Art contemporain : la révolution par les femmes

Elles font partie de la génération de femmes qui promeut une nouvelle vision des arts du cintinent. © Antoine Tempé/Eva Bartussek/Valérie Dray/Vincent Fournier pour J.A.

Les noms des commissaires Simon Njami (Cameroun) et Okwui Enwezor (Nigeria) sont sur toutes les lèvres… Mais au-delà de ces deux hommes incontournables, toute une génération de femmes se bat pour promouvoir une nouvelle vision des arts du continent. Nous en avons choisi dix, parmi tant d'autres.

Christine Eyene

Christine-Eyene

Spécialiste du photographe sud-africain George Hallett, critique et historienne d’art, la Camerounaise Christine Eyene a été commissaire ou co-commissaire de plusieurs événements artistiques de dimension internationale comme la Biennale de Dakar en 2012 ou « La parole aux femmes », présentée fin 2014 à la Fondation Blachère (Apt). En 2011, elle dirigeait la sélection africaine du festival Photoquai. Plutôt secrète sur ses projets à venir, elle présente actuellement dans le cadre de la Biennale d’Irlande EVA International, à Limerick, « Murder Machine », une exposition de groupe liant l’anticolonialisme irlandais, notamment sur le plan de la défense de la langue, à certains mouvements africains.

Marie-Cécile Zinsou

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On ne présente plus Marie-Cécile Zinsou : fille de l’homme d’affaires et candidat malheureux à la dernière présidentielle béninoise Lionel Zinsou, elle dirige depuis plus de dix ans la fondation qui porte leur nom, à Cotonou. Il faut aussi mettre à leur crédit la création d’un musée d’art contemporain à Ouidah, qui accueille nombre d’œuvres de leur collection. Actifs promoteurs de la scène artistique béninoise, qui a grandement bénéficié de leur dynamisme, les Zinsou se sont orientés ces dernières années vers une approche plus sociale qu’avant-gardiste, accueillant gratuitement les enfants des écoles, créant des bibliothèques, n’hésitant pas à se tourner vers la danse ou la musique.

Koyo Kouoh

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Pendant un an, la Raw Material Company, qu’elle dirige à Dakar, a fermé ses portes pour une année sabbatique. Pour autant, difficile de dire que « sabbat » soit un mot valable pour évoquer la Camerounaise Koyo Kouoh, polyglotte et saute-frontières qui multiplie les interventions. Chargée du forum éducatif de la foire d’art contemporain africain 1:54, elle était l’année dernière la commissaire d’exposition de « Body Talk », présentée en Belgique et en France. Cette année, elle frappe plus fort encore en assurant le commissariat de l’excellente biennale irlandaise EVA International, intitulée Still (the) Barbarians, un événement qui interroge la question du postcolonialisme de manière totalement ouverte et pertinente.

N’Goné Fall

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Elle aimerait que cette liste subjective soit étendue à Marilyn Douala Bell, qui a fondé le premier centre d’art indépendant en 1991 au Cameroun, et aux commissaires Meskerem Assegued (Éthiopie), Gabi Ngcobo (Afrique du Sud), Nontobeko Ntombela (Afrique du Sud), Suzana Sousa (Angola) et Sarah Rifky (Égypte). On rappellera quand même que N’Goné Fall fut l’une des premières à porter haut les couleurs de l’art contemporain africain, d’abord au sein de l’équipe de la Revue noire, puis avec Africalia et à l’occasion de plusieurs Biennales de Dakar. Un temps enseignante à l’université Senghor d’Alexandrie, membre du jury de la Fondation Prince Claus et des dernières Rencontres de Bamako, N’Goné Fall est actuellement la commissaire de l’exposition « When Things Fall Apart, Critical Voices on the Radars », à Kolding, au Danemark (jusqu’au 23 octobre).

Bisi Silva

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Commissaire indépendante, la Nigériane Bisi Silva est connue pour être la fondatrice-directrice du Centre for Contemporary Art de Lagos, ouvert en 2007. Un peu comme la Raw Material Company de Koyo Kouoh, le CCA est un espace hybride orienté vers la recherche, la documentation et la promotion d’expositions en lien avec l’art contemporain. Depuis, Bisi Silva a été la commissaire d’un grand nombre d’événements artistiques comme l’exposition « J.D. Okhai Ojeikere: Moments of Beauty », à Helsinki, en 2011, et les dernières Rencontres de Bamako. Elle a aussi fait partie du jury de la 55e Biennale de Venise et elle est présente dans plusieurs comités éditoriaux, dont ceux de N.Paradoxa: International Feminist Art Journal et ContemporaryAnd.

Salimata Diop

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Pas même âgée de 30 ans, Salimata Diop assurera à la fin de 2016 la direction artistique de la foire Akaa (Also Known as Africa), à Paris. Avec une idée bien arrêtée : « Concevoir l’Afrique non comme un lieu exotique, mais comme le point de départ d’une perspective. » Pianiste de talent, Salimata Diop a dirigé l’Africa Centre de Londres et a travaillé pour la galerie Tiwani Contemporary avant de devenir commissaire indépendante. Enfant de Saint-Louis du Sénégal, elle est titulaire d’un Mastère histoire des affaires du marché de l’art, et elle nourrit un projet de formation pour les artistes et les travailleurs du monde de l’art.

Élise Atangana

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Aussi surprenant que cela puisse paraître, la Franco-Camerounaise Élise Atangana travaille à la SNCF, en France. Mais elle a une autre casquette : celle de commissaire d’exposition. « Formée » par son compatriote Simon Njami, en qui elle voit un homme qui « parle vrai », elle a été co-curatrice de la dernière exposition internationale de la Biennale de Dakar, en 2014. Spécialiste des mobilités et de leur lien avec les pratiques artistiques dans un contexte de développement des réalités virtuelles, Élise Atangana sera la commissaire de la toute jeune Biennale de Kampala (Ouganda), Seven Hills, du 3 septembre au 2 octobre 2016.

Marie-Ann Yemsi

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Du 30 mars au 2 avril 2017, Art Paris Art Fair mettra la création contemporaine en Afrique à l’honneur : Marie-Ann Yemsi en sera spécifiquement chargée. Née en Allemagne de parents allemand et camerounais, elle est la fondatrice d’Agent créatif(s), atelier de conseil en art contemporain et de production culturelle visant à promouvoir les artistes émergents du continent et de la diaspora. En 2015, Marie-Ann Yemsi a proposé au Brass de Bruxelles « Odyssées africaines », exigeante exposition réunissant de jeunes artistes originaires du sud-est du continent qui regardent l’histoire de leurs pays d’un œil neuf.

Nathalie Miltat

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Diplômé de l’École du Louvre et de la Sorbonne, la Béninoise Nathalie Miltat a créé en 2005 La Noire Galerie, puis en 2012 Appartement, où elle expose des artistes internationaux, parmi lesquels nombre d’artistes africains. En 2014, elle fut à l’origine de la création du prix Orisha, avec Timothée Chaillou, qui a connu des débuts controversés. Aujourd’hui, elle assure ne pas avoir renoncé à poursuivre l’aventure de ce prix visant à encourager la création en Afrique, sous une forme nouvelle qui ne devrait pas prêter le flanc à la critique. Une affaire à suivre… avant la fin de 2016.

Touria El Glaoui 

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Évidemment, il est difficile d’évoquer Touria El Glaoui sans citer son père, le peintre Hassan El Glaoui. Notamment parce que cette parenté explique en grande partie les choix de la quadragénaire, qui, après avoir travaillé dans les télécoms et le secteur bancaire, a décidé en octobre 2013 de lancer 1:54, foire spécifiquement consacrée à l’art africain contemporain accolée à la Frieze Art Fair de Londres (Royaume-Uni). Faisant fi des préventions de ceux qui y voyaient une foire-ghetto, elle a su anticiper la demande, en Europe, pour un tel événement permettant la rencontre des galeristes, des artistes, des collectionneurs, des critiques et du public. Si son rêve le plus cher est de délocaliser 1:54 en Afrique, elle est pour l’heure fidèle à deux villes occidentales : Londres (octobre) et New York (mai). Toujours souriante, elle s’apprête à affronter la concurrence de sa petite sœur française Akaa (Also Known as Africa), elle aussi créée par une femme : la Franco-Américaine Victoria Mann.