Dossier : les nouveaux pros de l’arnaque

le terreau sur lequel naissent et prospèrent les arnaqueurs reste fertile. © Adria Fruitos / J.A.

Ce sont les « Madoff africains ». Du Maroc au Gabon, des escrocs en col blanc font miroiter de mirifiques retours sur investissement pour mieux soutirer l'épargne de leurs victimes. Ne tombez pas dans le piège !

Dans les contes africains, ils sont le lièvre, l’araignée, la chenille huileuse, le chacal ou l’enfant sorcier – personnages tout en ruse, en adresse et en duplicité, capables de toutes les tromperies, de tous les retournements d’alliance et de toutes les traîtrises.

Sur un continent où l’argent s’attrape plus qu’il ne se gagne, où la vie est encore une lutte et une aventure précaire, où celui qui ne risque rien et ignore comment se débrouiller ne récolte pas grand-chose, le terreau sur lequel naissent et prospèrent les arnaqueurs, ces tricksters des temps modernes et autres fripons tout droit sortis des fables, reste fertile.

Jusqu’au début des années 2000, le décepteur avait le visage du marabout sénégalais démultiplicateur de billets, du feyman camerounais jouant au roi de Bangangté, du faussaire kényan habile à imiter les documents les plus sensibles, du prestidigitateur zaïrois spéculant sur la naïveté des accros au Bindo ou au « panier de la ménagère » – ces jeux de hasard délictueux de l’époque Mobutu -, voire du banquier véreux et mafieux de la BCCI ou de la Meridian Bank, venu de Chypre ou du Pakistan pour escroquer les épargnants africains.

Avec la généralisation des télécopieurs et les premiers pas de l’internet sont apparus les redoutables Nigérians de la fraude 419 (d’après le numéro de l’article du code pénal dont elle relève), lesquels ont fait tomber des centaines d’hommes d’affaires européens et américains dans leurs filets tissés de promesses fallacieuses. À Abidjan, où ce juteux business s’est décentralisé, des bataillons de « brouteurs » chassent encore aujourd’hui les mugus (« pigeons », en argot ivoirien) depuis les cybercafés, en utilisant les mille variantes de la « 419 ».

Dans le jeu du gendarme et du voleur, où le second a toujours un coup d’avance, l’explosion des réseaux sociaux a démultiplié les moyens dont disposent les délinquants africains, lesquels se sont très rapidement inscrits dans le maelström de la criminalité mondialisée, comme le démontre le recours désormais fréquent au système frauduleux dit de Ponzi, popularisé – si l’on peut dire – par un certain Bernard Madoff.

Avec d’autant plus de facilité que les passerelles entre détenteurs de l’arnaque et détenteurs du pouvoir politique (pour qui l’accès aux ressources économiques est une priorité de moins en moins abordable par le biais classique des détournements de flux financiers) favorisent leur impunité. En Afrique comme ailleurs, l’arnaque se fait désormais en col blanc, entre un ordinateur et un téléphone cellulaire, avec des moyens de plus en plus sophistiqués.

En voici un florilège, digne du meilleur des contes baoulés…