Congo-Brazzaville : dialogue de sourds ?

Par Jeune Afrique

Le président congolais, Denis Sassou Nguesso. © Vincent Fournier/J.A.

Le dossier du Congo postélectoral s'est invité à Paris au cours de la semaine du 13 juin.

L’écrivain (et désormais opposant) Alain Mabanckou a été reçu à sa demande par François Hollande, alors que les ministres des Affaires Étrangères, Jean-Claude Gakosso, et de la Défense, Charles Richard Mondjo, se sont entretenus avec leurs homologues respectifs, Jean-Marc Ayrault et Jean-Yves Le Drian. Réaliste, Paris considère désormais que la réélection de Denis Sassou Nguesso est un état de fait dont il convient de prendre acte, mais insiste pour qu’un dialogue s’instaure entre le pouvoir et l’opposition.

Auquel cas, a confié Jean-Marc Ayrault, « la France est prête à appuyer et à accompagner les démarches que le Congo pourrait être amené à entreprendre auprès des institutions de Bretton Woods ».

Problème : si les deux camps sont d’accord sur la nécessité de dialoguer, ils ne le sont ni sur les préalables ni sur la formule. Côté pouvoir, si le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, Digne Elvis Okombi Tsalissan, a entamé les discussions avec les principaux courants de l’opposition, on insiste pour que cette dernière reconnaisse les résultats de la présidentielle, et on ne veut ni d’une conférence nationale bis ni d’une médiation internationale.

Les opposants, même s’ils sont loin d’être tous sur la même longueur d’onde, exigent la libération des militants emprisonnés ainsi que la levée des poursuites judiciaires contre le Pasteur Ntumi et demandent que ce dialogue soit placé sous la supervision de l’ONU, de l’UE et de l’OIF, de préférence hors du Congo – autant de conditions inacceptables pour Brazzaville.

Le placement en détention préventive, le 16 juin, du général Mokoko pour des faits allant de 2007 à 2016 rend encore plus problématique toute perspective de « paix des braves ». Du pain sur la planche pour le nouvel ambassadeur de France au Congo, Bertrand Cochery, qui rejoindra Brazzaville après avoir présidé aux festivités du 14 Juillet à Conakry (son précédent poste). Et pour son très probable homologue en France Rodolphe Adada, 70 ans : ce vétéran de la politique congolaise (il a été ministre de Sassou Nguesso pendant vingt ans) est fortement pressenti pour succéder, rue Paul-Valéry, à Henri Lopes.