São Tomé : un commerce extérieur en quête d’équilibre

Par - envoyée spéciale

Les ventes de cacao santoméennes augmentent en volume depuis quatre ans. © ARMANDO FRANCA/AP/SIPA

Riz, viande, huile, boissons, pétrole, biens d'équipement… À São Tomé, on importe tout ou presque, et n'exporte que très peu. Comment faire pencher la balance du bon côté ?

Le constat est simple. São Tomé-et-Príncipe n’a pas grand-chose à exporter, que ce soit en matière de volume ou de produits – il s’agit alors à 80 % de cacao sec, de chocolat, de café et de poivre. En revanche, l’archipel importe quantité de marchandises de toute sorte. Résultat, sa balance commerciale est structurellement et largement déficitaire.

De fortes importations concentrées dans l’agroalimentaire et les produits pétroliers

En 2015, les exportations ont atteint 9 millions de dollars (environ 8,2 millions d’euros) et les importations, 127,5 millions, indique la Banque centrale. Soit un solde déficitaire de 118,5 millions…

Les importations ? Ce sont essentiellement des produits alimentaires (30 % du total), la moitié de ce poste étant constituée des boissons. Suivent le riz, devenu la base de l’alimentation des Santoméens, la viande et l’huile. Deuxième poste, les produits pétroliers (21 %), en provenance d’Angola surtout, puis les biens d’équipement (13 %) : machines, véhicules, matériels informatique, électronique et électrique…

le pays compte aussi sur l’essor des exportations de poisson  et sur le développement du tourisme, en attendant que la prospection pétrolière porte ses fruits.

Côté exportations, les ventes de cacao augmentent en volume depuis quatre ans. Celles de café et de poivre également, dans une moindre mesure, ce qui correspond à une hausse de la production. Elles restent toutefois limitées à des marchés de niche .

Pour réduire le déficit de sa balance courante, le pays compte aussi sur l’essor des exportations de poisson  et sur le développement du tourisme, en attendant que la prospection pétrolière porte ses fruits. Pour alléger sa facture alimentaire, il tente par ailleurs de réduire l’importation de certaines denrées en leur substituant des produits locaux, comme l’huile de palme, dont il relance la production.

Selon la Banque centrale, les pays européens sont restés les principaux clients de l’archipel en 2015 : Pays-Bas (36 %), Belgique (24 %), Espagne (10 %), France et Portugal (5 % chacun). Son premier client africain est l’Angola (2 %). Ses principaux fournisseurs ? Le Portugal (56 %, contre 61,4 % en 2014) et l’Angola (25 %), suivis de loin par la Chine (3 %, soit + 30 % par rapport à 2014), le Japon et le Gabon (2 % chacun).

Bien que São Tomé-et-Príncipe soit membre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac) et située dans le golfe de Guinée, le commerce intrarégional (notamment avec le Nigeria, le Togo et le Cameroun) demeure marginal.


VIEUX PARTENAIRES, NOUVEAUX AMIS

Partenaires traditionnels de São Tomé-et-Príncipe en raison de l’histoire qui les lie, les Portugais y sont implantés dans de nombreux secteurs, comme le commerce, la banque, le BTP et le tourisme. Plus récemment, les Suisses, avec d’autres partenaires européens, ont investi dans le cacao.

Par le truchement du groupe luxembourgeois Société financière des caoutchoucs (Socfin), Belges et Français ont pris pied dans la filière huile de palme. Les Sud-Africains et les Néerlandais renforcent, eux, leur présence dans le secteur du tourisme.

Proximité géographique et partage d’une même langue obligent, les Angolais sont de plus en plus actifs dans le secteur bancaire, les télécommunications et surtout les hydrocarbures (prospection et distribution), domaine qui intéresse aussi les Américains et les Nigérians.

Quant aux Gabonais et aux Camerounais, ils sont présents dans les services (commerce et banque). Enfin, outre l’exploration pétrolière, où Sinopec se montre actif, la Chine fait une percée dans le BTP. Une manière de voler à la vedette à Taïwan, son ennemi juré ? Malgré l’intérêt que porte Pékin à l’archipel, São Tomé-et-Príncipe reste en effet l’un des trois derniers pays du continent à reconnaître « l’île rebelle ». Depuis l’établissement de relations bilatérales, en 1997, Taipei accroît régulièrement son aide (15 millions de dollars en 2016).

Les investissements directs étrangers (IDE) sont, quant à eux, passés de 11 millions de dollars en 2013 à 20 millions en 2014 (en flux entrant).

« Notre libéralisation économique suscite de plus en plus l’intérêt des investisseurs étrangers, souligne Wilson Celestino Bragança, directeur général de la Planification. Nous voulons diversifier nos partenariats et nous ouvrir aux pays émergents, comme la Turquie, les Émirats arabes unis, l’Inde, la Chine et le Brésil ». Secteurs prioritaires ? Les transports, l’agroalimentaire, la pêche, le tourisme, les télécoms et le numérique.

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