Présidentielle aux Comores : Azali Assoumani, il s’y revoit déjà

Le 18 janvier, au siège de Jeune Afrique. L'ancien putschiste, 57 ans, figure parmi les 25 candidats à l'élection du 21 février. © CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR J.A.

Dix ans après son départ, le colonel convoite de nouveau le fauteuil de président des Comores.

Le colonel Azali Assoumani est prêt à reprendre du service. Lui qui s’était éloigné de la politique au lendemain de son départ de la présidence, en 2006, espère bien, à 57 ans, redevenir chef de l’État en avril. Depuis quatre ans, il ne pense qu’à ça – c’est lui-même qui le dit. Il fait partie des vingt-cinq candidats retenus en décembre 2015 par la Cour constitutionnelle pour participer à l’élection présidentielle qui débutera avec les primaires du 21 février sur l’île de la Grande-Comore. Et compte parmi les favoris d’un scrutin qui s’annonce très ouvert.

Pour figurer parmi les trois qualifiés au second tour, le 10 avril, le putschiste de 1999 peut toujours s’appuyer sur la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), qu’il avait créée un an après son coup d’État afin de favoriser son élection en 2002. Remis en ordre de bataille, l’appareil du parti lui permet de labourer, sans relâche depuis des mois, les trois îles de l’archipel mais aussi la France, où vivent plusieurs centaines de milliers de Comoriens (notamment à Marseille et en région parisienne). Quelques jours seulement avant le lancement officiel de la campagne, le 21 janvier, le candidat était d’ailleurs à Paris pour mobiliser cette diaspora qui, bien qu’elle ne vote pas, contribue largement au financement des organisations politiques de l’archipel.

Dix ans après avoir quitté ses fonctions à la tête de l’Union comorienne, Azali Assoumani doit se rappeler au bon souvenir de ses compatriotes. Car entre-temps il s’est fait discret, même sur la scène internationale, se contentant de représenter son pays lors de missions d’observation électorale en Côte d’Ivoire et à Madagascar. Au point de se présenter aujourd’hui comme un homme neuf malgré les sept années passées à la tête de l’État. « Azali II » dit avoir pris de l’épaisseur, dans tous les sens du terme. Derrière ses petites lunettes cerclées d’acier, le regard se veut sincère et rassurant. Il affirme avoir « appris de ses erreurs » – sans plus de détails – et revenir « pour que les Comoriens apprennent à se faire confiance ».

La question mahoraise

De confiance, lui n’en manque pas. Fort de son expérience du pouvoir et de celle acquise ces dernières années au contact de la population, le chef de file de la CRC se pose comme principal recours face à une majorité présidentielle « qui a fait reculer le pays ». Ses priorités ne sont pourtant guère différentes de celles de ses principaux adversaires : relancer une économie à bout de souffle, garantir l’indépendance de la justice, remettre la jeunesse au travail et de l’ordre dans les finances de l’État et, enfin, s’attaquer à la corruption endémique qui ronge le pays et contre laquelle ses successeurs n’ont pas fait mieux que lui.

Bien sûr, son parcours reste marqué par le coup de force qui l’a porté au pouvoir un soir d’avril. Mais Azali Assoumani demande à être jugé sur son bilan, qu’il estime honorable. N’est-il pas le garant de l’unité du pays depuis qu’il a fait adopter par référendum l’actuelle Constitution, en 2001, apportant ainsi une stabilité politique jusqu’alors inconnue sur l’archipel ? C’est sur cette base qu’il espère un jour convaincre ses « frères » mahorais d’unir à nouveau leur destin aux autres îles, « sans toucher aux intérêts de la France dans la région » – lesquels, en matière de sécurité, sont identiques à ceux des Comores.

Le « contentieux désagréable », pour reprendre les mots de l’ancien président français François Mitterrand, est toujours d’actualité entre les deux pays. Et la départementalisation de Mayotte, en 2011, a encore élargi un fossé qu’Azali Assoumani s’engage à combler s’il est élu. Au nom de cette Union des Comores qui reste à consolider.