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"Cet article est issu du dossier" «São Tomé-et-Prìncipe : grandeur nature»

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São Tomé-et-Príncipe : du rose et des épines

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

© Helena Van Eykeren/Flckr

Insularité, petit marché, coûts d'infrastructures et de transport exorbitants, 20 % de la population en situation d'extrême pauvreté : avec de tels handicaps, il n'est guère étonnant que São Tomé-et-Príncipe soit classé parmi les pays les moins avancés de la planète. De ceux qui ne peuvent compter que sur l'aide internationale pour boucler leur budget.

Car les espoirs fondés sur des gisements d’or noir ne se sont toujours pas concrétisés, et la dette atteint un niveau qui commence à alarmer les créanciers.

Un retour progressif à la stablité

Avec l’aide du FMI, le gouvernement élu en octobre de cette année-là s’attelle à améliorer la situation. « Il a mis en œuvre des réformes structurelles pour atteindre une croissance soutenable et susciter des créations d’emplois, explique Flávio António Soares da Gama, économiste résident de la BAD. Ces réformes ont contribué à améliorer la fiabilité du registre des contribuables, à créer un centre des impôts, à élargir l’assiette fiscale, à simplifier les procédures douanières et à durcir la loi contre le blanchiment et le financement du terrorisme. »

Des investissements étrangers en hausse, une bonne récolte de cacao, des secteurs du bâtiment et du tourisme dynamiques

Des rentrées fiscales supplémentaires combinées à une réduction des dépenses publiques ont significativement réduit le déficit budgétaire, ainsi que celui des échanges courants. L’adossement à l’euro de la monnaie nationale, le dobra, a assagi l’inflation (4 % cette année, contre 10 % en 2012). Ce retour à la stabilité des changes a allégé les prix des produits d’importation pétroliers et alimentaires.

Des investissements étrangers en hausse, une bonne récolte de cacao, des secteurs du bâtiment et du tourisme dynamiques ont soutenu la croissance, passée de 4 % en 2013 à 4,5 % en 2014, puis à 4 % en 2015. Ce petit creux de l’année dernière serait dû à l’adoption tardive du budget de l’État, ce qui a retardé le versement de l’aide internationale. Les prévisions tablent sur 5 % en 2016.

La part belle est faite au tourisme

Du coup, l’archipel collectionne les médailles. Le dernier indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique le classe au premier rang des pays ayant amélioré leurs performances en 2015 en matière de développement durable et de respect des droits de l’homme et des lois. C’est aussi l’un des pays les mieux classés d’Afrique (11e rang) selon l’indice de perception de la corruption publié par l’ONG Transparency International en janvier 2016.

Il ne faudrait pas pour autant que São Tomé-et-Príncipe s’endorme sur ses lauriers. Son système judiciaire est « fragile ». Son système bancaire est grevé par 25 % de prêts « non performants » et pratique des taux très élevés, entre 24 % et 26 %, qui étranglent les PME.

Modernisation de l’aéroport et uppression des visas pour les ressortissants des pays nord-américains et européens

Certes, le gouvernement projette la création d’une TVA en 2017, ainsi que la modernisation de l’aéroport et la construction d’un port en eau profonde pour faire du pays un carrefour commercial. Avec le concours de la BAD, il serait bien avisé d’élaborer au plus vite un cadre stratégique 2017-2021, afin de mettre de l’ordre dans ses projets et de donner la priorité aux investissements les plus créateurs d’emplois.

Des retards dans les services et la formation professionnelle

Afficher un taux de scolarisation de 98 % dans le primaire est une bonne chose. Se vouloir un hub pour ses voisins pétroliers, aussi. Se préparer à devenir une destination touristique en supprimant les visas pour les ressortissants des pays nord-américains et européens, c’est encore mieux. Encore faudrait-il que la formation professionnelle soit à la hauteur de ces enjeux, car une économie de services exige l’excellence dans de nombreux domaines.

Les clients d’un resort balnéaire ne supporteront pas d’attendre pendant des heures l’intervention d’un plombier

Les banquiers angolais et camerounais, par exemple, ne peuvent se satisfaire d’un réseau téléphonique souvent défaillant. De même, les clients d’un resort balnéaire ne supporteront pas d’attendre pendant des heures l’intervention d’un plombier. Peut-être faudrait-il que l’archipel apprenne d’un bon élève comme le Cap-Vert la meilleure manière de s’y prendre pour compenser une insularité que le réchauffement climatique rendra inévitablement encore plus coûteuse.

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