Naguib Sawiris : « Le potentiel africain n’a toujours pas été exploité »

Dans les locaux d'Endeavour-La Mancha, à Paris, le 23 mars 2016. © ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

Investissements sur le continent, révolution numérique dans les médias, défense de la laïcité… En exclusivité pour J.A., le milliardaire égyptien, homme d'affaires protéiforme et acteur politique influent - son parti est devenu la première force du pays à l'issue des dernières législatives -, se confie.

Un homme pressé, c’est ainsi qu’il se présente. Dans la vie comme dans les affaires ou en politique, Naguib Sawiris veut aller vite : trancher, obtenir des résultats, bâtir. Quand il nous reçoit à Paris, le 23 mars, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à deux pas de l’Élysée, dans les locaux flambant neufs de l’entreprise minière Endeavour-La Mancha, dont il est le premier actionnaire, il nous prévient qu’il n’a qu’une heure… qu’il nous accorde exactement, à cinq minutes près.

Brillant homme d’affaires égyptien, issu d’une famille copte qui, à partir du BTP, a marqué l’économie de son pays, l’ex-tycoon des télécoms, 61 ans, veut nous faire croire qu’il a raccroché ses gants d’entrepreneur pour enfiler ceux d’un gestionnaire d’actifs. « Je suis passé d’un emploi du temps de soixante heures par semaine à quarante ou quarante-cinq heures, c’est un exploit pour moi ! » se félicite le riche businessman, à la tête d’une fortune estimée à 3 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros) par le magazine Forbes, ce qui fait de lui le dixième Africain le plus riche.

Il continue de parcourir l’Afrique du nord au sud, sans favoriser de région, à la recherche de pépites dans ses secteurs de prédilection

Mais l’on se rend très vite compte que Naguib Sawiris ne laisse rien au hasard dans les projets sur lesquels il jette son dévolu, que ce soit dans les mines d’or, les télécommunications, l’immobilier ou la construction. Son terrain d’action privilégié : le continent, terre d’opportunités pour les entrepreneurs protéiformes comme lui. Il continue d’ailleurs de parcourir l’Afrique du nord au sud, sans favoriser de région, à la recherche de pépites dans ses secteurs de prédilection. Son prochain voyage au sud du Sahara ? « En mai, j’irai en Guinée, en Côte d’Ivoire, en Angola et au Mozambique », glisse-t-il. Quant au Maghreb, il s’y rend régulièrement, notamment en Tunisie, un pays « qui souffre injustement du terrorisme depuis la révolution ». Rancunier, il refuse en revanche de remettre les pieds en Algérie, où l’État avait essayé de bloquer sa revente de l’opérateur Djezzy. « Ils ont tenté de me voler ! » estime-t-il.

En parallèle, l’entrepreneur égyptien, laïc et libéral, s’est choisi un nouveau champ de bataille : la politique. Avec pour objectif de lutter contre le fondamentalisme religieux. Dans ce nouveau rôle, Naguib Sawiris, dont la bête noire n’est autre que l’organisation des Frères musulmans, a l’ambition d’être aussi efficace que dans le monde des affaires. Et il semble sur la bonne voie : son Parti des Égyptiens libres (FEP), qu’il a fondé en 2011, est devenu le premier parti au Parlement à l’issue des législatives de 2015.

Antonin Borgeaud/J.A.

Un entrepreneur aux multiples casquettes © Antonin Borgeaud/J.A.

 

Jeune Afrique : Homme d’affaires prospère, vous vous êtes engagé en politique en fondant le Parti des Égyptiens libres. Le score obtenu par votre formation aux dernières législatives vous satisfait-il ?

Naguib Sawiris : Nous sommes devenus le premier parti politique d’Égypte. C’est la reconnaissance de notre projet libéral, séculier et qui promeut une économie de marché à visage social. Les observateurs pensaient une telle victoire impossible, et ce résultat ne peut que me satisfaire, d’autant plus que les ingérences des services de sécurité ont porté un coup à notre réussite.

Comment ?

Ils ont voulu éliminer certains candidats et en influencer d’autres par toutes sortes de moyens. Nous aurions pu doubler le nombre de nos élus sans cette immixtion. Cela nous aurait mis dans une position de force où ils ne veulent surtout pas nous voir.

Vous êtes désormais à la tête du parti le plus puissant d’Égypte. Seriez-vous prêt à diriger le gouvernement si le président vous le demandait ?

Je ne sais pas si mon tempérament se prêterait à la fonction ! En fait, si, j’accepterais une telle proposition, mais à mes conditions : je suis le chef de l’équipe, je choisis mes collaborateurs sans que les services de sécurité s’en mêlent et cherchent à placer leurs copains, je limoge de mon propre chef le ministre ou le fonctionnaire inefficace, je conçois les plans et je supervise leur exécution. Bien sûr, j’irais voir le président et nous discuterions des questions stratégiques, nous en tirerions des conclusions, mais après, c’est moi qui mène la barque !

Est-ce que ce serait possible aujourd’hui en Égypte ?

À de telles conditions ? Jamais !

Sous Moubarak, les forces de sécurité pesaient aussi dans le domaine des affaires. Cela s’est-il amélioré ?

Non, cela a empiré. Le seul endroit où il reste possible de combattre cette influence, c’est au Parlement, et nous allons chercher à y ouvrir le débat sur ce problème, qui prend des proportions trop importantes.

À mes yeux, l’armée ne devrait pas se mêler d’économie

Le poids de l’armée sur l’économie est encore plus important, c’est ce que vous dites ?

À mes yeux, l’armée ne devrait pas se mêler d’économie. Mais en Égypte elle le fait, et, prenant acte de cela, je dois reconnaître qu’elle travaille avec le secteur privé et lui passe de nombreuses commandes pour le bénéfice de toutes sortes de sociétés. Par ailleurs, elle a l’avantage de pouvoir monter rapidement des affaires, sans avoir à attendre de permis ou à verser de pot-de-vin, ce qui profite aussi à ses partenaires.

Quel regard portez-vous sur la politique économique du gouvernement égyptien, qui se caractérise par des mégaprojets : doublement du canal de Suez, nouvelle capitale, etc. ?

L’avenir dira quelle est la rentabilité de ces chantiers. Mais je regrette que l’effort ne se porte pas davantage sur les petites et moyennes entreprises, qui représentent la meilleure solution au problème du chômage. Aider financièrement 10 000 jeunes à lancer des affaires qui emploient trois ou quatre personnes, c’est contribuer à la création de 30 000 emplois. Et si la moitié seulement de ces PME subsiste, l’investissement reste bon. Idem avec le projet de nouvelle capitale. Ne faudrait-il pas déjà trouver une solution au problème des bidonvilles qui s’étendent jusqu’au cœur du Caire ? C’est aussi un aspect du combat contre l’extrémisme : les gens en sont mieux prémunis quand ils vivent dans un environnement sain, avec de bons systèmes d’éducation et de santé, plutôt que dans la précarité et les trafics. Dans le domaine des subventions aux produits et à l’énergie, le gouvernement avait bien commencé, mais il n’a, hélas, pas poursuivi l’effort, par peur d’une révolte populaire. J’ai constaté dans la vie que les meilleures décisions sont les plus difficiles à prendre.

Fin février, on vous a vu au forum économique Égypte-Afrique de Charm el-Cheikh. La volonté des autorités égyptiennes de pousser les hommes d’affaires de votre pays vers le reste du continent est récente…

C’est vrai, l’Afrique a été négligée par l’Égypte jusqu’à l’élection du président Abdel Fattah al-Sissi [le 28 mai 2014]. Le continent est un marché majeur pour les entreprises égyptiennes. Ceux qui ont l’expérience de faire des affaires en Égypte, un pays difficile pour les opérateurs économiques, sont bien armés pour aller ailleurs sur le continent.

À ce jour, le potentiel africain n’a toujours pas été exploité

Investir dans le reste de l’Afrique, est-ce une priorité pour vous ?

Je ne dirais pas une priorité, mais plutôt une opportunité. Je suis présent en Afrique depuis longtemps : j’ai été opérateur de télécoms dans 28 pays, je connais les réalités des économies du continent. J’ai l’enthousiasme, le courage et le savoir-faire nécessaires pour y investir. À ce jour, le potentiel africain n’a toujours pas été exploité, en raison notamment de la pauvreté, de la corruption, de la bureaucratie et des problèmes logistiques, qui freinent les investissements.

Vous nous recevez dans les locaux d’Endeavour-La Mancha, un groupe minier présent dans l’or dont vous êtes le premier actionnaire. Le secteur extractif fait-il partie de vos cibles d’investissement privilégiées ?

Je suis ingénieur de formation, diplômé de l’École polytechnique de Zurich. J’ai un esprit organisé, à l’allemande. J’apprends très vite les logiques à l’œuvre dans une industrie qui m’intéresse. Le secteur minier est un grand pourvoyeur d’emplois et de revenus pour les États africains, et l’or est toujours une valeur refuge. Le sous-sol africain n’a pas encore été bien exploré, il y a donc une opportunité à saisir ! À travers La Mancha, qui a fusionné fin 2015 avec Endeavour, je pense pouvoir à la fois aider au développement de ces pays et construire un groupe minier africain aurifère de premier plan.

Pensez-vous pouvoir dépasser votre rival Randgold, fondé par le Sud-Africain Mark Bristow ?

Il nous reste encore du chemin à parcourir. Mais, dans deux ou trois ans, oui, j’ai pour objectif de devenir le premier producteur d’or du continent. Nous ne partons pas de zéro, puisque j’ai commencé par racheter une entreprise bien établie, La Mancha, dans laquelle j’ai par deux fois injecté de l’argent frais. Et j’ai sélectionné des personnes expérimentées pour diriger cette entité, comme Sébastien de Montessus [ancien patron de la filière minière d’Areva].

Quand j’investis, je veux devenir le plus vite possible leader d’un secteur

À quel point vous impliquez-vous désormais dans les entreprises faisant partie de votre portefeuille ?

Je ne suis plus un manager opérationnel. Je suis passé à une autre phase de ma vie. Mais je reste très impliqué dans les phases d’acquisition ainsi que dans toutes les décisions stratégiques des entreprises dont je suis le principal actionnaire. Quand j’investis, je veux devenir le plus vite possible leader d’un secteur, puis maintenir mes positions. Je veux des résultats en deux ou trois ans pour chacun de mes projets. Ce n’est pas pour rien que je suis devenu, à 23 ans, l’homme le plus riche d’Égypte. Je suis quelqu’un de terriblement impatient. Je préfère donc investir dans les secteurs que je comprends parfaitement [les mines, les télécoms, la finance, l’immobilier, les engrais].

Le secteur des télécoms est celui qui a fait votre réputation et votre fortune. Envisagez-vous de réinvestir dans ce domaine ?

Quand on a été leader d’un secteur, ce qui a été mon cas dans les télécoms en Afrique, on n’a pas très envie d’y revenir en tant que petit acteur médiocre. Il y a aujourd’hui quatre grands groupes bien établis sur le continent : MTN, Zain/Airtel, Vodacom et Orange, qui a une stratégie africaine ambitieuse. Il n’y a pas d’espace pour moi. Le taux de pénétration de la téléphonie mobile est en moyenne de plus de 88 % en Afrique, qui plus est dans des pays à faibles revenus, où voulez-vous qu’il y ait une forte croissance ? Je ne veux investir que si je crée de la valeur. Je ne vois pas où ce serait possible dans les télécoms en Afrique aujourd’hui, sauf peut-être en rachetant deux opérateurs aux performances médiocres pour les fusionner en un seul, qui gagne de l’argent.

AXEL KRAUSE/LAIF-REA

Avec son père, Onsi Sawiris, fondateur d'Orascom, et ses frères, Nassef et Samih (ici en 2006), il est à la tête d'un véritable empire familial. © AXEL KRAUSE/LAIF-REA

Contrairement à vos autres secteurs de prédilection, celui des médias n’a pas pour réputation d’être le plus profitable. Quels sont vos objectifs avec la chaîne ONTV en Égypte et avec Euronews, dont vous avez racheté 51 % des parts en 2015 ?

Dans les médias, j’essaie de trouver des actifs détenus par des gestionnaires publics, qui sont souvent de piètres gestionnaires. En mettant en place un management énergique et en injectant de l’argent, nous pouvons faire de chaînes de télévision comme ONTV des entreprises à nouveau profitables. À condition de transformer leur modèle pour leur faire épouser la révolution numérique en cours, extrêmement rapide. Il faut éviter que les médias ne subissent le même sort que l’industrie de la musique, qui a clairement manqué le coche. Nous faisons partie de la dernière génération lisant les journaux papier, nos enfants sont déjà passés à autre chose. Ils regardent moins la télévision que nous, mais visionnent des vidéos en replay. Le modèle économique des médias doit être repensé pour s’adapter à ces changements le plus rapidement possible !

Mais n’avez-vous pas un autre objectif, plus politique, en investissant les médias ?

C’est vrai, j’ai aussi en tête un combat qui me tient à cœur, celui que je mène contre le -fondamentalisme religieux. Je suis un partisan de la laïcité, de la séparation entre le politique et le religieux, quelle que soit la religion : je suis aussi bien contre la persécution des minorités musulmanes en Birmanie que contre celle des chrétiens par l’État islamique au Moyen-Orient.

Au sein de mes médias, je veille toutefois à recruter des journalistes qui respectent la laïcité, et qui soient tolérants

Cela signifie-t-il que vous voulez faire passer un message dans vos médias ?

Non, je m’interdis toute interférence, je suis très attaché à la liberté d’expression. Vous pouvez avoir une religion et des opinions différentes des miennes, je défendrai votre droit à vous exprimer. Mais, au sein de mes médias, je veille toutefois à recruter des journalistes qui respectent la laïcité, et qui soient tolérants, libéraux et clairement opposés au terrorisme et à la violence. Si ce n’est pas le cas, qu’ils aillent travailler pour Al-Jazira !

Que pensez-vous de l’action occidentale au Moyen-Orient ?

L’Occident n’a pas de plan solide pour contrer le terrorisme ni pour trouver une solution au problème des migrants. La théorie d’Obama selon laquelle les États-Unis ont créé un grand désordre en Irak, et doivent donc s’en retirer et ne retourner nulle part, est un contresens. Quand on crée le désordre, on y remédie, sinon il devient dix fois pire. Des milliards ont été dépensés pour la traque de Ben Laden, mais maintenant que nous savons précisément où sont les terroristes, nous n’effectuons que des tours de visite aérienne… Nous n’arrêterons jamais les jihadistes sans une armée largement internationale qui aille au sol faire le ménage en Syrie, en Irak et en Libye.

Pour en revenir aux médias, pourquoi avoir choisi Euronews ?

Parce que c’est une chaîne puissante, très regardée car déclinée en quatorze langues, dont l’arabe et le russe, ce qui est crucial ! Et parce qu’elle est neutre politiquement : elle présente les faits, simplement, sans chercher à influencer les téléspectateurs. Détenue jusqu’ici par des entités publiques de différents pays européens, la chaîne n’avait pas de bons résultats et dépendait trop des subventions, ce qui ne poussait pas les équipes à donner le meilleur. En devenant actionnaire, je sais que je peux insuffler plus d’énergie et, surtout, la faire passer à l’âge numérique.

Vous étiez à Lyon en janvier pour lancer Africanews, filiale d’Euronews. Quelle place y a-t-il pour cette nouvelle chaîne sur le continent ?

Aucune chaîne internationale ne se consacre 24 heures sur 24 à l’Afrique. Nous voulons le faire. L’idée est d’exporter le modèle d’Euronews, neutre et factuel, en Afrique. Sur la BBC comme sur CNN, il n’y a que deux heures d’informations par semaine consacrées au continent, c’est trop peu. Bien sûr, la réussite d’Africanews reste un défi, en particulier sur le plan de la publicité : nous devrons amener des marques internationales à s’intéresser au continent et à devenir annonceurs. Mais nous y arriverons d’ici à deux ou trois ans, je pense.

Vous parlez de transformation numérique pour vos chaînes de télévision. Investissez-vous dans des start-up technologiques dans ce domaine ?

Je le fais, mais par l’intermédiaire de mon fils, diplômé du Massachusetts Institute of Technology et installé à New York. Il a créé un fonds de capital-risque dévolu à ce secteur, qui investit aux États-Unis, en Égypte et en Inde. Je lui fais confiance, c’est un expert dans ce domaine. J’ai mis de l’argent via son fonds dans plusieurs entreprises, notamment dans des start-up hébergées au sein de l’incubateur Smart Village, au Caire.

Je ne veux pas que mon fils reprenne mon entreprise

Vous avez travaillé avec votre père, Onsi Sawiris, et vous voyez régulièrement vos frères Nassef et Samih, eux aussi entrepreneurs. La famille est-elle primordiale pour vous ? Votre fils se prépare-t-il à prendre la relève ?

La famille vous donne de la force. Un nom de famille, c’est une base sur laquelle on peut démarrer. Mais je ne veux pas que mon fils reprenne mon entreprise. Ce ne serait pas lui rendre service. Je veux qu’il suive sa propre voie.

Était-ce différent entre votre père et vous ?

Ce n’était pas la même situation : mon père nous a appelés à ses côtés, mes frères et moi, alors qu’il venait de démarrer son entreprise. Mais, avant de le rejoindre, j’ai voulu fonder ma propre société, que j’ai dirigée seul pendant deux ans, pour pouvoir reprendre mon indépendance si nous ne nous étions pas entendus.


L’HOMME QUI VOULAIT ACHETER UNE ÎLE

La proposition de Naguib Sawiris, lancée en septembre, de racheter une île déserte à la Grèce afin d’y construire un centre d’hébergement décent pour les réfugiés n’avait rien d’une plaisanterie. « Cela me choque quand on ne me prend pas au sérieux. Ceux qui me connaissent savent que je fais ce que je dis. Je n’ai pas lancé des paroles en l’air, mon projet était réel ! » s’offusque-t-il. Reste que la proposition a été tuée dans l’œuf… faute d’une réponse positive de la Grèce.

« J’ai rencontré le Premier ministre pour lui parler du projet. Je lui ai apporté une liste d’une vingtaine d’îles parmi lesquelles choisir et une demande d’installation, sur les lieux, des services publics nécessaires, police et douane notamment. J’étais prêt à mettre 100 millions de dollars gracieusement sur la table ! Mais la seule réaction que j’ai reçue, c’est celle d’un obscur fonctionnaire grec me posant des questions sur le relief d’une île, et qui a fait tomber ma proposition aux oubliettes », regrette l’homme d’affaires, faisant valoir sa compassion envers les réfugiés et son émotion après le décès d’Aylan, l’enfant syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage turque le 2 septembre.