Congo-Brazzaville : KO à huis clos pour Sassou Nguesso

Des supporters du président sortant, dans les rues de Brazzaville, le 24 mars, après l'annonce des premiers résultats, qui donnent leur favori gagnant. © MARCO LONGARI/AFP

Réélu au premier tour avec plus de 60 % des voix, Denis Sassou Nguesso a néanmoins subi un revers à Pointe-Noire, dans la région du Pool sud et dans plusieurs localités de l'ancien fief de Lissouba.

Comme il l’avait prédit, le match s’est conclu par « un coup KO ». Denis Sassou Nguesso a remporté la présidentielle avec un peu plus de 60 % des suffrages, si l’on en croit les résultats officiels publiés tard dans la nuit du 23 au 24 mars par le ministère de l’Intérieur. Mais les principaux rivaux du président sortant ne l’entendent pas de cette oreille. Regroupés au sein du Frocad-IDC, coalition de l’opposition, Guy-Brice Parfait Kolélas, Jean-Marie Michel Mokoko, Pascal Tsaty Mabiala, André Okombi Salissa et Claudine Munari ont en effet rejeté ces résultats. Charles Bowao, coordinateur de la plateforme, les a même qualifiés de « coup d’État électoral ».

Une élection préméditée

« Tout le décor [était] planté pour en arriver là », nous confiait à Brazzaville un cadre du Frocad-IDC, au départ plutôt opposé à l’idée de voir les candidats de l’opposition participer au scrutin du 20 mars. « Surtout, expliquait-il, après le référendum controversé sur le changement de la Constitution et la mise en place d’une CNEI [Commission nationale électorale indépendante] non paritaire. » À vrai dire, le Frocad-IDC a récusé cette nouvelle CNEI et installé sa propre « Commission technique électorale » (CTE), censée s’appuyer sur les fiches de résultats des bureaux de vote pour « collecter, traiter et publier les résultats ».

C’était compter sans les cinq jours de blocus des communications et de l’internet décidés par le gouvernement à la veille du scrutin. Mais aussi sans « l’omniprésence de la police, des intimidations et diverses menaces à l’encontre de nos représentants dans les bureaux de vote », accuse Guy-Romain Kinfoussia, porte-parole du Frocad-IDC et proche du candidat Mokoko.

Le «nzoko» (« éléphant », en lingala), comme l’ont surnommé ses partisans, a trébuché à Pointe-Noire, la capitale économique réputée frondeuse et transethnique

Reste que, le 20 mars, 40 % des électeurs congolais ont tout de même voté contre celui qui dirige le pays depuis 1979, abstraction faite de la période 1992-1997. Une première sous l’ère Sassou. Le «nzoko» (« éléphant », en lingala), comme l’ont surnommé ses partisans, a même trébuché à Pointe-Noire, la capitale économique réputée frondeuse et transethnique, face à Jean-Marie Michel Mokoko. Même échec dans le Pool sud (notamment à Kinkala, remportée par Guy-Brice Parfait Kolélas) et dans plusieurs localités du « Nibolek » (départements du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou), ancien fief de Pascal Lissouba, comme à Nkayi et dans l’une des deux circonscriptions de Dolisie.

« Qu’aurait-on dit s’il avait raflé toutes les voix partout », minimise Serge Michel Odzoki, porte-parole du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir). Mais au-delà des contentieux électoraux à venir, des Congolais ont aussi lancé là un signal – un de plus après le récent épisode du référendum constitutionnel marqué par une forte abstention – pour exprimer leur aspiration à une gouvernance beaucoup plus transparente.

Le phénomène Mokoko

« Dans plusieurs districts, on a assisté au rejet de la classe politique traditionnelle et à l’éclosion du phénomène Mokoko : ce général a recueilli des voix partout parce qu’il incarne le renouveau et a su transcender les considérations ethniques », commente Guy-Romain Kinfoussia. Problème : l’ancien chef d’état-major est devancé par Guy-Brice Parfait Kolélas, arrivé deuxième, selon les résultats officiels. Ce que l’entourage de Mokoko n’est pas non plus prêt à accepter, compliquant ainsi la tâche de la CTE. Entre les deux, qui placer en tête ? Difficile de départager les deux champions de l’opposition.

« Ils sont tous en pole position », dit-on dans la coordination du Frocad-IDC. Surtout que, selon l’esprit de la nouvelle Constitution, le candidat arrivé second à la présidentielle bénéficiera du statut institutionnel de leader de l’opposition. Avec tous les avantages. Kolélas fils y réfléchit sûrement. Populaire dans le Pool et dans les quartiers sud de Brazzaville, il a d’ailleurs exclu toute incitation à la violence, privilégiant les voies de recours légales. Alors que Mokoko, lui, appelle déjà à un aléatoire soulèvement populaire…