Brexit : c’est la faute à Machiavel

par

Fouad Laroui est écrivain.

David Cameron lors de son départ du 10 Downing Street à Londres le 13 Juillet 2016. © Frank Augstein/AP/SIPA

Dans ce café branché de Knightsbridge, à Londres, mes amis Kenneth et Emma m’expliquent, désabusés, ce qui vient de se passer dans leur pays.

Emma : « David Cameron échafaude un plan machiavélique (le référendum) pour se débarrasser de Nigel Farage, le patron du parti anti-Europe, et par la même occasion de l’aile droite de son propre parti conservateur. Coup double ! Plus machiavélien, tu meurs. Sauf qu’il n’avait pas pensé à un petit détail : un référendum, ça peut se perdre… »

Kenneth : « Boris Johnson est un Européen convaincu, il vient d’une famille cosmopolite, son père a travaillé à la Commission européenne de 1973 à 1979 : il aurait donc dû militer contre le Brexit. Mais non, ce serait trop simple ! Il conçoit un plan machiavéloïde : il va faire semblant d’avoir changé d’avis, il va soutenir le Brexit, montrer sa bobine partout (« excellent pour la pub, coco »).

Il va échouer, mais sa défaite sera honorable (« avoir le courage de ses idées, aller à contre-courant, c’est très porteur, coco »), il sera si populaire dans l’aile droite du parti et parmi ceux qui votaient UKIP – entre-temps défunt pour cause de défaite – qu’il dégommera David Cameron au prochain congrès. Tu nous suis ?

– Difficilement.

– Michael Gove, ministre de troisième zone connu de sa seule mère, ourdit un plan machiavélesque : il va soutenir Boris. Si pas Brexit, il a quand même acquis une dimension nationale ; si Brexit, il assassine ledit Boris, passe devant lui et devient lui-même Premier ministre. Sauf qu’après avoir poignardé son ami de trente ans sa réputation était tellement ternie que ses collègues parlementaires l’ont envoyé linea recta dans les poubelles de l’Histoire. Exit Gove ! »

Jeremy Corbyn, prônera le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe, mais le fera très mollement afin de pouvoir continuer à charger Bruxelles de tous les maux

Emma prend le relais : « Jeremy Corbyn, le patron du Parti travailliste, imagine un plan machiavélovique : il prônera le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe, puisque c’est la position officielle de son parti, mais il le fera très mollement. Pas un seul meeting ! Aucun débat ! Ainsi, il pourra continuer à charger Bruxelles de tous les maux (« libéralisme sauvage », « austérité pour les pauvres », « oppresseur des Grecs », etc.) sans qu’on puisse lui reprocher de se contredire. Moyennant quoi 37 % des électeurs travaillistes, n’ayant rien compris à la position de leur parti, ont voté pour le Brexit, donc contre les consignes (inaudibles) de Jeremy. »

Kenneth : « Et encore, il ne s’agit que des principaux acteurs du drame. Y en avait plein d’autres, des petits Machiavélou, chacun tramant son complot macchiato dans son coin – coffee, anyone ? Résultat : tout le monde s’est planté. Et David, Nigel, Boris, Michael ont tiré leur révérence – en attendant que Jeremy se résigne à en faire autant. »

Emma : « Trahisons, vilénies, un coup de théâtre spectaculaire et à la fin tout le monde meurt : c’est Machiavel revu et corrigé par Shakespeare. »

Je suis revenu de Londres avec une furieuse envie de brûler toute l’œuvre de Machiavel. Et si nous revenions à la simplicité et à la droiture d’un Socrate ou d’un Gandhi ?

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