Guinée équatoriale – Agapito Mba Mokuy : « Notre pays est pacifique et ouvert à tous »

Par - envoyée spéciale

Ancien consultant pour le Pnud, il conseille le président pour les affaires africaines depuis 2010. © DR

Présidence de la Commission de l'Union africaine, circulation dans la zone Cemac, affaire dite des biens mal acquis… L'ancien fonctionnaire de l'Unesco répond sans détour aux questions de J.A.

Né le 10 mars 1965 dans la partie continentale du pays, Agapito Mba Mokuy est l’un des représentants les plus emblématiques de cette nouvelle garde politique qui entoure le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Passé par le Pnud, puis fonctionnaire à l’Unesco pendant dix-huit ans, il est devenu ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie en 2012.

Membre du bureau politique du parti présidentiel et conseiller du chef de l’État pour les affaires africaines depuis 2010, il s’est fait remarquer lorsque son pays a assuré l’année suivante la présidence de l’Union africaine (UA). Une expérience qu’il met aujourd’hui en avant pour postuler à la présidence de la Commission de l’UA, une candidature qu’il a officialisée au mois de mai. Rencontre avec un homme qui compte en Guinée équatoriale.

Jeune Afrique : Le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo vient d’être réélu. Quelles priorités a-t-il fixées à la diplomatie équato-guinéenne pour ce septennat ?

Agapito Mba Mokuy : Renforcer notre politique d’ouverture, en priorité avec le continent africain, ainsi que dans le cadre de notre coopération Sud-Sud.

Les partenaires économiques du pays se font plus nombreux ces dernières années. Quel rôle a joué votre ministère dans cette évolution ?

Tous les pays qui s’inscrivent dans une démarche gagnante pour les deux parties sont les bienvenus. Et le ministère des Affaires étrangères a justement pour vocation d’identifier ceux qui partagent cette vision, notamment parmi les États en voie de développement. La Guinée équatoriale est un pays pacifique, ouvert à tout le monde.

La Guinée équatoriale est présente sur tous les dossiers qui peuvent renforcer l’unité de notre continent

Vous êtes candidat pour votre pays à la présidence de la Commission de l’UA. Que signifie cette démarche ? Quel message la Guinée équatoriale veut-elle faire ainsi passer ?

Nous voulons montrer que nous suivons toutes les questions africaines avec une grande attention et que tout ce qui se passe sur le continent nous intéresse. La Guinée équatoriale a abrité deux sommets de l’UA, ainsi que la conférence portant sur la lutte contre Ebola pour manifester sa volonté d’œuvrer contre ce fléau. Sans oublier la Coupe d’Afrique des nations [CAN], en 2015, que nous avons accueillie dans un contexte exceptionnel, après que plusieurs pays africains avaient refusé d’héberger l’événement justement par crainte de ce virus. En vrai panafricaniste, Obiang Nguema Mbasogo a assumé ce risque pour sauver l’honneur de l’Afrique.

La Guinée équatoriale est présente sur tous les dossiers qui peuvent renforcer l’unité de notre continent. Il est donc tout à fait légitime que notre pays se porte candidat à la présidence de la Commission. Et si le chef de l’État estime que je peux remplir cette mission, je l’en remercie.

Quels pays africains soutiennent votre candidature aujourd’hui ?

L’élection du 17 juillet, à Kigali, se déroulera bien sûr à bulletins secrets, mais je peux vous assurer que tous les chefs d’État africains reconnaissent le panafricanisme du président Obiang Nguema Mbasogo. J’ai donc toute confiance : la majorité des pays africains apporteront leur soutien à cette candidature. J’ai beaucoup à offrir pour contribuer au rayonnement de la Commission.

Que voulez-vous dire ?

J’apporte une expérience unique, acquise pendant dix-huit années au sein de l’Unesco, dont les huit dernières passées au poste de secrétaire de la Commission des finances et de l’administration du conseil exécutif. Je ne crains pas les autres candidats. J’ai appris, à l’Unesco, à maîtriser les rouages et le fonctionnement de ce type d’organisation internationale. Je pense que c’est pour cette raison que le président Obiang Nguema Mbasogo m’a choisi pour représenter notre pays.

N’oublions pas non plus que j’ai travaillé à ses côtés quand il était président de l’UA en 2011. J’ai donc une connaissance approfondie de l’institution, ce qui me permettra de conduire les réformes nécessaires et de répondre aux défis qui se présenteront. D’autant plus que je parle également les principales langues utilisées sur le continent : le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais. Sans oublier ma langue nationale, le fang.

À l’échelle sous-régionale, la Guinée équatoriale semble vouloir limiter la portée des accords de libre circulation signés dans le cadre de la Cemac. Pour quelle raison ?

Je suis très content de pouvoir répondre à cette question. La Guinée équatoriale fait l’objet d’un malentendu profond sur ce point. Il est inconcevable qu’avec le panafricanisme dont fait preuve notre président nous puissions être accusés de vouloir limiter la libre circulation des personnes. Au contraire, la Guinée équatoriale y est favorable à 100 %. Nous demandons seulement aux autres membres le plus grand sérieux dans l’application de cette décision.

Le passeport biométrique n’est toujours pas en usage dans l’ensemble de nos pays ; la formation des agents de sécurité postés à nos frontières est inexistante ; aucun dispositif de contrôle de l’authenticité des documents n’a été mis en place ; etc. Bref, il y a un minimum préalable à réaliser sur le terrain. Nous appelons à plus de responsabilités, surtout dans un contexte de prolifération de la menace terroriste. Avant d’ouvrir les frontières, il faut être sûr de bien les contrôler.

Quel est l’impact d’un dossier comme celui de l’affaire dite des biens mal acquis sur vos relations avec les pays occidentaux, à commencer par la France ?

Il faut déjà se mettre d’accord sur la terminologie. Qu’entend-on par « bien mal acquis » ? La presse, notamment en France, accuse le vice-président d’acheter des biens avec de l’argent mal acquis. Est-ce que les autorités françaises demandent à tous ceux qui acquièrent des biens dans leur pays de justifier la provenance de leurs fonds ? C’est ridicule ! Que diraient la France ou les États-Unis si nous demandions aux investisseurs qui viennent en Guinée équatoriale, au Gabon, au Tchad, de préciser la provenance de leur argent ?

Quelle est votre opinion sur ce dossier ?

Je crois que le concept n’est clair pour personne. C’est une décision discriminatoire et méprisante à l’encontre des petits pays africains. Bien sûr que le vice-président possède de l’argent, mais des Africains riches, vous en trouverez aussi au Gabon, au Nigeria, au Congo, en Afrique du Sud… Je ne comprends pas quel est le problème, si ce n’est que les pays occidentaux estiment avoir le droit de juger les autres. Dans ce cas, pourquoi ne pas en faire autant avec tous ceux qui viennent investir chez eux ? Cette discrimination est inacceptable pour l’Afrique du XXIe siècle. Notre pays ne l’acceptera pas.

La Guinée équatoriale jouit d’une image assez controversée sur la scène internationale. N’est-il pas difficile d’en être le ministre des Affaires étrangères ?

Non ! Vous faites allusion à une époque dépassée, pour ne pas dire révolue. La Guinée équatoriale fait aujourd’hui partie du grand concert des nations. Elle postule au sein du Conseil de sécurité des Nations unies et elle est bien placée pour obtenir la présidence de la Commission de l’UA. Ceux qui conservent une mauvaise image de notre pays ne sont pas en phase avec les réalités de notre époque.