RD Congo et Zambie, deux gestions opposées du secteur minier

La mine de cuivre à ciel ouvert de Kamfundwa, au Katanga. © JONNY HOGG/REUTERS

D'un côté la Gécamines, acteur industriel détenu à 100 % par l'État. De l'autre le ZCCM-IH, gestionnaire d'actifs coté en Bourse.

Détenteurs des gisements cuprifères parmi les plus riches du monde, la RD Congo et la Zambie détiennent chacune un groupe minier chargé de développer leur secteur extractif. Côté congolais, la Générale des carrières et des mines (Gécamines), présidée par Albert Yuma Mulimbi, veille sur les intérêts de l’État dans « l’or rouge » du Katanga. Tandis qu’à Lusaka le Zambia Consolidated Copper Mines-Investment Holding (ZCCM-IH), dirigé par Pius Kasolo, s’assure de la rentrée des devises liées au sous-sol.

Mais la Gécamines et le ZCCM-IH, structurés selon des philosophies différentes, ne traversent pas de la même manière la crise actuelle du cuivre, dont le prix est passé de 6 300 dollars la tonne fin 2014 à 4 600 dollars début juin.

La Génamines évolue vers le secteur privé

Exclusivement tournée vers le secteur minier et forte d’environ 10 000 salariés, la Gécamines se veut d’abord et avant tout un opérateur extractif et industriel. Son capital est intégralement détenu par l’État, même si le groupe est passé du statut de société publique à celui d’entreprise commerciale de droit privé. Actionnaire minoritaire (en général autour de 20 %) de la plupart des grands projets menés par des multinationales, la Gécamines mène aussi ses propres chantiers d’exploration, de production et de transformation.

Son plan de relance, engagé en 2013, vise à moderniser ses équipements et à nouer des accords de commercialisation. Pour ce faire, Albert Yuma Mulimbi a multiplié les contacts ces dernières années, notamment en Chine et en Europe.

Pius Kasolo voit quant à lui le ZCCM-IH, détenu à 86 % par l’État, comme un gestionnaire d’actifs. Coté à la Bourse de Lusaka et sur Euronext, le groupe zambien est actionnaire minoritaire de tous les grands projets miniers du pays, avec des parts de 10 % à 35 %. En dehors de ses activités d’exploration, il n’a pas de projets miniers en propre. Il est aussi présent dans l’agriculture et l’énergie, des secteurs dans lesquels il investit – grâce à ses dividendes du secteur extractif – via des coentreprises.

En RD Congo, le marasme actuel empêche la Gécamines de nouer des accords avec des groupes internationaux pour moderniser ses équipements, doper sa production de cathodes et commercialiser son cuivre. Sans argent frais, l’obsolescence de son outil industriel nuira au développement de la compagnie.

Coté en Bourse, le ZCCM-IH a quant à lui vu ses cours jouer au yoyo au gré des fluctuations des prix du minerai et des aléas politiques. La forte baisse des dividendes liée à ses participations dans les projets internationaux depuis 2014 lui a fait terminer l’exercice 2015 avec des pertes opérationnelles de 2,2 milliards de kwachas (183 millions d’euros), contre un bénéfice de 871 millions de kwachas en 2014.

Les deux sociétés sont toutefois confrontées aux mêmes tensions dans leurs partenariats internationaux, avec une multiplication des conflits autour des tentatives de revente de participations de la part des multinationales ou bien des désaccords sur la baisse de la production.