Focus : les (grandes) ambitions de São Tomé dans les infrastructures

Le port commercial de São Tomé. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Un port en eau profonde et un aéroport international digne de ce nom ? C'est pour très bientôt. Fini de jouer les petits poucets : pour stimuler son économie, l'archipel voit grand.

Fernão Dias, dans le nord de l’île de São Tomé. C’est là, à une trentaine de kilomètres de la capitale, que doit être construit un port en eau profonde. Un de plus, dans une Afrique centrale qui en compte déjà plusieurs ? À ceux de Pointe-Noire au Congo, de Kribi au Cameroun, de Malabo en Guinée équatoriale, s’ajoutent des concurrents ouest-africains, au Nigeria, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Togo…

Mise en place d’activités de transbordement

Pour les autorités santoméennes, c’est pourtant devenu une nécessité. Car le port de la capitale, situé dans la baie d’Ana Chaves et géré par la société publique Enaport, ne répond plus aux besoins, et encore moins aux projets de développement des exportations. Peu profond, il ne peut recevoir que des bâtiments dont le tirant d’eau n’excède pas 3,5 m.

Et sa zone de stockage des conteneurs a une capacité limitée à 600 tonnes équivalent vingt pieds (EVP). Résultat, la plupart des navires doivent mouiller en haute mer, où des petits bateaux assurent le transbordement. Autant d’opérations qui ralentissent le trafic, au départ comme à l’arrivée.

L’objectif est de faire de l’archipel une plateforme douanière et fiscale.

Mais la raison d’être de ce futur port tient surtout à la volonté du gouvernement de développer les activités de transbordement.

« L’archipel bénéficie d’une position stratégique dans le golfe de Guinée, à environ 300 km du continent africain, dans une zone qui compte près de 450 millions d’habitants et regroupe les pays les plus riches d’Afrique centrale. Pour eux, nous sommes idéalement situés, sur la route de l’Europe et des Amériques », s’enthousiasme Adelino Cardoso, directeur des études au ministère des Infrastructures. Pour séduire les armateurs, l’objectif est de faire de l’archipel une plateforme douanière et fiscale. L’administration travaille d’ailleurs à une mise à niveau de ces services.

Qui financera la construction du nouveau port ? En octobre 2015, le gouvernement a signé un protocole d’accord avec la China Harbour Engineering Company (CHEC) pour la conception et la réalisation de l’ouvrage, dont la livraison est prévue en 2019. La CHEC est censée investir au moins 120 millions de dollars, sur un coût total de 800 millions. Le gouvernement santoméen souhaitant diversifier ses partenaires, le budget n’est pas encore bouclé.

« Pour éviter que le trafic ne passe par la route », précise Adelino Cardoso, de petits ports de cabotage seront implantés le long de la côte, et les services du port de São Tomé (qui deviendra un port intérieur et de pêche) seront améliorés. Situé sur la côte nord-ouest de l’île, celui de la petite ville de Neves (considérée comme le pôle industriel du pays) reçoit aujourd’hui les importations de carburant et sert de port de pêche.

Si l’activité pétrolière se développe, ses infrastructures seront renforcées. Enfin, à Príncipe, le port situé dans la baie de Santo António, qui ne peut recevoir que des navires d’un tirant d’eau maximal de 1,7 m, devrait aussi être réhabilité.

Vincent Fournier/J.A.

Chargement et déchargement sur les quais. © Vincent Fournier/J.A.

Des projets encourageants dans les transports aérien et maritime

Également au programme : la modernisation de l’aéroport international. Elle s’impose pour répondre au développement des échanges commerciaux et du tourisme (y compris entre les deux îles), ainsi que pour attirer la clientèle d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest .

Il est prévu d’étendre sa piste, trop courte (2 200 m), afin qu’elle puisse accueillir des gros-porteurs de type Airbus A310, de construire un nouveau terminal et un hangar de stationnement.

Objectif : passer de quatre à sept liaisons hebdomadaires et faire baisser les tarifs, qui restent élevés entre São Tomé et Santo António

Pour l’heure, la capitale, desservie par plusieurs transporteurs étrangers, dont le portugais TAP et l’angolais TAAG, est reliée à Lisbonne, Libreville, Accra, Malabo et Luanda. STP Airways, la compagnie nationale, assure des liaisons avec le Portugal et avec l’île de Príncipe, où les travaux d’extension (à 1 750 m) de la piste de l’aéroport de Santo António ont déjà été réalisés, grâce à un investissement de 8 millions d’euros émanant du fonds sud-africain Here Be Dragons (HBD), de Mark Shuttleworth, très actif dans le tourisme.

Objectif : passer de quatre à sept liaisons hebdomadaires entre les deux îles et faire baisser les tarifs, qui restent élevés entre São Tomé et Santo António, la capitale de Príncipe.

Pour rapprocher les îles sœurs, l’État vient par ailleurs d’acquérir deux ferrys.

Il faut en effet compter environ 200 euros pour un aller-retour par avion. Une somme qui n’est pas accessible à toutes les bourses, dans un pays où le salaire mensuel minimum n’excède pas 50 euros. C’est donc par bateau que les Santoméens, et aussi quelques touristes, se rendent d’une île à l’autre. Une équipée qui dure au moins cinq heures (contre trente minutes en avion), voire plus, selon la mer, souvent agitée dans cette partie du golfe de Guinée.

Les conditions de voyage et de sécurité se sont cependant améliorées, grâce notamment à une liaison maritime assurée par HBD. Pour rapprocher les îles sœurs, l’État vient par ailleurs d’acquérir deux ferrys. Reste à trouver un opérateur privé à qui concéder leur exploitation. Celle-ci pourrait débuter d’ici à la fin de l’année

 


 

Surf numérique

L’archipel compte moins de 200 000 habitants, mais déjà plus de 237 000 abonnés à la téléphonie mobile, dont 156 000 à la Companhia Santomense de Telecomunicações (CST, leader national, dans laquelle l’État détient 49 % du capital et Africatel, 51 %), et 81 000 à Unitel-STP, filiale de la compagnie angolaise Unitel.

Grâce à la connexion au câble sous-marin à fibre optique Africa Coast to Europe (ACE, qui relie la France à l’Afrique du Sud), le taux de pénétration d’internet est passé de 2,5 % en 2012 à 13 % en 2014.

Unitel comptait 1 439 abonnés à internet (en ADSL) et la CST, 1 267 (en ADSL et en fibre optique) à la fin de 2015. L’île de São Tomé dispose du meilleur réseau, avec une boucle métropolitaine dans la capitale et, dans chaque chef-lieu de district, un centre digital qui vise à inciter les jeunes à se familiariser avec internet, et où ceux qui disposent d’un smartphone, d’une tablette ou d’un ordinateur portable peuvent se connecter gratuitement.

Dans le secteur bancaire, la consultation des comptes sur internet se développe, et la Banque internationale de São Tomé-et-Príncipe – dont 48 % du capital est détenu par l’État santoméen, 27 % par la banque portugaise Caixa Geral de Depósitos et 25 % par la Banque angolaise d’investissements (BAI) – propose des transactions électroniques. Cependant, même si les banques y travaillent, les services de mobile money et l’e-commerce sont encore très timides

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