Allemagne : le prêtre Ndjimbi-Tshiende face au démon du racisme

Olivier Ndjimbi-Tshiende lors de son dernier sermon, à Zorneding, le 6 mars. © STEFAN ROSSMANN/EPA/MAXPPP

Menacé de mort pour avoir soutenu les migrants, un prêtre germano-congolais quitte sa paroisse. Ses fidèles sont atterrés.

Il avait un idéal : bâtir une paroisse où régneraient la justice et la fraternité. Fier de ses origines (il est né il y a soixante-six ans à Sintu, en RD Congo), Olivier Ndjimbi-Tshiende voulait aussi apporter en Allemagne la culture des palabres à l’africaine. Les menaces de mort auront eu raison de ce prêtre catholique. Le 6 mars, il a annoncé sa décision de quitter sa cure devant des fidèles médusés.

Depuis 2012, date de sa nomination à Zorneding, une ville de 9 000 âmes à 15 km de Munich, il se sentait pourtant « chaleureusement accueilli » dans sa petite communauté. Arrivé dans le pays en 1986 comme aumônier, ce fils de fermiers avait même pris la nationalité allemande en 2011 tant il se sentait ici « chez lui ».

Son soutien aux réfugiés

C’était compter sans la fièvre qui s’est emparée de la Bavière depuis l’afflux de milliers de demandeurs d’asile. Quand Sylvia Boher, la responsable locale de la CSU (branche bavaroise du parti au pouvoir), le compare à une « invasion » et assimile les Érythréens à des « déserteurs », Olivier Ndjimbi-Tshiende, titulaire d’une licence en philosophie obtenue à Kinshasa et d’un doctorat d’éthique de l’université de Munich, ne peut que réagir. Il affiche son soutien aux réfugiés et à la politique d’ouverture d’Angela Merkel.

C’est alors l’escalade : un autre membre de la CSU invite « notre nègre à bien faire attention à lui ». À la suite du tollé provoqué par ces propos, les deux cadres démissionnent, mais l’extrême droite prend le relais. Le prêtre reçoit un tombereau de menaces de mort (« Dégage à Auschwitz ! », « Tu es un homme mort »…).

« J’ai conscience que beaucoup vont regretter mon départ. Mais je vous demande de respecter ma décision, mûrement réfléchie », souligne le curé, qui se dit « soulagé », dans un message diffusé par son diocèse, car il refuse désormais de s’exprimer publiquement. Depuis, une pétition en faveur de son retour a recueilli près de 75 000 signatures. « Si nous acceptons sans mot dire son départ, nous laissons le champ libre aux criminels nazis ! » déplore Julia Peters-Klopp, l’initiatrice de cette pétition. L’archevêque de Berlin, Heiner Koch, a de son côté réclamé une réaction forte de la part de l’Église.

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