L’économie japonaise en quête de débouchés en Afrique

Avec ses exportations en net recul et sa croissance presque nulle, le Japon investit en Afrique afin de développer son secteur privé. © Moyan Brenn/creative commons

Croissance presque nulle, recul des exportations, vieillissement de la population… Affaibli, le pays du Soleil-Levant mise sur le développement de son secteur privé en Afrique.

Après l’Asie, c’est en Afrique que le Japon cherche quelques points de croissance supplémentaires. Avec un PIB sur le déclin depuis 2012, un taux de croissance nul en 2014 et de seulement 0,48 % en 2015, une consommation des ménages en pleine déprime et des exportations en net recul malgré un yen très affaibli, la troisième puissance économique du monde semble marquer le pas à mesure que les fameux « abenomics » atteignent leurs limites.

Objectif : relancer une économie nippone en berne 

Les trois piliers stratégiques (relance budgétaire, assouplissement monétaire et réformes structurelles) posés par le Premier ministre, Shinzo Abe, fin 2012 ont certes permis à l’archipel d’éviter le naufrage, mais ne sont pas parvenus à faire redécoller sa croissance.

La faute, en partie, à l’effondrement démographique et au vieillissement de la population, alors que la consommation des ménages représente quelque 60 % du PIB. Le risque de déflation plane toujours sur le pays, handicapé par une dette publique abyssale (estimée à 245 % du PIB à la fin de 2015), contraignant le gouvernement à appliquer une thérapie de choc, illustrée par l’augmentation de la TVA locale, de 5 % à 8 %, en 2014.

Une nouvelle hausse est d’ailleurs déjà annoncée pour le début de 2017, afin de tenter de ramener l’endettement du pays à un niveau plus soutenable. Au risque de limiter encore un peu plus le pouvoir d’achat des Japonais.

Fortement exposé aux chocs extérieurs en raison de sa très forte dépendance aux exportations, faute de disposer des matières premières dont il a besoin, le Japon subit de plein fouet le ralentissement des grandes économies émergentes – en particulier la Chine et le Brésil –, où les entreprises nippones ont massivement investi ces dernières années.

La complexe diplomatie économique 

Dans le même temps, le made in Japan ne fait plus recette aux États-Unis, premier partenaire commercial du pays et marché majeur pour les résultats du secteur privé nippon.

Le Japon fonde donc beaucoup d’espoirs sur l’accord de partenariat transpacifique signé en février 2016, qui devrait permettre de relancer les échanges commerciaux avec l’Amérique du Nord et l’Océanie. Ces derniers temps, Tokyo cherche d’ailleurs à multiplier les accords de libre-échange et, depuis 2013, a engagé des discussions avec l’Union européenne, dont la conclusion est attendue avant la fin de cette année. Le temps presse.

Structurellement excédentaire, la balance commerciale du pays est en déficit depuis le tsunami et la catastrophe nucléaire de mars 2011, qui ont conduit à la fermeture de la centrale de Fukushima et fait exploser la facture énergétique de l’archipel.

Au XXIe siècle, l’Afrique sera sans aucun doute au cœur du développement économique mondial.

Après avoir culminé à plus de 8 % en 2014, le déficit budgétaire s’est largement résorbé, mais reste néanmoins de 1,82 % en 2015, selon les statistiques de l’Organisation japonaise du commerce extérieur (Jetro).

Les partenariats africains, une porte de sortie

Dans ce contexte, les pays africains apparaissent aujourd’hui comme autant de marchés potentiels pour le développement des entreprises japonaises. Et ce n’est certainement pas un hasard si, début 2014, Shinzo Abe s’est rendu en visite officielle en Afrique – une première depuis huit ans pour un chef de gouvernement japonais –, au moment même où le ministre chinois des Affaires étrangères y était lui aussi en tournée.

Comme un symbole de la lutte que se livrent les deux puissances asiatiques sur le continent. « Au XXIe siècle, l’Afrique sera sans aucun doute au cœur du développement économique mondial. Si nous ne nous y engageons pas maintenant, quand le ferons-nous ? » se justifiait Shinzo Abe lors de son passage en Côte d’Ivoire.

Comme pour répondre aux préoccupations du Premier ministre, le secteur privé semble lui aussi être passé à l’offensive en Afrique, dans le sillage de son fleuron Toyota, devenu ces dernières années le premier constructeur et distributeur de véhicules à travers le continent, et du géant Mitsui, qui investit tous azimuts dans les infrastructures et les matières premières au sud du Sahara.

L’archipel compte sur le savoir-faire de ses entreprises, notamment en matière de hautes technologies et de protection de l’environnement, pour faire la différence face à une concurrence internationale de plus en plus aiguisée sur les marchés africains.

« Les promesses offertes par le continent semblent avoir raison des craintes liées au contexte sécuritaire, qui ont jusqu’à présent sérieusement freiné l’intérêt de nos entreprises pour l’Afrique », constate Katsumi Hirano, le vice-président de Jetro. Les sociétés japonaises n’ont jamais été aussi présentes en Afrique, en particulier en Afrique australe et en Afrique de l’Est, porte d’entrée traditionnelle des compagnies nippones sur le continent.

Elles restent en revanche discrètes dans les pays francophones, avec seulement une centaine de sociétés, dont la moitié établie au Maroc. Avant peut-être que l’initiative prise par Toyota Tsusho Corporation (TTC), devenu actionnaire majoritaire de CFAO en 2012, donne des idées à d’autres compagnies japonaises.

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