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Mounir Mahjoubi, l’homme providentiel à la tête du Conseil national du numérique en France

"J'éprouve une joie absolue à aider les humains", soutient ce faux naïf ultraconnecté. © Cyrille Choupas / J.A.

Encarté au PS, actif dans les campagnes présidentielles de Ségolène Royal et de François Hollande, ce Franco-Marocain dirige le Conseil national du numérique.

Voir la presse marocaine titrer « Un Marocain à la tête du Conseil national du numérique » l’a fait sourire : il ne parle pas arabe et n’a pas mis les pieds dans « le pays de ses parents » depuis ses 16 ans. Sa binationalité, il la vit sereinement, sans qu’elle le définisse pour autant. « Nous venons du Maroc, dit-il, mais je ne passe pas mon temps à me définir comme franco-marocain. »

Mounir Mahjoubi a pourtant la tchatche des Maghrébins, « le faciès et le physique aussi », ajoute-t-il dans un éclat de rire. À 32 ans, l’ancien premier de la classe, « obèse et berbère en plus », a été nommé par François Hollande à la tête du Conseil national du numérique (CNNum), une instance qui conseille le gouvernement sur tout ce qui concerne internet.

Stratégie en trois axes

Peu importe qu’il ait été le second choix, qu’on lui ait reproché d’avoir obtenu ce poste (bénévole) grâce à son affiliation au PS – où il est encarté « mais pas actif » – ou en raison de son nom, symbole d’une France qui a encore du mal à diversifier ses élites, Mahjoubi défend avec ferveur son programme. En trois axes : les PME-PMI – « je ne comprends pas que la France, deuxième puissance économique d’Europe, soit avant-dernière en matière d’e-commerce » -, l’enseignement supérieur, où il veut aider les universités à développer leurs stratégies numériques, et l’inclusion numérique « pour permettre aux personnes marginalisées d’apprendre à utiliser l’outil, voire mettre à leur disposition des médiateurs pour les aider dans leurs démarches ».

Grandir intra-muros, c’est sa chance

Le jeune homme naît et grandit dans la capitale française, au sein d’une famille ouvrière berbère. Ses parents sont originaires d’Afourar, dans la région de Beni-Mellal (centre du Maroc). « Très exactement sous le lac de Bine el-Ouidane, l’un des villages qui ont été déplacés quand ils ont construit le barrage », détaille-t-il. Le père, manutentionnaire dans les usines de la société Soubrier, émigre en France au début des années 1970. La mère rejoint son époux sans parler un mot de français : elle sera femme de ménage dans des palaces parisiens. Ils auront trois enfants, deux filles et un garçon au milieu.

À l’écouter raconter son enfance, rythmée par les allers-retours estivaux au bled, on aurait presque l’impression d’être dans une scène du film La Marche. « Maman disait toujours : « les Français », pas juste pour parler des « Blancs », mais pour dire ce qu’il fallait faire de bien. Ou ce qu’ils faisaient de bizarre. » Pour sa mère, la France c’est « le 12e », où ils ont vécu à cinq dans 35 m² parce que « ça valait mille fois plus qu’un très grand appartement en banlieue ». Grandir intra-muros, c’est sa chance.

Demeure le regard des autres, stigmatisant, qu’il n’arrive pas à dépasser, jusqu’à ce que, à 20 ans, il devienne délégué syndical CFDT. « À partir de là, je n’avais plus cette petite rage, cette petite honte, ce sentiment d’être perçu différemment, comme un Arabe. » Le jeune homme n’en est pas moins resté un idéaliste un peu naïf qui s’exprime à coups de « j’avais l’impression de pouvoir être utile contre les injustices » ou de « j’éprouve une joie absolue à aider les humains ».

Plus apaisé aujourd’hui, il cherche toujours son équilibre entre les deux Mounir – celui, timide et mal à l’aise avec son image, et celui, hyperpro, qui raconte ses expériences professionnelles avec un enthousiasme contagieux.

Un « électron libre » ultraconnecté

Le créatif bouillonnant, décrit par ses proches comme « complexe », « doté d’une énergie combattante », « ancré dans le concret », a préféré quitter le poste – qu’il occupait depuis quatre ans – de directeur général adjoint chez BETC Digital, spécialisé dans l’accompagnement des entreprises dans leur transformation numérique, pour créer sa propre structure, qu’il lance en septembre, où il aidera des entreprises à créer des start-up.

Ses premiers pas dans le monde du numérique, il les a faits très tôt en créant un site d’e-commerce en décoration, à l’âge de 22 ans. Un échec suivi de tentatives plus réussies, comme Mounir & Simon, agence de conseil en innovation créée en 2009 et qui aura Google comme client. Un an après, Mahjoubi fonde avec Guilhem Cheron et Marc-David Choukroun La Ruche qui dit oui !pour connecter consommateurs et producteurs locaux. « Mounir est un électron libre. Il faut qu’il soit sur dix projets en même temps : il est dans la créativité, pas dans la stabilité », raconte Choukroun, qui dirige La Ruche.

Il y a du Balzac dans ce jeune homme

En 2012, cet e-hyperactif avait préféré s’engager dans la campagne de François Hollande. En 2007, il avait déjà participé à celle de Ségolène Royal en créant segosphere.net, sorte de réseau social reliant les communautés de soutien à la candidate. Resté proche de Thomas, le fils, Mahjoubi se défend d’être l’obligé des Hollande. On n’exclut néanmoins pas de le voir s’impliquer plus activement dans le parti.

« Je pense qu’un jour il aura envie de revenir en politique, et pas comme conseiller numérique », confie-t-on au PS. Son ancienne patronne, Mercedes Erra, est grandiloquente. « Je lui vois un destin présidentiel. Il y a du Balzac dans ce jeune homme. » Rien que ça !

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