Burundi : bye-bye Arusha

Le chef de l'État, Pierre Nkurunziza (à g.), et l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa, le 18 mars, à Bujumbura. © DR

La tentative de reprise du dialogue, fin mai en Tanzanie, n'a pas abouti. Le pouvoir semble vouloir en finir avec l'accord historique de 2000.

Douloureux retour vers le futur que celui qui s’impose aujourd’hui aux Burundais. Seize ans après la signature de l’accord qui avait permis d’en finir avec la guerre civile, les voilà de retour à Arusha. Un début de dialogue, auquel une partie de l’opposition n’a pas été conviée, s’y est tenu du 21 au 24 mai sous l’égide de l’ex-président tanzanien Benjamin Mkapa, lequel s’est vu confier la mission de mettre fin à une crise qui semble se rapprocher chaque jour un peu plus d’une guerre civile. En vain.

Lorsqu’ils ont pénétré dans le centre de conférences d’Arusha, où ils avaient signé l’accord historique d’août 2000, ceux qui avaient participé à ces interminables tractations – et qui se trouvent aujourd’hui dans l’opposition – ont eu du mal à cacher leur amertume. « C’est terrible de se retrouver une nouvelle fois à Arusha », a déploré Léonard Nyangoma, un opposant en exil.

Pour les dirigeants du CNDD-FDD, Arusha est, selon eux, le fruit de la connivence entre l’élite tutsie, au pouvoir pendant des décennies, et une poignée de Hutus.

Les tenants du pouvoir avaient, eux, d’autres raisons d’être frustrés. Arusha est, à les entendre, le principal mal qui ronge le pays. Ceux-là n’étaient pas des négociations en 2000 : ils étaient dans le maquis, et s’ils ont fini par souscrire à l’accord en 2004, ils ne l’ont jamais véritablement accepté. Officiellement, le CNDD-FDD (au pouvoir) ne rejette pas ce texte, longtemps considéré comme intouchable et comme primant sur la Constitution. Mais, en privé, ses dirigeants ne se gênent pas pour tirer à boulets rouges sur Arusha, qui est, selon eux, le fruit de la connivence entre l’élite tutsie, au pouvoir pendant des décennies, et une poignée de Hutus.

Partage ethnique

Les durs du CNDD-FDD ont donc profité de la crise pour entamer le dépeçage d’Arusha : en privilégiant le Service national des renseignements (non soumis au système de quotas entre Hutus et Tutsis, contrairement à l’armée et à la police) et en mettant en place des commandements parallèles dont sont exclus les officiers qui devaient leur place dans la hiérarchie à leur appartenance ethnique.

Le président Pierre Nkurunziza et son entourage aimeraient en finir de manière officielle avec Arusha. Mais ils savent que la communauté internationale, pour laquelle cet accord est le garant de la stabilité du pays, ne le tolérera pas.

« La Tanzanie et l’Afrique du Sud, plutôt conciliantes avec Bujumbura, n’accepteront jamais cela », indique un diplomate. Ils ont peut-être trouvé une parade en organisant des consultations nationales, censées être ouvertes à tous les Burundais. Lors de ces parodies de démocratie populaire – des « monologues » verrouillés par le pouvoir, selon l’International Crisis Group -, il est notamment question de modifier la Constitution et de dire « adieu » à Arusha. Une bonne fois pour toutes.