Bénin : Ganiou Soglo, un homme de culture

Ganiou Soglo © DR

Depuis qu'il a quitté la politique, l'ancien ministre Ganiou Soglo s'est lancé dans l'agriculture bio. Reportage dans son exploitation, près de Lanzron, à 30 km de Cotonou.

Après avoir parcouru une trentaine de kilomètres sur une route en terre battue depuis la sortie nord de Cotonou, on arrive au village de Lanzron, aux confins de la vallée de l’Ouémé. C’est ici que Ganiou Soglo a posé ses valises en avril 2013, deux ans après avoir quitté le gouvernement. À l’époque, les 50 ha de terre argileuse du domaine n’étaient encore que broussailles et herbe grasse. « On n’y croyait pas. Qu’un citadin de cette trempe, fils d’un ancien président, vienne s’installer dans ce coin perdu… confie Gabriel, qui travaille désormais sur l’exploitation de l’ex-ministre. Ici, il sème l’espoir. » Baptisée Compagnie du Bénin, la ferme biologique de Ganiou Soglo est aujourd’hui en pleine activité, sous le contrôle des experts de l’Institut national des recherches agricoles, associés dès le départ au projet.

Au pied de la tour érigée à l’entrée du vaste domaine, chaussé de bottes et coiffé d’un chapeau de paysan, fiches de travail en main, un homme donne ses instructions à trois jeunes gens. C’est Ganiou Soglo. Quelques longues séances de sarclage et d’arrosage plus tard, de retour à la tour de plantation qu’il s’est fait construire en guise de studio (un bureau et une chambre), l’ancien député paraît épanoui et serein. « Tout homme politique doit aller à la terre, car l’agriculture est le gage du développement : c’est de cette exhortation de l’ancien président ivoirien Houphouët-Boigny que je tiens ma motivation », explique-t-il.

À tout juste 55 ans, le fils cadet de l’ex-chef de l’État béninois Nicéphore Soglo se plaît à dire qu’il s’est « affranchi de l’ombre tutélaire de [son] géniteur ». Exclu de la Renaissance du Bénin (RB), le parti fondé par « Maman Rosine » et désormais dirigé par son frère Léhady, pour avoir accepté de rejoindre le gouvernement, Ganiou reste cependant solidaire et très proche du clan familial. Et ne s’abstient pas de commenter la vie politique, même s’il ne semble pas envisager d’y reprendre part. « Pour les Soglo, la politique est une passion, et ma mère est le ciment de cette famille, dit-il en souriant. Mon rêve aujourd’hui est de montrer que l’agriculture biologique est l’avenir de l’agriculture en Afrique, surtout aux jeunes. »

Des plantations multiples

Le gentleman-farmer en emploie une quarantaine sur son exploitation. Il estime que l’emploi des jeunes est un problème majeur, et que ce n’est pas en multipliant les agences et les fonds de soutien qu’on va le résoudre, mais sur le terrain. Et que l’État doit aider les jeunes à s’implanter sur les milliers d’hectares de terres arables inexploités dans le pays.

Sur la plantation de la Compagnie du Bénin, divisée en zones qui chacune porte le nom d’un roi ou d’un leader politique du pays (Bio Guerra, Béhanzin, Nicéphore Soglo, Rosine Vieyra-Soglo…), poussent les fruits et légumes les plus variés : tomates, oignons, piments, concombres, poivrons, pastèques, carottes, laitues, choux, gombos, vernonias… « On ne peut pas baser son économie sur un seul produit », explique le maraîcher. Qui souhaiterait que toutes les filières agricoles bénéficient d’autant d’attention que celle du coton, pour générer autant de ressources et d’emplois, et pour que le pays cesse d’importer une grande partie de ses fruits et légumes du Burkina Faso et du Niger.

En attendant, les siens sont commercialisés dans la plupart des grandes surfaces et des hôtels de Cotonou. « Ses produits sont de bonne qualité, ce qui relève de l’exploit au moment où l’on constate une forte propension à utiliser des OGM dans l’agriculture locale », souligne Ludovic Gandaho, ingénieur agronome et consommateur des produits de la Compagnie.

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