Guinée équatoriale : une nouvelle génération de ministres

Par - envoyée spéciale

Eugenio Nze Obiang, ministre de l'Information, de la Presse et de la Radio équato-guinéen. © MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

Brillants diplômés dotés d'une riche expérience dans le privé, ces ministres voient la gestion des affaires publiques autrement. Et comptent bien la faire évoluer.

Ils ont 40 ans ou juste un peu plus. Ils ont fait des études supérieures, le plus souvent à l’étranger, avant de partir travailler dans le secteur privé. Leur expérience en entreprise influe sur leurs méthodes de travail et sur la vision du secteur dont ils ont la charge dans leur ministère. Et ils veulent en imprégner leur administration.

Repérés grâce à leurs compétences, voire grâce à leur carrière atypique, ils sont aujourd’hui mis à l’épreuve. Mais pas question de les placer directement sur l’avant-scène gouvernementale. Secrétaires d’État, ministres délégués puis ministres, tel est le parcours que ces hommes et femmes doivent accomplir avant d’espérer atteindre les sommets. Focus sur quatre brillants représentants de cette nouvelle génération.

Eugenio Nze Obiang, Ministre de l’Information, de la Presse et de la Radio

Sorti en 2008 de l’Université nationale de Guinée équatoriale (Unge) avec un diplôme de droit en poche, Eugenio Nze Obiang flirtait déjà avec les médias lorsqu’il était étudiant. « J’ai suivi des formations de journalisme. J’ai été animateur pour Radio et Télévision Asonga, ainsi qu’à la Radio-Télévision de Guinée équatoriale (RTVGE), avant de collaborer à la chaîne Africa24 », rappelle l’homme de 43 ans.

Même une fois avocat, puis procureur général pour la Sécurité routière, il n’est jamais très loin des écrans de télévision. Ce n’est donc pas vraiment une surprise lorsque, en 2013, il devient directeur de la presse présidentielle. Responsable de l’image du chef de l’État et chargé d’informer sur son emploi du temps, il crée un journal interne, Actualités présidentielles, et une émission du même nom diffusée chaque dimanche à 22 heures sur la RTVGE.

Cerise sur le gâteau, il est nommé en 2015 ministre de l’Information, de la Presse et de la Radio. Désireux de professionnaliser les médias, il organise « des séminaires de formation, en Guinée équatoriale et hors du pays » et aide les médias privés à se doter de matériel. « Nous comptons installer une imprimerie nationale », indique celui qui est déjà à l’origine de la diffusion de journaux français, anglais et portugais sur la RTVGE, désormais disponible dans tout le pays.

Guillermina Mekuy Mba Obono, Ministre déléguée du département de la Culture et du Tourisme

Depuis 2009 et son retour d’Espagne, tout s’est accéléré. Née à Evinayong, le chef-lieu de la province du Centro-Sur, fille de diplomate, Guillermina Mekuy Mba Obono a collectionné les diplômes en Espagne, où elle a vécu dès l’âge de 6 ans, avant de cumuler les responsabilités dans son pays.

Son premier roman est publié alors qu’elle n’a que 21 ans

Elle est d’abord nommée directrice de la Bibliothèque nationale de la Guinée équatoriale, avant de devenir deux ans plus tard secrétaire d’État aux bibliothèques, archives, musées et cinémas. En 2012, elle hérite du poste de ministre déléguée du département de la culture et du tourisme, fonction qu’elle exerce toujours aujourd’hui.

Si elle découvre alors le secteur touristique, le domaine culturel n’a en revanche aucun secret pour elle. Écrivaine, elle a à son actif plusieurs romans publiés en Espagne, dont El Llanto De La Perra (« le cri de la chienne ») publié alors qu’elle n’avait que 21 ans, ou Tres Almas Para Un Corazón (« trois âmes pour un cœur »), qui traite de la polygamie. Également passionnée par le septième art, elle est à l’origine de l’École nationale du cinéma et a organisé avec le Centre culturel espagnol de Malabo le Festival de cinéma africain en Guinée équatoriale. Elle est aussi une habituée du Festival de Cannes, en France, en tant qu’auteure et réalisatrice de documentaires.

Très attachée au patrimoine culturel et à l’histoire de son pays, elle est montée en première ligne dans le projet de création d’un fonds d’archives numérisées, comme dans la promotion de troupes de danse et de musique traditionnelles, tel le Ballet national Ceiba, qui a participé au Festival mondial des arts nègres, à Dakar, en décembre 2010.

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Guillermina Mekui Mba Obono, ministre déléguée du département de la Culture et du Tourisme. © DR

Eucario Bakale Angüe Oyana, Ministre de l’Économie, de la Planification et des Investissements publics

À tout juste 36 ans, Eucario Bakale Angüe a déja un beau CV. Nommé en 2010 fondé de pouvoir du Trésor Public, puis secrétaire d’État chargé de la trésorerie générale auprès du ministère des Finances et du Budget en 2012, il devient l’année suivante monistre délégué aux Finances, chargé des impôts, avant d’occuper les fonctions de ministre de l’Économie, de la Planification et des Investissements publics en 2015. Autant de promotions méritées pour celui qui passe dans son pays pour un surdoué.

Né en 1980 à Akurenam, dans la province du Centro-Sur, Bakale commence des études en ingénierie pétrolière à l’Université nationale de Guinée équatoriale (Unge), avant de prendre le chemin des États-Unis. Il décroche une licence d’ingénieur au La Roche College de Pittsburgh, où il se voit même décerner le titre de « meilleur étudiant », puis rejoint Washington et l’Université catholique d’Amérique pour y obtenir un master en ingénierie mécanique.

Il travaille ensuite pendant un an à Houston comme ingénieur pétrolier chez Hess Corporation, qui a financé son master. C’est cette même compagnie qui l’envoie en 2009 dans son pays. Il pense alors y poursuivre sa carrière un temps avant de rentrer aux États-Unis. Le sort en décidera autrement.

Au sein des différentes administrations où il a travaillé, il n’a cessé de s’inspirer des procédures découvertes dans le privé. « En tant qu’ingénieur, je peux décomposer les choses et voir comment les faire fonctionner », analyse-t-il. Pour être sûr de mettre son pays sur les rails de l’émergence, ce fan de foot a fait du climat des affaires et de la formation des ressources humaines les priorités de son ministère.

 MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

Eucario Bakale Angüe Oyana, ministre de l'Économie, de la Planification et es Investissements publics. © MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

Milagrosa Obono Angüe, secrétaire d’État chargée de la Trésorerie générale

Quand elle pousse les jeunes Équato-Guinéens à faire des études, Milagrosa Obono Angüe sait de quoi elle parle. « Je viens d’un milieu pauvre. Enfant, je vendais des beignets dans la rue. C’est pour cela que je m’occupe des jeunes, que je les conseille et que je les encourage à étudier pour qu’ils évitent de tomber dans la délinquance ou la prostitution », martèle la secrétaire d’État chargée de la Trésorerie générale.

Aussi volontaire que studieuse, elle a cumulé les formations et les diplômes. Elle a passé cinq ans au Maroc d’abord, à l’Institut supérieur des technologies appliquées de Rabat. Puis elle a retrouvé son pays, où elle a étudié le droit à l’Université nationale. Elle a alors achevé sa moisson avec un diplôme en finances publiques.

Aux honneurs universitaires s’ajoute une expérience professionnelle tout aussi diversifiée, tant en Guinée équatoriale qu’à l’étranger, dans le secteur public comme dans le privé. Jusqu’à ce qu’elle entre à la Société générale de banques de Guinée équatoriale (SGBGE), dont elle sera directrice générale adjointe, avant d’intégrer sur concours la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac).

Depuis, sa carrière n’a pas connu de temps mort. En 2002, elle devient fondée de pouvoir au Trésor public. Trois ans plus tard, elle est trésorière payeuse générale – une première pour une Équato-Guinéenne ! Directrice de cabinet du ministre des Finances et du Budget en 2010 avant de rejoindre la Trésorerie générale, Milagrosa Obono Angüe peut croire en sa bonne étoile.

 MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

Milagrosa Obono Angüe, secrétaire d'État chargée de la Trésorerie générale. © MURIEL DEVEY MALU MALU POUR J.A.

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