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Cet article est issu du dossier «São Tomé-et-Prìncipe : grandeur nature»

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Tourisme

São Tomé : pour les touristes, ici commence le rêve

Hotel Pestana, São Tomé-et-Príncipe. © Moises.on/Flickr

Peu à peu, les confettis de paradis santoméens s'ouvrent à une clientèle haut de gamme. Reste à développer l'hôtellerie, à faciliter l'accès aux îles et à diversifier les circuits.

Des plages aux eaux chaudes et turquoise pour le farniente, une nature luxuriante et volcanique pour les amateurs de randonnée, une gastronomie exceptionnelle… Voilà un pays qui ne manque pas d’atouts pour convaincre les touristes. En 2014, ils ont été un peu plus de 18 000 à débarquer à l’aéroport de São Tomé : deux fois plus qu’en 2010.

Pas question pour autant de devenir une destination de masse. Encore ignoré des grands tours opérateurs, l’archipel mise sur une clientèle haut de gamme.

Un important moteur de croissance

Héritage du passé, une grande partie de ces visiteurs viennent du Portugal ou de ses anciennes colonies africaines, Angola et Cap-Vert en tête. Situé à 300 km des côtes santoméennes, le Gabon fournit aussi des contingents de plus en plus nombreux. Tout comme le Ghana, depuis que les trois liaisons hebdomadaires Lisbonne-São Tomé de la compagnie portugaise TAP font escale à Accra.

le gouvernement santoméen a aussi décidé d’exempter de visa les ressortissants de l’UE et des États-Unis munis de passeports en cours de validité et désireux de séjourner dans l’archipel

« Nous sommes très dépendants des compagnies aériennes, notamment de la TAP, concède Mirian Barroso Daio, directrice du tourisme. L’escale ghanéenne nous ouvre un nouveau marché. Elle a permis à la TAP de passer de une à trois dessertes par semaine. C’est un motif de satisfaction pour les touristes, qui peuvent plus aisément choisir des dates à leur convenance. »

Pour leur faciliter la vie, le gouvernement santoméen a aussi décidé d’exempter de visa les ressortissants de l’UE et des États-Unis munis de passeports en cours de validité et désireux de séjourner dans l’archipel pour une période inférieure à quinze jours.

Le tourisme est en effet devenu l’un des principaux moteurs de croissance du pays et une priorité du gouvernement Trovoada, malgré des investissements encore timides. Pour l’heure, deux groupes hôteliers sont les grands bénéficiaires de cet essor. Le portugais Pestana, présent à São Tomé et sur l’îlot de Rolas, et le fonds sud-africain Here Be Dragons (HBD), de Mark Shuttleworth.

Modernisation et éco tourisme

Tombé sous le charme de Príncipe, le milliardaire anglo-sud-africain a engagé des sommes colossales (près de 70 millions d’euros) depuis son arrivée sur l’île, il y a cinq ans, en particulier dans le Bom Bom Island Resort, vitrine du tourisme haut de gamme dans l’archipel.

Shuttleworth veut en outre que Príncipe devienne un exemple de tourisme responsable. Le groupe multiplie les investissements dans l’agriculture, notamment dans la filière cacao. Il a fait venir des enseignants sur l’île, qu’il rémunère. Et il s’engage en faveur de la protection des tortues, en sanctuarisant les plages de ponte et en sauvant des centaines de nids chaque année.

Quant à l’aéroport de Santo António, le fonds de Shuttleworth a financé presque entièrement sa modernisation  et des pourparlers sont en cours avec une compagnie aérienne susceptible d’ouvrir une ligne Libreville-Príncipe dès cette année. Objectif : créer un nouveau marché et conjurer l’isolement de l’île, qui n’est accessible que depuis São Tomé.

« Les touristes ne viennent pas nous voir, ils se contentent de suivre les circuits des grands groupes hôteliers, qui ne proposent pas de découvrir São Tomé »

Certains s’inquiètent désormais de la trop grande dépendance de Príncipe à HBD, qui emploie entre 25 % et 30 % de la population active de cette île. Pour diversifier les investisseurs, l’État a engagé des négociations avec plusieurs groupes tentés par une implantation à Príncipe, parmi lesquels One&Only, un spécialiste du luxe, basé à Dubaï.

Cette stratégie de développement touristique profite toutefois relativement peu aux Santoméens. « Les touristes ne viennent pas nous voir, ils se contentent de suivre les circuits des grands groupes hôteliers, qui ne proposent pas de découvrir São Tomé », regrette Ismaël, l’un des artistes de la boutique d’art traditionnel du centre-ville de la capitale. Un problème que la direction du tourisme assure vouloir corriger.

« Nous préparons des projets pour que les visiteurs fassent davantage le tour de la ville », assure Mirian Barroso Daio, mettant en avant des projets d’écotourisme encore peu développés sur l’île, des visites de plantations de cacao ou des hébergements en maison d’hôte dans les roças ou sur le littoral.

À 8 km du village de pêcheurs de Porto Alegre, à la pointe sud de São Tomé, face à l’îlot de Rolas, Manuel Nazaré et sa compagne, Luisa Carvalho, tous deux Santoméens, ont ouvert il y a trois ans et demi le Praia Inhame Eco-Lodge, un petit paradis de douze bungalows autoalimentés en énergie propre, avec terrasse et vue imprenable sur la plage.

Mais, malgré le succès qu’ils remportent, des taux d’intérêt bancaires supérieurs à 20 % et l’absence d’aides financières les empêchent de construire des bungalows supplémentaires. « Investir dans le tourisme, a fortiori dans le sud du pays, reste compliqué », déplore Manuel Nazaré. « La demande ne cesse pourtant de croître », ajoute-t-il en plongeant son regard dans la baie azurée, bordée de cocotiers.

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