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Phosphates : les industries chimiques du Sénégal se rêvent un avenir meilleur

Sur le site minier de Taïba, le gisement de Tobène présente à lui seul des réserves estimées à plus de 60 millions de tonnes de phosphates. © YOURI LENQUETTE POUR J.A.

Conséquence d'années de difficultés, les Industries chimiques du Sénégal quittent notre palmarès. Mais l'ex-fleuron espère se relancer grâce au plan ficelé par son nouvel actionnaire.

Les Industries chimiques du Sénégal (ICS) sont-elles définitivement sorties d’affaire ? Difficile à dire. Mais l’ancien géant des phosphates semble avoir écarté le risque de dépôt de bilan qui planait depuis l’effondrement de ses revenus, en particulier en 2013.

Derrière cette embellie, un nom : l’asiatique Indorama, qui a repris cette même année les ICS des mains d’Indian Farmers Fertilisers Cooperative (IFFCO, 18,54 % du capital) et de Senfer Africa Ltd (66 %), consortium majoritaire depuis 2008. Et une méthode, mêlant soutien financier et renouveau stratégique. En août 2014, une semaine après avoir scellé les accords de restructuration, le roi indonésien des fertilisants a injecté 100 millions de dollars (76 millions d’euros) dans l’entreprise, en épongeant les créances et en lui donnant une vitale bouffée d’oxygène.

Le pari d’Indorama

Un plan de relance comprenant effacement des dettes, redémarrage de la production, réhabilitation des installations et programme de maintenance, a été mis en place dans la foulée. Il portait essentiellement sur l’offre, les débouchés (en Inde principalement) ne posant guère de soucis. Indorama s’est ainsi engagé à apporter 225 millions de dollars pour assurer la réhabilitation complète des unités de production. La construction d’une centrale électrique a également été décidée.

Depuis, la capacité de production d’acide phosphorique des usines jumelles de Darou, site de fabrication de l’acide situé au nord de Dakar, près de Taiba, a été multipliée par deux pour atteindre une capacité de 2 030 tonnes par jour. Pour les engrais, l’objectif du repreneur est de viser le marché ouest-africain en portant la capacité annuelle de production de fertilisants à 1 million de tonnes, contre 300 000 aujourd’hui, via la construction d’une deuxième usine d’engrais à Mbao, en banlieue dakaroise.

Indorama remportera-t-il son pari ? En 2000, c’est une mauvaise stratégie d’investissement de l’État sénégalais visant à doubler la capacité, censée passer à 600 000 tonnes d’acide phosphorique, de l’usine de Darou qui avait plombé l’entreprise. En 2008, IFFCO avait injecté 44,5 milliards de francs CFA (67,8 millions d’euros), en particulier pour la réhabilitation des installations. La stratégie du repreneur avait semblé fonctionner dans les premières années avant de buter sur des problèmes de gestion, notamment de ressources humaines…

Concurrence régionale accrue

Alors que l’ex-fleuron de l’industrie lourde sénégalaise (plus de 1 000 employés, 4 sites industriels et 2 filiales respectivement spécialisées l’une dans le transport ferroviaire et l’autre dans la commercialisation de l’engrais, de l’acide phosphorique et des produits phytosanitaires) espère remonter la pente, la concurrence régionale s’accentue.

Au Togo, autre grand pays phosphatier, le mégagisement de Kpémé a été attribué mi-2015, après des années de procédure, à l’israélien Elenilto et à son partenaire chinois Wengfu, une star des phosphates. Un investissement de 1,3 milliard d’euros est prévu pour la construction d’une usine de production d’acide phosphorique et d’engrais afin de commercialiser, d’ici à trois ans, au moins 3 millions de tonnes de phosphate de roche concentré, 500 000 tonnes d’acide phosphorique et 1,3 million de tonnes de fertilisants par an.

Début 2016, le marocain OCP a de son côté officialisé la création d’OCP Africa, sa filiale consacrée exclusivement à l’Afrique subsaharienne, et inauguré « l’Africa Fertilizer Complex », une nouvelle usine basée au Maroc qui réservera sa production de 1 million de tonnes d’engrais annuelles aux marchés du continent.

L’époque où les ICS « rapportaient annuellement à l’État sénégalais plus de 100 milliards de F CFA en devises et plus de 40 milliards de F CFA de contribution au PIB », comme le souligne, nostalgique, un ancien cadre du groupe, ne sera pas simple à retrouver.

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