Nathalie K. et la star du foot

par

Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement d’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne pour les Grands reportages et les coulisses de la politique.

Suivre cet auteur

Nathalie Koah, auteure du livre Revenge Porn. © DR

Prévue le 18 février aux éditions du Moment, la parution de Revenge Porn, de Nathalie Koah, a été provisoirement suspendue par la justice à la suite d'une plainte de Samuel Eto'o pour atteinte à la vie privée. La lecture de ce livre est une expérience particulière.

Le voyeur qui sommeille en chacun de nous ne résiste pas à l’attrait sulfureux des dessous de cette idylle qui se noua entre une star mondiale du football et une jeune femme de 18 ans prête à tout pour sortir de la pauvreté. Pourquoi s’en empêcher, d’ailleurs, puisque la scandaleuse Nathalie nous y invite elle-même, ouvrant grand les portes de l’alcôve pour montrer ce qu’on avait jusqu’à présent entrevu par le trou de la serrure ?

On s’y glisse avec un plaisir coupable alors que l’on n’ignore rien de la fin ignominieuse de cette chronique désenchantée : sur ordre de son amoureux, la belle est arrêtée et brièvement détenue avant d’être socialement « assassinée » par la mise en ligne de photos de son corps dénudé. On sait même qu’elle a été tentée de mettre fin à ses jours avant d’amorcer sa « reconstruction », notamment grâce à ce livre. Érasme ne disait-il pas qu’écrire c’est « s’ouvrir les veines » ?

Que dire de ces discours moralisateurs suintant l’hypocrisie dans une société qui a enfanté le tube Coller la petite ?

De la chambre à coucher de ce couple libertin, nul ne ressort indemne. Depuis que la version numérique du livre circule sur les réseaux sociaux, les internautes s’étripent. À chacun son trauma… Les contempteurs de la jeune femme lui reprochent d’ajouter l’indécence à l’inconséquence. Ils la jugent cupide et amorale, l’affublent de surnoms cruels, ne lui pardonnent pas d’ébrécher la statue du héros national, qu’elle dépeint en démon de poche pervers et narcissique.

Et que dire de ces discours moralisateurs suintant l’hypocrisie dans une société qui a enfanté le tube Coller la petite ? La foule lyncheuse essaie de faire passer pour exceptionnelle l’infortune tragiquement banale d’une déshéritée. Tout à son honneur, elle a osé parler, là où d’autres subissent en silence harcèlement et droit de cuissage, à l’instar de ces jeunes sans avenir qui n’ont d’autre choix que de faire commerce de leur corps tandis que d’autres prennent le chemin de l’exil au péril de leur vie. Comme Nathalie Koah, aucune Africaine ne devrait accepter de n’être qu’une « chose ».

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici