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Cet article est issu du dossier «São Tomé-et-Prìncipe : grandeur nature»

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Agroalimentaire

Pêche à São Tomé : petit archipel, ZEE immense

À Porto Alegre, dans le sud de l'île de São Tomé. © VINCENT FOURNIER/J.A.

Une zone de pêche très étendue, d'immenses ressources halieutiques… mais une activité qui reste un peu trop artisanale. Encore un petit effort, et la mer tiendra toutes ses promesses.

Un petit archipel ; une zone économique exclusive (ZEE) immense. Le premier couvre à peine plus de 1 000 km2, la seconde s’étend sur 160 000 km2. Et pourtant, malgré ce potentiel, la pêche ne représente que 5 % du PIB national. Principalement artisanale et piroguière, l’activité fait vivre, directement et indirectement, 15 % de la population, dont environ 3 000 pêcheurs, qui travaillent jusqu’à 4 km au large, une dizaine de petits armateurs, qui assurent une pêche semi-industrielle, et 3 500 mareyeuses, qui commercialisent le poisson frais.

Une industrialisation satisfaisante orientée vers l’export

La production de cette pêche artisanale s’élève à 4 500 tonnes par an, alors que le potentiel de capture est estimé à 12 000 t par an. Débarquée dans les petits ports et sur les plages, elle approvisionne surtout les bourgs et villages du littoral, l’intérieur du pays étant plus difficile à desservir en raison de défaillances dans le circuit de distribution et dans la chaîne du froid.

En haute mer, ce sont les flottes française, espagnole et portugaise qui sont à la manœuvre, dans le cadre d’un accord de pêche avec l’UE, d’un montant de 2,8 millions d’euros, couvrant la période 2014-2018. Des bâtiments chinois, angolais et nigérians interviennent aussi, sur la base de licences ponctuelles.

Afin de diversifier et d’accroître les revenus à l’export, le gouvernement mise sur l’essor de la pêche industrielle, sans pour autant délaisser les artisans. En vertu de cette nouvelle stratégie, le marché local sera approvisionné par les petits pêcheurs. « Ils devront être dotés d’embarcations plus modernes et de filets plus performants », précise João Gomes Pessoa, le directeur général des pêches.

L’Europe et les pays du golfe de Guinée, marchés potentiels

Dans le cadre d’un projet financé par la BAD, ils seront sensibilisés à l’utilisation d’équipements de sécurité (GPS, gilets, kits de secours) et bénéficieront d’ateliers pour fabriquer des pirogues plus résistantes et plus stables. Autre point à améliorer : les infrastructures de commercialisation, avec l’organisation d’une chaîne du froid.

Pour développer la pêche industrielle, le gouvernement compte sur des investisseurs étrangers disposant d’une flotte équipée en congélateurs et en systèmes d’emballage, dont la production sera destinée à l’export.

« Notre ZEE a un potentiel de capture de 29 000 t par an de poissons, composées de pélagiques [proches de la surface], surtout de thon, et d’espèces démersales [vivant près des fonds], ainsi que de poulpes et de calamars », souligne João Gomes Pessoa. Les marchés visés ? L’Europe et les pays du golfe de Guinée, grands importateurs de poisson, en particulier le Nigeria, la Guinée équatoriale, l’Angola et le Gabon.

Dans cette perspective, sur le littoral nord-ouest de São Tomé, le port de Neves, qui dispose d’infrastructures d’avitaillement, d’une chambre de stockage d’une capacité de 40 t et d’une salle de traitement, doit être mis en concession afin d’être modernisé. À terme, une unité de salage, une conserverie et une usine de production de farine de poissons pourraient voir le jour.


Un satellite antipirates

Opérationnel depuis novembre 2015, le Centre national de surveillance de la pêche est équipé d’un système satellitaire (VMS, Vessel Monitoring System), grâce au soutien de l’Union européenne. Chaque bateau détenteur d’une licence dans le cadre de l’accord de pêche liant l’UE à São Tomé-et-Príncipe est obligatoirement relié à ce système, auquel il transmet en temps réel sa position et l’état de ses captures dans la zone économique exclusive (ZEE).

En outre, la direction des pêches de l’archipel a signé un accord avec le service national des gardes-côtes (militaires), qui disposent de bateaux autonomes capables de couvrir la ZEE. « Par ailleurs, à la suite des opérations menées par la Côte d’Ivoire et le Nigeria, la piraterie maritime qui s’était installée dans le golfe de Guinée a diminué », se réjouit João Gomes Pessoa, le directeur général des pêches.

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