RDC : Chantal Kanyimbo, ambitieuse et singulière

Par - Envoyé spécial

Pour éviter la censure avant diffusion, elle avait exigé des autorités zaïroises que son émission se déroule en direct. © Gwenn Dubourthoumieu/J.A.

Journaliste vedette depuis l’époque de Mobutu, cette forte tête est aujourd’hui rapporteure au Conseil supérieur de l’audiovisuel. Et espère bien prendre un jour les rênes de la Radiotélévision nationale congolaise.

Dans le milieu médiatique, c’est un modèle. Une « grande sœur », voire « une maman pour toute la nouvelle génération de journalistes congolais », affirment Pathy Ambroise Tshibamba et le député Patrick Muyaya, tous deux anciens étudiants de l’Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (Ifasic).

Près de trois décennies se sont écoulées depuis que Chantal Martine Rosette Marie-Thérèse Kanyimbo, la cinquantaine aujourd’hui, a quitté les bancs de l’Institut supérieur des sciences et techniques de l’information de Kinshasa, « l’Isti, comme on l’appelait à notre époque », précise-t-elle. Entre-temps, elle est également devenue l’un des visages les plus connus de l’Office zaïrois de radiodiffusion et de télévision (OZRT), qu’elle a intégré après sa deuxième année à l’Isti en réussissant le concours de recrutement de speakerine organisé par la chaîne publique.

Un style qui fait mouche

À l’OZRT, elle ne tarde pas à montrer sa singularité. « Surtout grâce à sa diction parfaite », se souvient l’un de ses anciens collègues. Ses patrons la remarquent vite et lui confient dans un premier temps les émissions sportives Prolongations et Sportmania.

En parallèle, elle poursuit ses études et s’oriente vers la politique extérieure. « La scène intérieure, dominée par les activités du parti-État, ne m’intéressait pas », explique celle dont le père, nationaliste lumumbiste, a fui Lubumbashi pendant la sécession orchestrée par Moïse Tshombe. Elle n’a que 6 mois quand sa famille pose ses valises à Kinshasa. Une fois diplômée de l’Isti, elle demande son affectation à la direction de l’information de l’OZRT… Où elle crève l’écran. D’abord en tant que chroniqueuse, puis en tant que reporter, avant de présenter le journal télévisé.

La parole à l’opposition

En 1994, elle lance sa propre émission-débat, Deux Sons de cloche, qui ose – une première dans le pays – donner la parole à l’opposition sur une chaîne nationale alors complètement inféodée au Mouvement populaire de la révolution (MPR), du président Mobutu Sese Seko. « Pour éviter le ciseau d’or [la censure interne avant la diffusion d’une séquence enregistrée], j’avais exigé que l’émission se déroule en direct. Et, très vite, c’est devenu le rendez-vous à ne pas manquer chaque mardi soir à 21 heures », se souvient l’animatrice. L’émission est pourtant suspendue au lendemain de la chute de Mobutu, en mai 1997.

Six mois de tractations plus tard, Deux Sons de cloche revient sur les antennes de l’OZRT, rebaptisée entre-temps Radiotélévision nationale congolaise (RTNC). Elle est désormais diffusée en différé… Et sans sa présentatrice vedette.

Après avoir dirigé l’Union nationale de la presse congolaise, Chantal Kanyimbo est, depuis 2001, « en détachement » auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC). Assise dans son vaste bureau, coupe afro et boucles d’oreilles assorties à la gourmette, au collier et à la bague, « madame le rapporteur » pose un regard critique sur le traitement de l’information par la télévision nationale, redevenue la caisse de résonance du pouvoir en place.

« Chacun doit intérioriser le fait que la RTNC n’est pas un bien de la majorité au pouvoir, mais un service public financé par le contribuable », interpelle celle qui ne cache plus son ambition de diriger un jour la « maison mère ».

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