Football : le Franco-Algérien Riyad Mahrez, roi d’Angleterre

Auteur de 13 buts et de 7 passes décisives, l'attaquant formé au Havre a réalisé un début de saison époustouflant. Ici face à Tottenham, le 22 août 2015. © BPI/ICON SPORT

Nouvelle star de la Premier League, l'international algérien de Leicester City suscite la convoitise des plus grands clubs européens. Portrait de la sensation british de l'année.

Les noms sont prestigieux, les sommes mirobolantes, mais Riyad Mahrez, 24 ans, ne semble pas perturbé outre mesure par les rumeurs qui alimentaient les discussions autour du mercato. Chelsea, le club londonien propriété du milliardaire russe Roman Abramovich, envisageait de le recruter en cas de départ du Belge Eden Hazard. Et le Paris Saint-Germain, qui cherche, paraît-il, à attirer un joueur maghrébin depuis qu’il est tombé dans l’escarcelle du Qatar Sport Investments (QSI), aurait été prêt à mettre 26 millions d’euros sur la table pour s’attacher les services de l’international algérien, auteur de 13 buts et de 9 passes décisives depuis le début de la saison avec Leicester City, surprenant deuxième de la Premier League anglaise. Mais Claudio Ranieri, l’entraîneur italien de la sensation british de l’année, ne voulait pas entendre parler d’un départ cet hiver. D’autant que Mahrez s’imagine parfaitement terminer la saison avec son club avant d’envisager la suite le moment venu.

Quimper puis le Havre

Cette patience correspond bien à l’image que renvoie cet attaquant à la technique si subtile. « Il est posé. Riyad est bien sûr ambitieux, il n’est pas insensible au fait que de gros clubs s’intéressent à lui, mais il a toujours voulu procéder étape par étape », confirme Kamel Bengougam, son agent depuis son passage à Quimper (CFA), en Bretagne. Né à Sarcelles, dans la région parisienne, de père algérien, décédé en 2006, et de mère marocaine, Riyad Mahrez n’était pourtant pas le plus prometteur des jeunes du club local, car jugé trop frêle physiquement.

« Je ne le connaissais pas à l’époque, mais on m’a toujours dit qu’il avait l’ambition d’être professionnel », poursuit Bengougam. À Quimper, qu’il a rejoint en 2009, Mahrez se fait remarquer lors d’un match face à la réserve du Havre. « On l’a invité à faire un test et il a confirmé ce qu’on avait vu. Nous lui avons proposé de nous rejoindre. J’ai appris ensuite que des clubs bretons le trouvaient fort techniquement, mais pas assez costaud », se souvient Johann Louvel, directeur du centre de formation du Havre. « Il aurait pu aller dans un plus grand club, mais nous avons estimé que Le Havre était une bonne solution », reprend Bengougam.

Avec le doyen des clubs français, Mahrez découvre la Ligue 2 en juillet 2011 et laisse l’image d’un joueur passionné par son métier. « Il adore le foot, ce qui n’est pas si courant que cela de nos jours. Mais il a compris que le talent ne suffisait pas, et il a beaucoup travaillé dans tous les domaines », observe le Sénégalais Abasse Ba, ancien coéquipier de l’Algérien. « Il est du genre à aller faire du foot en salle pendant ses jours de congé, c’est un fou de foot », glisse Louvel.

Titulaire de l’équipe nationale algérienne

Le destin de Mahrez s’est brusquement accéléré en janvier 2014, quand Leicester, alors en Championship (Ligue 2 anglaise) débourse 600 000 euros (plus quelques bonus) pour lui faire traverser la Manche. C’est aussi l’année où le binational opte sur le plan international pour l’Algérie, le pays de son père. « Trois mois avant le dernier Mondial, je suis allé l’observer et j’en ai parlé à Vahid Halilhodzic, alors sélectionneur. Il l’a vu en vidéo, a été séduit par ses qualités techniques, sa vitesse gestuelle et son sens du but. Il a décidé de le convoquer pour le stage en Suisse et de l’emmener au Brésil », rapporte Noureddine Kourichi, ancien adjoint du coach bosnien de l’Algérie.

Depuis, Mahrez s’est imposé en sélection nationale. Il aurait pu aussi intégrer l’effectif de l’Olympique de Marseille si, comme l’a révélé francefootball.fr en décembre 2015, Vincent Labrune n’avait pas envoyé sur les roses les représentants du joueur qui venaient lui suggérer – par mail – de s’intéresser à leur protégé. Le président de l’OM, dans sa réponse écrite, s’indignait presque qu’on puisse lui proposer les services d’un attaquant de Leicester. Qu’en pense-t-il aujourd’hui ?