Congo-Brazzaville : le pasteur Ntumi rattrapé par ses vieux démons ?

En 2008, lors du lancement du programme Désarmement, Démobilisation et Réinsertion à Kinkala, dans la région du Pool. © GUY GERVAIS KITINA/AFP

Deux jours après les violences postélectorales à Brazzaville, l'ancien chef rebelle a été mis à la porte de la présidence. Le pouvoir affirme détenir des « preuves accablantes » contre lui.

Cette fois-ci, la messe est-elle dite pour le pasteur Ntumi ? Rien n’est moins sûr. Soupçonné par le gouvernement d’avoir fomenté l’attaque qui a embrasé les quartiers sud de Brazzaville début avril, l’ancien chef rebelle sent l’étau se resserrer. La traque est ouverte dans son fief du Pool, où il a trouvé refuge.

Le 6 avril, le « partenariat » – comme il aimait à le qualifier – qui l’unissait à Denis Sassou Nguesso a été rompu. Le président nouvellement réélu a décidé de démettre de ses fonctions celui qui était depuis 2007 délégué général attaché à la présidence.

À 51 ans, Frédéric Bintsamou, de son vrai nom, paie-t-il pour ses récentes prises de position ? Il s’était notamment prononcé contre le changement de Constitution. Dans son entourage, on soutient que « la rupture ne date pas d’hier : elle vient juste d’être officialisée ». « C’est la fin d’un marché de dupes », indique une source sécuritaire à Brazzaville. À l’en croire, « Ntumi n’a jamais joué franc jeu avec Sassou. Et inversement ».

1997, « l’homme de Dieu » gagne le Pool

Le jeu de cache-cache commence en 1997. La guerre civile vient d’éclater dans la capitale. L’« homme de Dieu », spécialisé dans la « guérison miracle » des malades mentaux, gagne la région du Pool. Là-bas, ce Lari né à Makélékélé, dans le sud de Brazzaville, se rapproche des Ninjas, ces miliciens de Bernard Kolélas traqués par Sassou, alors nouveau maître du pays. Et en devient vite le nouveau commandant. En 1999, il relance les hostilités.

Le conflit armé s’achèvera finalement en mars 2003. Avec une prime à la clé pour le chef de guerre : quatre ans plus tard, il rejoint la présidence. À charge pour lui de promouvoir la paix et de faire oublier les exactions de ses hommes, les « Ninjas Nsiloulous ». Mais selon un cadre du Parti congolais du travail (au pouvoir), « les moyens de l’État mis à sa disposition n’ont servi qu’à entretenir sa cour ».

Dans le Pool, le pasteur a tout de même construit quelques écoles, centres de santé et églises pour asseoir sa réputation de bienfaiteur et d’« envoyé de Dieu ». Il compte deux mille à trois mille adeptes et partisans, pour la plupart des ex-miliciens, qui constituent pour lui un réservoir de recrutement : ils dissimulent leurs armes dans des caches et sont prêts à être remobilisés à tout moment.

« Malgré le programme DDR [Désarmement, Démobilisation et Réinsertion], le pasteur a su garder une certaine capacité de nuisance », estime Chrysostome Fouck Zonzeka, ancien journaliste originaire du Pool.

Ntumi affiche son soutien à Guy-Brice Parfait Kolélas

Les événements se précipitent à la veille du scrutin de ce 20 mars. Ntumi affiche son soutien à Guy-Brice Parfait Kolélas, fils de Bernard Kolélas, l’ancien chef des Ninjas. Le 17 mars, un incident se produit à l’entrée de Brazzaville entre les ex-miliciens qui accompagnent Ntumi et les forces de l’ordre. Un Ninja Nsiloulou est tué. « C’est Kolélas lui-même qui se déplace pour calmer les esprits, il s’occupe même de tous les frais de funérailles », raconte un proche du candidat. Après maintes tractations avec la police, Ntumi est autorisé à rentrer dans la capitale et assiste au dernier meeting de son champion au stade Marchand.

Le 20 mars, les Congolais sont appelés aux urnes. Sassou l’emporte à l’issue d’un premier tour controversé. Le jour de la proclamation des résultats définitifs, le 4 avril, plusieurs commissariats et mairies sont pris d’assaut et incendiés dans les quartiers sud de Brazzaville, acquis à Kolélas.

Les affrontements se soldent par au moins 17 morts. Le pouvoir, qui a exhibé une cinquantaine de miliciens faits prisonniers à la télévision, y voit la main de Ntumi et dit détenir des « preuves accablantes » contre lui. Mais le camp Kolélas, qui a appelé à l’apaisement, ne croit guère à l’implication de son nouvel « allié politique » et exige la mise en place d’une commission d’enquête.

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