Côte d’Ivoire : dans les starting-blocks pour les législatives de novembre

© Glez pour JA

Les législatives de novembre s’annoncent comme les plus ouvertes que le pays ait jamais connues. Et, dans les états-majors des principaux partis, on s’écharpe déjà pour savoir qui emportera l’investiture.

Décembre 2011. Huit mois viennent à peine de s’écouler depuis la fin de la crise post­électorale, et la Côte d’Ivoire se rend à nouveau aux urnes afin d’élire ses députés. Les enjeux et les inconnues du scrutin sont quasi nuls. Lassés par un conflit qui aura coûté la vie à près de 3 000 personnes, les Ivoiriens ne se rendent pas massivement aux urnes (le taux de participation ne sera que de 36,5 %, contre 80 % pour la présidentielle de 2010).

Encore sonné, le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo boycotte tout bonnement le scrutin. Les alliés de la présidentielle n’ont plus qu’à se partager l’Assemblée : le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara remporte 127 sièges sur les 254 à pourvoir ; le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié en obtient, lui, 77.

Une nette croissance du nombre de candidatures

Juillet 2016, changement total d’ambiance. La commission électorale a plusieurs fois indiqué que les législatives auraient lieu dans les délais légaux, soit avant le 20 novembre, mais la date exacte du scrutin n’est pas encore connue. Pourtant, il y a cette fois-ci comme de l’excitation dans l’air. Peut-être pas chez les électeurs (la mise à jour des listes électorales, commencée fin juin, montre que l’approche du scrutin ne suscite qu’un faible engouement), mais au moins dans les états-majors des partis politiques.

En coulisses, même si les investitures ne seront annoncées qu’à la rentrée, les batailles ont bel et bien commencé. « Cela fait longtemps que l’on n’avait pas vu ça, résume un cadre du RDR. Les “candidatures aux candidatures” affluent de partout. Il y a des circonscriptions où nous comptions une dizaine de candidats à l’investiture en 2011. Aujourd’hui, on en dénombre parfois trois fois plus ! »

Rivalités internes aux partis

Sur le terrain, c’est déjà le temps des visites – « privées » ou « de courtoisie » – des potentiels candidats ; le temps des réunions avec les militants, pourtant souvent oubliés hors période électorale ; le temps aussi des dons et des cadeaux en tout genre.

« Pour les électeurs, c’est la période de la traite », ironise Alphonse, un militant du PDCI à Bonoua, à 60 km à l’est d’Abidjan. Dans sa circonscription, c’est un quasi-psychodrame qui se joue pour départager les candidats à l’investiture de son parti. Ils ne sont que deux, mais leur querelle rebondit à la une de la presse nationale – « La guerre fait rage au PDCI », titrait Le Nouveau Réveil le 21 juin dernier. Ce n’est pas mieux à Bouaké, où plus d’une vingtaine de candidats à l’investiture avaient déjà déposé leurs dossiers fin juin.

« Le nombre parfois pléthorique de “candidatures à la candidature” témoigne de la vitalité du parti, analyse un cadre du PDCI. Mais il montre aussi que les militants refusent de voir leur formation disparaître dans le RHDP [Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, alliance électorale entre le PDCI et le RDR et probable nom du parti qui doit naître de la fusion des deux entités]. »

Ainsi, le PDCI, qui n’avait pas aligné de candidat à Grand Bassam (Sud-Est) ou à Mankono (Nord-Ouest) en 2011, laissant le champ libre au RDR, y compte déjà de sérieux prétendants, dont il s’apprête à négocier âprement la présence en cas de candidature unique RHDP. L’enjeu, pour le parti de Bédié, est simple : il veut maintenir son nombre de députés et prospérer dans les zones où il est absent.

Et si chacun des candidats à l’investiture PDCI a signé une déclaration sur l’honneur, s’engageant à ne pas se présenter en indépendant au cas où il ne serait pas choisi, nombreux sont ceux qui font déjà entendre une petite musique dissonante, arguant qu’ils pourront de toute façon financer eux-mêmes leur campagne.

Surtout, tous attendent de pied ferme la réforme constitutionnelle et le bouleversement institutionnel qui l’accompagnera. Le chef de l’État n’ayant pas intérêt à attendre l’élection de la nouvelle Assemblée, dont le prochain visage s’annonce incertain, le texte devrait bientôt être soumis aux députés. Il prévoit notamment la création d’un poste de vice-président et celle d’un Sénat.

Au RDR, Gon Coulibaly et Soro se font face

Qui seront les nouveaux nommés ? Le PDCI en sortira-t-il gagnant ? Dans le cas contraire, prévient-on en interne, « il sera toujours temps d’ajuster la stratégie pour les législatives ».

Au RDR, les négociations pour les investitures ne s’étalent pas encore dans les journaux, mais la bataille est lancée. Toutefois, ses contours sont différents, car, comme souvent ces derniers temps, la question de la succession de Ouattara en 2020 n’est jamais loin. Derrière une unité de façade, dont le but est évidemment de conserver un maximum de sièges, se joue une autre querelle : celle des tendances internes.

Deux d’entre elles se distinguent déjà clairement : celle du secrétaire général à la présidence, Amadou Gon Coulibaly, et celle du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. Le conseil politique du RDR, à qui reviendra le choix définitif des candidats, va-t-il privilégier un camp plutôt que l’autre ? Pour Guillaume Soro, qui a déjà annoncé qu’il souhaitait se succéder à lui-même, l’enjeu est de taille : sa réélection dans son fief de Ferkessédougou (Nord) ne fait aucun doute, mais rien ne dit que le consensus politique qui lui avait permis d’obtenir le perchoir sera reconduit.

« Il est président de l’Assemblée, ancien Premier ministre, ancien patron des Forces nouvelles et il a derrière lui un véritable électorat. Je ne vois pas comment il pourrait être mis sur la touche, commente un diplomate africain. Ni lui ni le RDR n’y ont intérêt pour le moment. À moins de vouloir lui permettre de s’émanciper complètement du parti. »

Au FPI, l’urgence est ailleurs. Son résultat reste la grande inconnue du scrutin à venir. Son président, Pascal Affi N’Guessan, a annoncé que l’objectif était de récupérer les 96 sièges occupés avant 2010, mais cela ne pourra se faire si le parti n’est pas réunifié.

« Le FPI compte avoir des candidats dans toutes les circonscriptions, affirme l’un de ses cadres. Nous travaillons en interne à résoudre au plus vite cette crise, afin que notre électorat, qui est encore intact, soit représenté au mieux dans la future Assemblée. » Problème : la tendance pro-Sangaré souffle le chaud et le froid. Elle n’a pas encore annoncé si elle participerait ou non aux élections. Et, si elle le faisait, rien ne dit que ce serait sous les couleurs d’Affi.


On prend les mêmes et on recommence

Une nouvelle classe politique s’apprête-t-elle à faire son entrée à l’Assemblée ? Celle-ci pourrait-elle être plus jeune (54 ans en moyenne aujourd’hui), plus féminine (90 % d’hommes actuellement) et plus diversifiée ? Rien n’est moins sûr ! Et pour cause, nombre de ténors ont déjà fait part de leur intention de rempiler. Au RDR, les ministres Adama Toungara et Affoussy Bamba Lamine sont de ceux-là, tout comme les députés Adama Bictogo, Alphonse Soro, Zoumana Bakayoko, Sidiki Konaté, Ibrahim Cissé Bacongo ou Adjaratou Traoré.

Au PDCI, en revanche, certaines personnalités ont du souci à se faire : Raymonde Goudou Coffie, l’actuelle ministre de la Santé, souhaite se faire élire à Toumodi (Centre) mais pourrait avoir du mal à s’imposer, tout comme son homologue à l’Enseignement technique, Paul Koffi Koffi, qui lorgne Bouaké, où la concurrence est acharnée. Quant à Alla Brou Florence, la députée sortante de Daoukro (Centre), il n’est pas dit qu’elle parviendra à obtenir de nouveau l’investiture du parti. Quant aux députés frondeurs que sont Kouadio Konan Bertin (Port-Bouët) et Yasmina Ouégnin (Cocody), ils pourraient peiner à recevoir le soutien de leur formation.

Côté FPI, Pascal Affi N’Guessan, qui devrait briguer un siège dans sa région natale de Bongouanou (Centre-Est), ne devrait pas avoir de difficulté à se faire élire. En revanche, Michel Gbagbo, le fils de l’ex-président, brièvement tenté par Yopougon, ne devrait finalement pas se présenter. Condamné à cinq ans de prison en mars 2015, il a fait appel mais est, pour l’instant, privé de ses droits civiques.

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