forsat est un outil très utile, mais qui demande encore à être huilé », reconnaît une source sécuritaire en évoquant quelques rivalités persistantes entre policiers, gendarmes et gardes nationaux. Après une première collaboration lors de l’attaque contre le Radisson Blu, les différents corps constituant ce nouveau dispositif avaient été déployés ensemble, le 21 mars dernier, lors de l’attaque de l’hôtel Azalaï Nord-Sud, à Bamako, qui abrite le siège de la Mission de formation de l’Union européenne. Bilan : un seul mort à déclarer, le terroriste.