Libye : que reste-t-il des Kadhafi ?

Autour du dictateur (de haut en bas et de g. à dr.) : Moussa Koussa, Hannibal (son fils), Aïcha (sa fille), Ahmed Gueddaf Eddem et Béchir Saleh. © AMMAR ABD RABBO/ABACAPRESS.COM MONTAGE J.A. ; XINHUA/ZUMA/REA ; NTB SCANPIX/SIPA ; JULIAN SIMMONDS/REX FEATURES/SIPA ; PATRICK ROBERT POUR J.A. ;

Cinq ans après le début de la révolution qui a précipité la chute du « Guide », la traque des membres de son clan et de ses milliards continue d'alimenter tous les fantasmes. Que font-ils, que savent-ils et surtout où sont-ils ? Enquête.

Traque, extradition, arrestation ou exécution des responsables, quête de fantastiques trésors, constitution de réseaux clandestins, spéculations sur les secrets incendiaires que recèleraient les initiés en fuite, décors de bunkers éventrés, de cellules obscures et d’asiles dorés : le crépuscule des Kadhafi évoque celui des Romanov ou des dignitaires nazis en fuite, coloré en sus de la personnalité grotesque du « Guide » libyen. Cinq ans après le déclenchement de la révolution qui a eu raison de la Jamahiriya imaginée par l’extravagant colonel, ses reliques continuent d’alimenter les fantasmes. Nicolas Sarkozy aurait-il juré la perte de Kadhafi pour sa contribution compromettante au financement occulte de sa campagne présidentielle de 2007 ? La dernière rumeur, début janvier, expliquait l’intervention française de 2011 par la perspective de la création, par Tripoli, d’une monnaie panafricaine qui aurait concurrencé le franc CFA…

Au fond de sa prison, à Zintan, le fils chéri Seif el-Islam détiendrait de quoi ébranler des États, croient savoir certains. Quand d’autres, soi-disant bien informés, en font la figure de proue d’une imminente « réconciliation véritablement nationale », qui ne pourrait se permettre d’exclure le camp kadhafiste. Invisible depuis 2011, son frère Hannibal, dont les excès faisaient la une des journaux du temps de sa splendeur, est réapparu en décembre aux mains d’une bande armée libanaise, sur fond d’une ténébreuse affaire remontant aux années 1970.

Des vies de Safia, la veuve du « Guide », et de sa fille Aïcha, peu de choses filtrent. On les imagine confinées dans le luxe et l’ennui de résidences d’État, hier à Alger et Oran, aujourd’hui à Mascate. Est-ce parce qu’Aïcha aurait, dans sa rage en apprenant la mort de son père, brisé un portrait du président Bouteflika que les autorités algériennes se sont résolues à se débarrasser de ces hôtes embarrassants ? Safia, pour sa part, serait en grande peine d’argent, les comptes familiaux ayant été bloqués. Mais où sont les milliards et les tonnes d’or du butin Kadhafi ? Que reste-t-il aux kadhafistes ? Que savent-ils ? Que peuvent-ils ? Et d’abord : où sont-ils ?