De Tunis à Abidjan, le marocain Wafa voit grand

Une agence du groupe, à Tunis. © ONS ABID POUR J.A.

Créée en 2012, sa filiale tunisienne a accaparé 18 % de parts de marché. Avec la même recette, la compagnie perce au Sénégal et espère faire de même au Cameroun et en Côte d'Ivoire.

Doucement mais sûrement. Ainsi peut être résumée la stratégie africaine du leader marocain des assurances. Wafa Assurance, filiale du mastodonte Attijariwafa Bank (dont les tentacules s’étendent sur une bonne partie du continent), compte déjà six sociétés apparentées dans quatre pays (hors Maroc). « Nous couvrons plus de la moitié du marché de la zone Cima [Conférence interafricaine des marchés d’assurance], mais nous nous intéressons aussi à d’autres pays en dehors de cette zone », explique Ali Harraj, le PDG.

Ce centralien de 57 ans a pris les rênes de Wafa Assurance en février 2015. Aujourd’hui, il entend donner un coup de fouet à l’expansion africaine du groupe. Une stratégie dont les jalons ont été posés fin 2012 en Tunisie avec la création d’Attijari Assurance. Adossée à Attijari Bank, la filiale tunisienne a réussi en trois années d’activité à se faire un nom. « Deux ans et demi après sa création, Attijari Assurance générait déjà un chiffre d’affaires additionnel de près de 20 millions d’euros sur le marché tunisien de l’assurance-vie », assure Ali Harraj. «

Attijari Assurance a connu un démarrage des plus intéressants. La société détient aujourd’hui 18 % du marché de l’assurance-vie en Tunisie », confirme Mohamed Ali Jebira, associé chargé des services financiers pour l’Afrique francophone chez Deloitte, tout en remettant cette performance dans son contexte : « La compagnie est adossée à l’un des principaux réseaux bancaires du pays. Sa performance a jusque-là été possible grâce à la reconversion de certains produits de la banque en contrats d’assurance-vie. Aujourd’hui, l’un des principaux enjeux, aussi bien pour la branche vie que pour la branche non-vie, est de se différencier des modèles tunisiens existants à travers le développement de produits et de services innovants, notamment en capitalisant sur le savoir-faire de Wafa Assurance au Maroc. »

Ce défi, la direction de Wafa Assurance en est consciente. « Nous n’avons pas vocation à nous limiter à la seule activité vie, confie Ali Harraj. Si dans ce domaine notre développement s’appuie clairement sur un modèle de bancassurance intégré, en non-vie nous comptons exploiter les synergies commerciales avec les filiales d’Attijariwafa Bank, notamment sur le marché des entreprises. »

Le même succès au Cameroun et au Gabon ? 

Le modèle commence à faire ses preuves. Au Sénégal, en 2014, la filiale non-vie a pu démarrer ses activités avant la branche vie. Pour sa première année d’activité, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 1 milliard de F CFA (plus de 1,5 million d’euros). Wafa espère rencontrer le même succès au Cameroun, où il a décroché en juillet 2015 un agrément pour sa filiale vie, et au Gabon, où il a signé une convention avec un assureur local. Enfin, en Côte d’Ivoire, Wafa entend démarrer ses activités au cours de l’année, en vie comme en non-vie.

« La force de Wafa, c’est de décliner une vision de manière uniforme sur différents pays », commente Mohamed Ali Jebira. Autre atout : la capacité du groupe à saisir les opportunités. Car si jusque-là la compagnie marocaine a choisi de créer des filiales ex nihilo, cette approche n’est pas gravée dans le marbre. En 2013, Wafa Assurance avait déjà tenté d’acquérir Solidarité africaine d’assurances (Safa), avant de renoncer à la suite d’un incendie qui avait ravagé le siège de la compagnie ivoirienne. « Nous n’excluons pas de recourir à de la croissance externe, y compris dans des pays où nous sommes déjà implantés, afin d’accélérer notre développement dans les marchés cibles », révèle le PDG. Un passage obligé ? Pour l’heure, les filiales africaines ne représentent pas plus de 3,5 % du chiffre d’affaires de Wafa Assurance. Pas assez pour prétendre au statut de groupe panafricain !