Centrafrique : Touadéra nouveau président, comme par hasard…

Il a mené une campagne de proximité : ici à Bangui, le 10 février. © JEROME DELAY/AP/SIPA

Il était inconnu du public, et pourtant quelle carrière : Premier ministre de Bozizé et désormais président de la Centrafrique, officiellement reconnu mardi 1er mars par la Cour constitutionnelle de transition. Son secret ? Un profil rassembleur et une grande habileté tactique.

La scène se passe le 22 janvier 2008. Bangui fait face à une grave crise sociale. Après la démission de son Premier ministre Élie Doté, François Bozizé réunit les caciques du Kwa na Kwa (KNK) dans la salle de cinéma du palais présidentiel – que l’empereur Bokassa utilisait en son temps – afin de désigner son successeur. Parmi eux, Charles Massi, qui n’est pas encore rebelle mais ministre d’État au Développement rural, est persuadé de tenir la corde. Bozizé, lui, a un autre choix en tête. Profitant d’une pause, il descend dans son bureau et demande à sa secrétaire de préparer le décret de nomination du nouveau chef du gouvernement. Ce sera Faustin-Archange Touadéra, père de trois enfants, professeur de mathématiques, recteur de l’université de Bangui depuis 2005… et inconnu du monde politique. La surprise est totale.

Huit ans plus tard, le voici président de la République, élu avec plus de 280 000 voix d’avance sur Anicet-Georges Dologuélé (62,69% des suffrages contre 37,31%), comme lui ancien Premier ministre (1999-2001) mais sous Ange-Félix Patassé, après avoir remarquablement manœuvré, s’entourant de proches issus du milieu universitaire, comme Simplice Sarandji, ex-directeur de cabinet à la primature et, ces dernières semaines, son directeur de campagne. Tandis que les favoris multipliaient les meetings, ses équipes faisaient du porte-à-porte, mobilisaient les étudiants, la société civile et les syndicats.

Une image d’homme intègre et travailleur

Touadéra, 58 ans, a surfé sur l’image d’homme intègre et travailleur qu’il s’est forgée lors de son passage à la primature, où son bilan avait été jugé positif. Les fonctionnaires n’ont pas oublié qu’ils lui doivent la bancarisation de leurs salaires, les syndicats, qu’il a beaucoup contribué à la paix sociale.

Né à Bangui dans le quartier populaire de Boy-Rabe, dans une famille de dix enfants originaire de Damara (région de Kemo, à 70 km au nord de la capitale), où il a été député, Touadéra a su tirer parti des nombreux ralliements qu’il a obtenus au lendemain du premier tour – 23 des 30 candidats l’ont assuré de leur soutien. Il a pu notamment bénéficier du travail de Jean-Serge Bokassa dans la Lobaye et de Martin Ziguélé dans l’Ouham-Pendé.

Le candidat du régime Bozizé

Enfin – et surtout, diront certains -, Touadéra s’est imposé comme le candidat du régime Bozizé. Sur le terrain, les structures qui, en 2011, avaient œuvré à l’élection de l’ex-président ont été mises à son service. Résultat, malgré l’accord signé par Dologuélé avec le KNK, soutenu du bout des lèvres par Bozizé, l’ancien dirigeant de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a recueilli deux fois moins de voix que Touadéra dans l’Ouham, le fief du président déchu.

Ce soutien pourrait-il se révéler empoisonné ? À peine les résultats proclamés, le clan de l’ancien dirigeant, notamment ses fils Jean-Francis et Socrate, annonçait son intention de regagner Bangui, alors que des chefs anti-balaka, dont certains très proches de Jean-Francis Bozizé du temps où il était ministre délégué à la Défense (2008-2013), s’autoproclamaient responsables de la sécurité présidentielle…

L’entourage de Touadéra – qui inclut pourtant Dieudonné Tokofeïssé, l’oncle maternel de Jean-Francis, et Ange Ouéfio Goningai, un neveu de François Bozizé -, assure avoir pris ses distances avec l’ancien régime. Un discours qu’a sans doute tenu le nouveau président à Brazzaville, à Malabo et à N’Djamena, où il s’est rendu dans les jours qui ont suivi son élection. Pour y parvenir, Touadéra, qui n’a pas la réputation d’être un homme à poigne, n’aura d’autre choix que de forcer sa nature.

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