Guinée équatoriale : Djibloho, Mbini, Sipopo, à chaque ville sa spécialité !

Par - envoyée spéciale

Les célèbres tours jumelles de Djibloho, une nouvelle agglomération qui s'étend sur 32 000 ha. © MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

Sur l'île de Bioko comme sur le continent, des villes nouvelles sont en construction. Objectif : mieux répartir les activités économiques sur le territoire.

Une station touristique (Sipopo), un pôle industriel (Mbini), une cité administrative (Djibloho)… Ces dernières années, la Guinée équatoriale s’est lancée dans la construction de villes ou de sites consacrés à des activités précises, manière de rééquilibrer l’économie à l’échelle du territoire alors que l’industrie pétrolière est centrée sur l’île de Bioko, qui héberge par ailleurs la capitale, Malabo.

De tous ces projets, Djibloho est celui qui fait le plus débat. « Il aurait été préférable d’implanter à Bata les équipements que l’on construit à Djibloho, afin de diversifier l’économie urbaine au-delà des activités portuaires », estime un homme d’affaires de la ville côtière. D’autres, au contraire, s’enthousiasment.

« Toutes les grandes villes sont nées d’un pari », affirme un banquier. Mais beaucoup s’inquiètent des montants qui restent à investir, dans un contexte de récession liée à la baisse des recettes pétrolières, et s’interrogent sur la capacité de ces nouvelles cités à trouver leurs futures populations.

Djibloho, la nouvelle ville-province

Installée au cœur du Río Muni (la partie continentale du pays), au centre d’un triangle formé par Evinayong, Añisoc et Mongomo, la ville nouvelle de Djibloho a été inaugurée le 1er août 2015. Déjà matérialisée par plusieurs édifices, dont ses fameuses tours jumelles, Djibloho – appelée aussi Oyala – s’étale sur 32 000 ha de part et d’autre du fleuve Wele. Pour bien marquer son importance, elle a reçu le statut de ville-province (devenant ainsi la huitième province du pays) et possède deux districts urbains, Oyala et Mbere.

Plus qu’une simple cité administrative, Djibloho aura également une vocation touristique et universitaire. D’où la présence d’un hôtel de grand standing (doté de quelque 400 chambres et suites), d’une cinquantaine de villas, d’un centre de conférences, d’une piscine et d’un terrain de golf. Bref, un îlot de luxe dans la forêt vierge. En plus de ses grandes écoles, la cité comptera deux universités, ouvertes aux étudiants équato-guinéens et étrangers, à commencer par les boursiers en provenance de la sous-région.

Les autres chantiers en cours concernent la construction de résidences privées, de logements sociaux, de bâtiments commerciaux et de bureaux, tandis que de nouveaux ponts à hauban seront jetés sur le Wele. On estime à 50 % le taux de réalisation des travaux de la ville, à laquelle on accède par un bon réseau routier, dont une autoroute qui mène de Bata à Mongomo, et par l’aéroport de Mongomeyen. La baisse des recettes budgétaires a hélas freiné certains projets, et de nombreux chantiers devraient s’étaler davantage dans le temps.

À Mbini, cap sur l’industrie

C’est en 1973 que la ville de Benito est devenue Mbini. Située à 84 km au sud de Bata, à l’embouchure du rio Wele et au bord de l’Atlantique, la ville a servi, à l’époque coloniale, de base aux missionnaires presbytériens américains. Pendant longtemps, elle fut un port grumier important, où le bois, acheminé par flottage, était scié dans les factoreries de la ville, avant d’être expédié vers l’Europe. Lorsque Mbini a perdu cette fonction au profit de Bata, elle est entrée dans une phase de récession.

Plusieurs facteurs ont joué en faveur de la renaissance de la cité : l’exploration pétrolière au large de la côte, le désenclavement de Mbini, son alimentation en électricité à partir du barrage de Djibloho. Autant d’atouts qui expliquent que la cité maritime, qui abrite quelque 18 000 habitants, ait été choisie comme futur pôle industriel de la Guinée équatoriale. Du coup, la ville s’est progressivement équipée en résidences et en hôtels, dans la perspective de l’essor touristique de la région. Une École intégrale y a été implantée, et un nouveau quartier, Mbini 2, est en cours de finalisation.

La ville projette de construire des infrastructures de transport, d’implanter un site de transformation du bois et des ressources minières, entre autres. L’État prendra en charge son aménagement. Dans la foulée, Mbini sera doté d’un patio le long de l’océan. La mise en service de la centrale hydroélectrique de Sendje, sur le rio Wele, sera un atout supplémentaire.

 MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

Le centre de conférences de Sipopo, sur l'île de Bioko. © MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

 

Sipopo attend les touristes

Le site est assez exceptionnel. Situé dans un espace tranquille et verdoyant, à quelque 20 km au sud de Malabo et adossé sur les flancs du pic Basilé, Sipopo fait face à l’océan. Et quand, dans le lointain, la brume daigne se lever, le mont Cameroun semble à portée de main. Mais là n’est pas son seul atout. Le site dispose aussi d’un hôtel cinq étoiles, le Sofitel Malabo Sipopo Le Golf, géré par le groupe français Accor.

Équipé de quelque 200 chambres, dont 10 suites, il propose restaurants et bars, salons et salle de conférences, piscine, hammam et spa, golf 18 trous et plage. Sipopo compte également 52 villas présidentielles, deux restaurants, deux centres de conférences et le complexe médical La Paz. Un centre commercial devrait ouvrir prochainement.

Sa localisation et ses équipements font de Sipopo un lieu idéal pour le tourisme d’affaires, de congrès et même de loisir. En dehors des grandes manifestations politiques, comme le sommet de l’UA, ou sportives, telle la Coupe d’Afrique des nations en 2012, la fréquentation de Sipopo est limitée. Le Sofitel s’efforce d’attirer la clientèle d’affaires, mais la concurrence est vive, et, bien que relié par une belle autoroute à Malabo, le site est un peu excentré. Reste la clientèle locale.

Les amateurs de sport et de détente ont l’embarras du choix. Toutefois, le pari de faire de Sipopo un centre de tourisme consacré au golf est loin d’être gagné. Les contraintes ? L’obtention du visa et la cherté de la destination. Pourtant, le jeu en vaudrait la chandelle.