São Tomé-et-Príncipe : bienvenue sur l’île Chocolat

Par - envoyée spéciale

Récolte des cabosses. © CHARLES XELOT/SATOCAO

Elle a connu l'âge d'or dans les années 1900, puis un déclin après l'indépendance. Aujourd'hui, la filière cacao se restructure à Sao Tomé. Et vise les marchés porteurs de la gastronomie et du commerce équitable.

Depuis que le cacao y a été introduit pour remplacer la canne à sucre, d’abord à Príncipe en 1822, puis à São Tomé en 1855, l’archipel a gagné le surnom d’île Chocolat. Ses sols volcaniques, sa pluviométrie et son ensoleillement particulièrement favorables à cette culture ont permis le développement de grandes plantations, les roças.

Au début du XXe siècle, avec des plants s’étendant sur 38 000 hectares et une récolte de 36 000 tonnes, São Tomé-et-Príncipe était devenu le premier producteur mondial de cacao. Mais au moment de l’indépendance, en 1975, la production avait déjà fortement chuté, à 10 000 t. Elle se traînait aux alentours de 2 000 tonnes en 2012. Les causes de ce déclin ? Une réforme agraire manquée et une pénurie d’investissements. Produit à partir de variétés nobles telles que l’amelonado (originaire du Brésil), le cacao santoméen est cependant resté d’excellente qualité et passe toujours pour l’un des plus subtils au monde.

Un enjeu essentiel à la relance de l’économie

La nécessité de relancer les exportations pour combler le déficit de la balance commerciale (- 46 % du PIB en 2010) et la trop forte dépendance du pays à l’aide internationale, sur laquelle repose plus de 90 % du budget de l’État, ont conduit les trois gouvernements qui se sont succédé depuis la mi-2010 à faire de la relance de cette filière l’une de leurs priorités, avec l’appui de bailleurs de fonds et sous le contrôle du Centre de recherches agronomiques et technologiques (Ciat) de São Tomé, qui intervient depuis la sélection des fèves jusqu’à la certification de la qualité des produits destinés à l’export.

Dans l’archipel, la filière mobilise trois types d’acteurs privés : des grandes sociétés, comme Satocao-STP, à capitaux européens, ou Kennyson-STP, à capitaux camerounais (Roça Diogo Vaz) ; des exploitations de taille moyenne, comme celle de Claudio Corallo, et des exploitations familiales. Avec le soutien du Programme d’appui aux petits agriculteurs commerciaux (Papac), ces dernières se sont organisées en deux coopératives : la Coopérative d’exportation de cacao biologique (Cecab) et la Coopérative d’exportation de cacao conventionnel de qualité (Cecaq-11).

Créée en 2005, la Cecab est la plus ancienne, la plus dynamique et la plus autonome financièrement. Installée près de Monte Forte, dans le district de Lembá (ouest de l’île), elle regroupe 37 associations. Ses missions ? Organiser la production et la collecte, assurer la traçabilité et le contrôle de qualité, puis obtenir une certification biologique. Outre les installations de Monte Forte, qui servent à gérer les pics d’activité, chaque association dispose de son unité de fermentation et de son séchoir.

« La Cecab rassemble plus de 2 000 agriculteurs [dont 38 % de femmes], bien équipés sur le plan technique et matériel, confirme Carminda Viegas, la coordonnatrice du Papac. Ce qui explique que sa production soit passée de 40 tonnes à 1 080 tonnes de cacao certifié bio-équitable entre 2006 et 2015. » Une production destinée en grande partie au chocolatier français Kaoka, qui a joué un rôle moteur dans la structuration de la Cecab et avait signé avec elle en 2005 un contrat d’approvisionnement en cacao biologique d’une durée de cinq ans. Elle fournit désormais d’autres groupes, comme le français Cémoi.

La zone sur laquelle opère la Cecaq-11 a des atouts majeurs pour accéder à des marchés de niche rémunérateurs.

Fondée, elle, en 2009 dans le district de Cantagalo, dans l’est de São Tomé, la Cecaq-11 regroupe 18 associations (11 à l’origine), soit quelque 960 petits producteurs, et travaille avec trois acheteurs : l’allemand Gepa (leader européen du commerce équitable), le britannique Cafédirect et l’italien Icam. Sa production est passée de 8 tonnes en 2009 à plus de 200 tonnes aujourd’hui.

En 2013, la zone sur laquelle opère la Cecaq-11 a obtenu les certifications Agriculture biologique et Flo-Cert (Fairtrade Labelling Organizations, qui rassemble les organismes de labellisation du commerce équitable) : deux atouts majeurs pour accéder à des marchés de niche rémunérateurs.

Créé par des investisseurs suisses, Satocao a quant à lui commencé ses activités en 2011, après que le gouvernement lui eut octroyé une concession de 2 500 ha pour vingt-cinq ans renouvelables. Fin 2015, l’entreprise avait replanté 1 800 ha de cacaoyers. Elle travaille en collaboration avec le Ciat de São Tomé et le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) pour obtenir le cacao sec le plus subtil possible, et s’est engagée dans un processus de certification qui a déjà permis à 400 de ses partenaires producteurs de décrocher l’appellation « biologique » en 2015.

Les exportations visent les marchés pointus de la gastronomie, des produits bio et du commerce équitable.

Les surfaces cultivables étant réduites, l’objectif des différents acteurs du secteur est de stimuler la production annuelle tout en misant sur la qualité. Des préoccupations d’autant plus cruciales que les exportations visent les marchés pointus de la gastronomie, des produits bio et du commerce équitable. L’accent est donc mis sur la qualité exceptionnelle du cacao santoméen et sur l’adoption de normes internationales à toutes les étapes : pratiques agricoles, récolte, méthodes de fermentation, séchage, classification.

Une production qui assure l’essentiel du PIB

Certes, la production, qui a atteint 13 500 tonnes en 2015, reste marginale comparée aux 4,2 millions de tonnes produites au niveau mondial. Elle assure cependant l’essentiel des revenus du pays et constitue sa principale source de devises (78 % de ses recettes d’exportation). Presque toutes les fèves sont expédiées en Europe, mais, afin de privilégier la transformation locale, le Papac implantera une chocolaterie à São Tomé-et-Príncipe dans le courant de l’année prochaine, qui s’ajoutera à celle de Claudio Corallo.

La filière cacao pourrait aussi jouer un rôle important dans le développement de l’écotourisme , avec l’organisation de visites dans les plantations et l’hébergement en chambre d’hôte au sein des maisons coloniales bâties au cœur des roças.


 

Terroir, mon beau terroir

Les efforts réalisés depuis 2010 s’agissant de certification biologique et éthique ont déjà permis aux producteurs santoméens de pénétrer des marchés de niche en Europe, où plusieurs chocolatiers commercialisent des tablettes portant la mention d’origine São Tomé ou São Tomé-et-Príncipe. Pour valoriser davantage encore les cacaos du terroir, en matière de qualité comme d’image, l’État et les professionnels travaillent à l’obtention d’une Indication géographique protégée (IGP).

Soutenue par les experts du Samcert (Smallholders’ Access to Markets for Certified Sustainable Products, un programme du Fida, le Fonds international de développement agricole des Nations unies), l’élaboration des cahiers des charges indispensables pour bénéficier de cette IGP est déjà bien avancée, de même que la structuration des institutions locales qui devront assurer le bon fonctionnement de cet instrument commercial. Mieux, l’IGP devrait s’étendre au café et au poivre blanc produits dans l’archipel.

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