Teodoro Obiang Nguema Mbasogo : « C’est la dernière fois que je me présente »

Par - à Evinayong

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo © Panafrica international

Élection présidentielle du 24 avril, succession, affaire des biens mal acquis, relations avec Paris… Le chef de l'État équato-guinéen s'explique.

«Hermanas, hermanos, viva el Partido Democrático de Guinea Ecuatorial! » Les haut-parleurs crachent des slogans à la gloire du PDGE, le parti présidentiel. Sous une chaleur écrasante, vêtu d’une chemise de campagne et coiffé d’une casquette, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo salue une foule acquise à sa cause en ce 13 avril, jour de grand meeting électoral.

Bienvenue à Evinayong. Niché entre les collines, le chef-lieu de la province du Centro-Sur est à deux heures de Bata, la capitale économique. Notre entretien, qui devait y avoir lieu, au Palacio Africa, se déroule finalement dans cette partie du pays, là où El Presidente est le plus à l’aise, au contact de ses compatriotes. Et c’est en fang qu’il les harangue, pendant près d’une heure. À une semaine d’un scrutin présidentiel sans suspense, face à six candidats sans moyens et dont la moitié n’a pas de parti, Obiang Nguema, 73 ans, est en lice pour un cinquième mandat de sept ans.

« El Presidente se restaure, et il te reçoit. » En plus de trente-six années de règne, il a gardé une silhouette aussi longiligne qu’un tronc de ceiba – grâce, sans doute, à ses 14 km de jogging quotidien, qu’il commence dès 4 heures du matin, et à son unique repas par jour.

Le plus ancien chef d’État sur le continent nous accueille dans le petit salon d’une résidence officielle, chaussé d’Adidas en toile, devant la télévision, qu’il laissera allumée, son coupé, tout le long de l’interview. Bien que francophone, Zé Bere Ekum (« la panthère aux aguets ») décide finalement de répondre en espagnol, la langue de l’ancien colonisateur, dans laquelle il est plus à l’aise.

Jeune Afrique : L’élection présidentielle, qui devait se tenir en novembre, a été avancée au 24 avril. Pourquoi ?

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo : Je ne crois pas que l’on puisse parler d’élections anticipées puisque nous étions, de toute façon, en pleine année électorale. Ce sont, en général, des périodes délicates et pleines d’incertitudes, aussi organiser ce scrutin au plus vite constitue, selon moi, une véritable chance pour le pays.

La Constitution stipule que l’élection doit se tenir quarante-cinq jours avant la fin du mandat présidentiel, ou soixante jours après, ce qui ne sera pas le cas. L’opposition, notamment la Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), vous accuse d’avoir contourné les textes et a décidé de boycotter le scrutin…

C’est une mauvaise interprétation de la Constitution. Que nous ayons avancé la date de quelques mois n’est pas important. D’ailleurs, seule la CPDS a décidé de ne pas participer. C’est son problème. Nous, nous pensons que c’est le bon moment.

Et les critiques formulées par la communauté internationale ?

Peu importe !

Le 8 avril, dans le discours qui a marqué le coup d’envoi de la campagne, vous avez déclaré : « Je suis le candidat du peuple. Celui qui ne vote pas pour moi rejette la paix et choisit le désordre ! » Que vouliez-vous dire ?

Que l’on doit apprécier ses acquis. Nous vivons une période de stabilité politique et de paix. Et ce malgré la menace terroriste. Nous n’avons connu aucune attaque, aucun affrontement interreligieux ou interethnique. Tout cela, on le doit au gouvernement et au président actuels. Dans ces conditions, pourquoi les Équato-Guinéens ne voudraient-ils pas opter pour la continuité ? À moins qu’ils ne souhaitent le désordre…

N’est-ce pas une manière de couper l’herbe sous le pied de vos opposants, dont beaucoup sont exilés ?

Non. En novembre 2014, j’ai organisé un dialogue incluant toute l’opposition et accordé une amnistie générale. L’idée était d’oublier le passé et de repartir du bon pied. Le message est clair : quiconque veut rentrer en Guinée équatoriale peut le faire en toute sécurité.

Y compris votre opposant historique, Severo Moto Nsa, que vous accusez d’être à l’origine de la tentative de coup d’État de mars 2004 ?

Oui, si Monsieur Severo n’a pas voulu rentrer, c’est son problème.

N’a-t-il rien à craindre ?

Non. Vous pouvez même le faire venir tout de suite avec vous, l’amnistie générale le protège !

Mon fils est un aficionado de la politique. il serait injuste que son talent ne soit pas récompensé

Votre fils, Teodoro, est le deuxième vice-président du pays, et également l’un des dirigeants de votre parti. Il est en outre votre directeur de campagne, et il a pris la parole à l’ONU lors de l’Assemblée générale de septembre 2015. Le préparez-vous à vous succéder ?

La Guinée équatoriale n’est pas une monarchie, mais un État démocratique. Et contrairement à l’image que les Occidentaux se font de lui, mon fils est un aficionado de la politique. Ce n’est pas moi qui l’ai poussé sur cette voie : il y est allé de lui-même. Il a du savoir-faire et, s’il réussit en politique, je n’y peux rien. La majorité des jeunes le soutiennent et, là encore, je n’y suis pour rien. En revanche, il serait injuste que son talent ne soit pas récompensé.

En France, il est mis en cause dans l’affaire des biens mal acquis. N’est-ce pas un handicap ?

Toute cette affaire est purement politique. C’est une stratégie pour déstabiliser la Guinée équatoriale ! L’association Sherpa m’avait d’abord accusé personnellement : j’ai porté l’affaire devant un tribunal français et j’ai gagné. Résultat : la justice a ensuite accusé mon fils…

Pourtant, nous avons signé avec la France un accord de protection réciproque des investissements. Acheter une maison, n’est-ce pas un investissement ? Et si l’État français avait la conviction que cela s’apparentait à des biens mal acquis, pourquoi la demande d’achat de ce bien n’a-t-elle pas été rejetée ? Je pense, moi, que mon fils a été induit en erreur et trompé.

Cette affaire nuit tout de même à sa réputation…

Nous avons tout fait pour que cette histoire fasse le moins de bruit possible, et nous espérions trouver un arrangement en toute discrétion. La justice française en a décidé autrement en l’étalant au grand jour. Nous sommes désormais devant la Cour internationale de justice, à La Haye, et je sais que la France va perdre.

Cela a forcément des incidences sur vos relations avec Paris…

Non, il n’y a pas de malaise. Quand je suis venu en France à l’occasion de la COP21, en décembre 2015, j’ai été très bien accueilli. Et je me suis entretenu avec le Premier ministre, Manuel Valls. Il n’y a aucun problème entre François Hollande et moi. Il m’a d’ailleurs promis de me recevoir à Paris, et j’attends sereinement qu’il tienne sa promesse.

Ces dernières semaines, l’affaire des Panama Papers a défrayé la chronique. Êtes-vous concerné ?

En aucune manière. Le problème avec l’argent caché, c’est qu’il peut provenir d’activités illégales, puis être blanchi. Il faut pouvoir justifier de la provenance des fonds et de la manière dont ils sont utilisés. Trop souvent, de grosses sommes d’argent quittent le pays d’origine au lieu de servir au peuple, tout le contraire de ce que nous faisons ici.

C’est en tout cas la dernière fois que je me présente

« Je suis conscient du fait qu’après trente ans de vie politique harassante, j’ai fatigué », a dit Blaise Compaoré quelques jours après avoir été chassé du pouvoir, en octobre 2014. Comment vous sentez-vous, après plus de trente-six ans à la tête de la Guinée équatoriale ?

Cela fait trop longtemps que je suis au pouvoir et je me sens vieux, croyez-moi ! Mais le peuple veut encore que je sois son président.

Est-ce votre dernier mandat ?

C’est en tout cas la dernière fois que je me présente. Cette fois-ci d’ailleurs, je ne le voulais pas, mais le parti en a décidé autrement. Je ne peux ni me défiler ni montrer au peuple que je suis fatigué. Au contraire, je dois montrer ma capacité à gouverner, à transformer le pays, à travailler et à incarner cette fonction de président. Pas seulement pour la Guinée équatoriale, mais aussi pour le continent et le reste du monde !

Compaoré semblait dire qu’après toutes ces années de pouvoir il avait peut-être manqué de discernement…

Sa première erreur est d’avoir voulu se présenter alors que le droit ne le lui permettait pas. Sa seconde erreur est d’avoir voulu consulter le Parlement pour modifier la Constitution.

Les députés ne sont pas le peuple, ils n’en sont qu’une représentation et ne peuvent décider à sa place. Il aurait dû faire comme Denis Sassou Nguesso et proposer une nouvelle Constitution lors d’un référendum. Il aurait ainsi empêché l’opposition d’aller contre la volonté du peuple.

La Guinée équatoriale est souvent critiquée pour ses atteintes aux droits de l’homme. Y a-t-il des opposants en prison ?

Aucun. Tout au plus des bandits qui se font passer pour des opposants.

Pensez-vous être informé de tout ce qui se passe dans le pays ?

Je suis au courant de tout, et il n’y a aucun manquement dans le domaine que vous évoquez.

Votre présidence de la Cemac touche à sa fin. Où en est l’accord sur la libre circulation des personnes ?

Je suis favorable à la libre circulation, mais il est impensable de l’appliquer aujourd’hui, au regard du nombre d’actes terroristes perpétrés dans la région, que ce soit au Nigeria, au Cameroun ou au Tchad. Sans compter les risques provenant du Sahel !

Les attentats commis en France puis à Bruxelles, et peut-être demain en Allemagne, sont la conséquence directe de la libre circulation des personnes dans l’Union européenne. Nous ne devons pas reproduire les mêmes erreurs.

ALAIN JOCARD/AP/SIPA

téodoro Obiang Nguema et François Hollande © ALAIN JOCARD/AP/SIPA

À votre connaissance, des Équato-Guinéens ont-ils rejoint les rangs d’un groupe jihadiste, quel qu’il soit ?

Aucun Guinéen n’est parti rejoindre les terroristes.

En début d’année, un journal zimbabwéen a révélé que vous aviez profité d’une visite à Harare pour demander à Robert Mugabe de vous fournir cinquante hommes susceptibles d’étoffer les rangs de votre garde présidentielle. Vous sentez-vous menacé ?

Ma sécurité personnelle me regarde et, sur ce point, je n’ai de comptes à rendre à personne. Je peux recruter qui je veux. J’avais une sécurité marocaine, maintenant elle est israélienne. Les renforts zimbabwéens sont là le temps de l’élection. Un acte terroriste est toujours possible.

Avez-vous reçu des menaces ?

Non, je le répète, j’avais juste besoin de renforcer ma sécurité le temps de la campagne avec des éléments extérieurs qui ne risquent pas de créer des problèmes dans le pays. Ils rentreront au Zimbabwe après la présidentielle.

Vous connaissiez bien Mouammar Kadhafi. Fallait-il, selon vous, intervenir en Libye ?

Barack Obama a lui-même reconnu que c’était une erreur.

Vous avez accepté d’organiser la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2015 alors que le Maroc s’était désisté deux mois plus tôt par crainte de l’épidémie d’Ebola. Qu’est-ce qui vous a poussé à relever le défi ?

À l’époque, aucun pays africain ne voulait de la CAN. La CAF [Confédération africaine de football] s’était presque résolue à la donner au Qatar. Or c’est une compétition africaine, qui doit se tenir en Afrique. C’est pour cela que nous avons courageusement pris nos responsabilités et organisé le tournoi en deux mois, alors qu’en général cela nécessite plusieurs années de travail. Rien que ça, c’est déjà un succès.

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