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"Cet article est issu du dossier" «Bénin : les jeux sont ouverts»

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Bénin : cirque électoral

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Le président béninois Thomas Boni Yayi © Jacques Brinon/AP/SIPA

«Du Bénin vient toujours quelque chose de nouveau », aurait pu dire Aristote s'il avait connu l'existence de la terre du vodoun. Au pays des alternances pacifiques, celle qui s'annonce ne devrait pas déroger à la règle : l'ancien Dahomey est décidément une démocratie vivace et novatrice, un laboratoire politique à ciel ouvert.

Précisons tout de suite, puisque ce n’est pas si fréquent, que la transparence du scrutin est quasi assurée à l’avance. La Cena (Commission électorale nationale autonome) qui l’organise n’a pas d’autonome que le nom ; c’est une structure pérenne acceptée par tous les candidats, lesquels peuvent en outre compter sur la vigilance de la société civile et des observateurs indépendants.

Ajoutons que, sauf improbable miracle, les Béninois iront voter deux fois, le 28 février et le 13 mars, tant l’électorat semble émietté, ce qui somme toute est bon pour l’exercice démocratique puisque les deux qualifiés pour le second tour se devront de nouer des alliances et de faire consensus.

Même si le jeu demeure très ouvert, un quintet se détache, avec dans le désordre d’arrivée : Lionel Zinsou, Patrice Talon, Sébastien Ajavon, Abdoulaye Bio Tchané et Pascal Koupaki. À l’exception de Bio Tchané, il s’agit de primo–candidats dont l’apparition coïncide avec la retraite politique obligée des grands leaders de parti de ces deux dernières décennies (Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji, Nicéphore Soglo…). Parmi eux, deux milliardaires (en francs CFA) issus d’une classe d’entrepreneurs locaux plus habitués jusqu’ici à financer le monde politico-médiatique qu’à rouler pour leur propre compte : Talon le roi du coton et Ajavon l’empereur du poulet.

Pour ces deux derniers, comme pour une bonne partie de l’establishment politique béninois au beau milieu duquel il a atterri tel un ovni il y a un peu plus de sept mois, Lionel Zinsou est l’homme à abattre. Parce que le Premier ministre est donné favori pas les bailleurs de fonds et les chefs d’État de la région ? Pas seulement.

Les adversaires de Zinsou pointent sa double nationalité (pourtant fréquente au sein de la classe politique béninoise), voire, à mots couverts, son métissage

Compétent, intelligent, doté d’un impressionnant carnet d’adresses économique et surtout étranger au marigot local, Zinsou dérange et inquiète. Ses adversaires pointent son « parachutage » depuis Paris, sa double nationalité (pourtant fréquente au sein de la classe politique béninoise), voire, à mots couverts, son métissage. Arguments souvent malsains mais qui, dans un pays où la période socialo-nationaliste des années 1970 et 1980 a laissé plus de traces qu’on ne le croit dans les mentalités, ne sont pas sans rencontrer un certain écho.

On saura dans un mois si l’ancien banquier d’affaires talentueux a su parler aux Béninois et compenser son déficit initial d’ancrage local, et si le soutien ostensible que lui apporte le président sortant aura été pour lui un atout ou un handicap. Contrairement aux élections précédentes, les coalitions et partis dominants du paysage politique béninois (PRD, PSD, RB, alliances UN, FCBE…) ne présentent en 2016 aucun candidat issu de leurs rangs : signe de mauvaise santé de ces formations à bout de souffle, sans doute, mais aussi symptôme d’une personnalisation à l’extrême du débat, avec tous les risques de dérapages ad hominem que comporte ce type d’exercice.

Les jeux sont ouverts, certes, et qui s’en plaindra ? Mais attention tout de même à ne pas confondre une présidentielle avec une piste de cirque.

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