Guinée équatoriale : le secteur bancaire se renforce

Par - envoyée spéciale

La Bange compte passer de quinze à vingt-quatre agences d'ici au mois d'août. © VINCENT FOURNIER/J.A.

Pour dynamiser le marché, plusieurs établissements financiers innovent. Leurs cibles : les agriculteurs et les petites et moyennes entreprises.

Aujourd’hui, cinq banques se partagent le marché équato-guinéen. En quinze ans, la place a accueilli quatre banques privées. En 1994 est d’abord arrivée la Caisse commune d’épargne et d’investissements (CCEI-Bank GE), filiale du groupe camerounais Afriland First Bank, suivie en 1998 par la Société générale des banques en Guinée équatoriale (SGBGE), filiale du groupe français  Société générale, actionnaire à hauteur de 52 % du capital.

Puis la BGFI Bank Guinée équatoriale (dont la BGFI détient 50 %) est apparue, avant que le groupe panafricain Ecobank n’obtienne l’autorisation de s’implanter dans le pays en 2010.

Seul établissement public dans le paysage bancaire, la Banque nationale de Guinée équatoriale (Bange) a ouvert ses portes en 2006. Après avoir frôlé le dépôt de bilan, l’entreprise a été restructurée, remise sur pied, et elle jouit maintenant d’une situation financière assainie.

Pour asseoir son développement, le secteur bancaire équato-guinéen s’est appuyé sur la forte croissance et l’augmentation rapide des flux de liquidités. Comptant 1 million de personnes, le marché reste limité et la clientèle se compose essentiellement de grandes entreprises – pour 60 % des dépôts bancaires – et d’institutions internationales. Quelques PME et des particuliers viennent compléter ce tableau.

Afin de gagner des parts de marché, les banques ont fourni un effort important ces dernières années en étendant leurs réseaux d’agences à l’intérieur du pays et en mettant l’accent sur la monétique.

Quelques inquiétudes

Le secteur demeure néanmoins très faible. Les crédits restent en majorité des prêts à court terme à taux élevés, octroyés principalement aux entreprises de construction impliquées dans les projets d’infrastructures publiques. Le ralentissement de la croissance – et la mise en veille des chantiers de BTP qui en a découlé – a changé la donne en 2014. En outre, les impératifs liés à la diversification économique poussent les banques à revoir leur politique de crédit et à se tourner davantage vers le financement des PME et des petits producteurs locaux.

Le futur, c’est l’agriculture. À terme, ce produit pourrait se transformer en banque agricole

La Bange n’est pas la dernière à s’intéresser à cette activité. Disposant de quinze agences – elle devrait en compter 24 d’ici au mois d’août -, la deuxième banque du pays en matière de bilan – avec 441,9 milliards de F CFA (673,67 millions d’euros) – et de dépôts a mis un nouveau produit sur le marché : le crédit rural, destiné aux agricultrices en particulier.

« Le futur, c’est l’agriculture. À terme, ce produit pourrait se transformer en banque agricole », assure Manuel Osa Nsue Nsua (lire p. 86), le directeur général de la Bange. Le crédit varie de 5 à 20 millions de F CFA. Le prêt est accordé à une association dont les membres sont également formés pour améliorer la production et la commercialisation.

Six cents associations ont déjà bénéficié de ces formations et une centaine d’entre elles ont obtenu un prêt. Aucune garantie n’est exigée, et la banque compte, pour le remboursement, sur le contrôle social des membres de l’association. Bange élabore maintenant des produits semblables en direction des PME. Une petite révolution pour le système bancaire local.