En Afrique de l’Ouest, Orange Côte d’Ivoire se place au centre du jeu

Orange est déjà présent dans six pays d'Afrique de l'Ouest, notamment au Sénégal et en Côte d'Ivoire. © Sylvain Cherkaoui pour J.A.

En prenant le contrôle de deux opérateurs, au Burkina et au Liberia, le leader ivoirien fait grimper ses revenus de moitié et devient le deuxième hub régional du groupe français, après Sonatel, au Sénégal.

Des dossiers importants à traiter, le PDG d’Orange n’en manque pas en ce début d’année. À commencer par les négociations avec Martin Bouygues pour la prise de contrôle de Bouygues Télécoms, quatrième opérateur français. Mais lors de ses vœux à la presse, le 12 janvier, Stéphane Richard a préféré débuter son intervention en annonçant l’acquisition de Cellcom, deuxième acteur de la téléphonie mobile au Liberia avec environ 1,5 million de clients (soit une part de marché de 45 %). Le montant du deal – non confirmé par Orange – serait d’un peu moins de 100 millions d’euros.

Dans la foulée, Stéphane Richard a aussi dévoilé qu’un accord allait être trouvé avec l’indien Bharti Airtel pour l’achat de deux opérateurs de téléphonie mobile, au Burkina Faso et en Sierra Leone. La transaction, finalement confirmée le lendemain, serait comprise entre 600 millions et 800 millions d’euros. Les filiales détiendraient respectivement 35 % et 50 % de part de marché, totalisant 6 millions de clients.

« L’Afrique reste un territoire à fort potentiel pour notre groupe », a insisté le PDG. Deux mois après avoir cédé sa part de 70 % dans Telkom Kenya au capital-investisseur Helios Investment Partners, l’état-major d’Orange n’est pas mécontent de réaffirmer ses ambitions sur le continent. « Cela crédibilise notre discours », reconnaît Marc Rennard, PDG du holding qui contrôle les filiales africaines du groupe français.

La capitale ivoirienne, grande gagnante 

Ces acquisitions renforceront la présence déjà très importante d’Orange en Afrique de l’Ouest, lui permettant de développer de nouvelles synergies, qu’il s’agisse du sponsoring de la Coupe d’Afrique des nations, de l’optimisation de ses réseaux ou du déploiement des services financiers sur téléphone mobile.

Abidjan est le grand gagnant de ce coup d’accélérateur. Une fois l’accord des autorités de régulation obtenu, les filiales du Burkina Faso et du Liberia seront rattachées à Orange Côte d’Ivoire (et la Sierra Leone, à Sonatel). Mamadou Bamba, son directeur général, se retrouvera alors à la tête d’un groupe régional réalisant plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires et comptant plus de 16 millions de clients. Une fois la fusion juridique avec Côte d’Ivoire Télécom (filiale du groupe pour le téléphone fixe) réalisée, le total grimperait à environ 1 milliard d’euros.

L’opérateur historique sénégalais Sonatel, qui hérite pour sa part de la Sierra Leone, était jusque-là le principal véhicule de l’expansion d’Orange (qui est son actionnaire de référence) dans la zone, gérant le Mali, la Guinée et la Guinée-Bissau en plus de son marché domestique.

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Interrogé sur le sens de ce découpage, Marc Rennard explique qu’il répond à un principe de continuité territoriale. « La réussite de Sonatel est un exemple. Nous cherchons simplement à nous en inspirer. Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont naturellement complémentaires compte tenu des liens qui unissent ces pays [une importante diaspora burkinabè vit en Côte d’Ivoire]. Quant au Liberia, également limitrophe de la Côte d’Ivoire, c’est un dossier qui aurait pu aboutir avant, n’était la crise provoquée par Ebola. Mamadou Bamba s’est montré très actif sur ce dossier. »

Travailler avec les États est inscrit dans notre ADN, insiste Marc Rennard.

Depuis la fin de la crise ivoirienne, et compte tenu de ses bons résultats, c’est Abidjan qui a le vent en poupe au sein du groupe français. Fin 2011, Orange y a installé son technocentre africain afin de développer de nouveaux services. Et c’est également sur les rives de la lagune Ébrié qu’il a implanté mi-2014 le premier point de présence internet d’Afrique de l’Ouest, une infrastructure grâce à laquelle les internautes de la sous-région téléchargent plus vite leurs pages web. Sans parler de l’installation prochaine du siège de l’entité chargée de contrôler la conformité des filiales (Sénégal, Côte d’Ivoire et Mali dans un premier temps) ayant obtenu le droit d’émettre de la monnaie électronique.

Des choix qui s’expliquent par le poids économique de la Côte d’Ivoire dans la sous-région, et sans doute aussi par la fluidité des relations qu’Orange y entretient avec les pouvoirs publics. En outre, contrairement au Sénégal où il ne détient que 42,33 % du capital de Sonatel, le groupe français est seul maître à bord…

« Travailler avec les États est inscrit dans notre ADN, rétorque Marc Rennard. Au sein de Sonatel, cela n’a jamais été un problème. » Pour couper court à toute spéculation sur une éventuelle rivalité entre les filiales ivoirienne et sénégalaise, le dirigeant d’Orange indique que les deux entreprises ont l’habitude de travailler ensemble. D’ailleurs, elles géreront d’ici à quelques semaines deux centres de contrôle parfaitement identiques permettant de piloter, depuis Dakar ou Abidjan, les réseaux et plateformes informatiques d’une dizaine de filiales. Ce niveau de mutualisation, résultat de quatre ans de travail, constituera une première mondiale.