Côte d’Ivoire : jusqu’où ira Abdourahmane Cissé ?

Après des études en France et aux États-Unis, l'ex-golden boy a commencé sa carrière chez Goldman Sachs, à Londres. © LEPRO1

Cet ancien trader à Londres a fait le choix de rentrer au pays après la victoire d'Alassane Ouattara. Aujourd'hui, à 34 ans, il est ministre auprès du Premier ministre, chargé du Budget et du Portefeuille de l’État...

Au sein du gouvernement, Abdourahmane Cissé est le ministre qui « compte » : les dépenses, les recettes, les déficits, les excédents… Autant d’indicateurs économiques qui n’ont aucun secret pour le détenteur du portefeuille du Budget. Les médias, en revanche, ne semblent pas être sa tasse de thé, sauf « quand il y a vraiment un message à faire passer ». Lorsqu’il reçoit les journalistes, sa jeune chargée de communication, Nina Keita (une nièce du président Ouattara), est d’ailleurs là, qui veille. Comme s’il fallait couver encore un peu ce cadet (34 ans) à la trajectoire express, entré en politique il y a quatre ans à peine.

Symbole du retour des « cerveaux » de la diaspora, Abdourahmane Cissé a toujours su qu’il finirait par rentrer au pays. Né dans la commune populaire de Treichville, à Abidjan, d’une mère au foyer et d’un père entrepreneur en bâtiment, il est le benjamin d’une fratrie de quatre enfants. École primaire à Vridi Collectif, collège à Port-Bouët, lycée à Grand-Bassam… C’est un pur produit de l’école publique ivoirienne qui débarque en France, à 18 ans, pour entamer un brillant parcours : classe préparatoire, Polytechnique, puis l’Institut français du pétrole (IFP School), avant de rejoindre l’université d’Oklahoma, aux États-Unis. En 2005, il refuse de poursuivre son cursus dans les deux établissements très prestigieux de Columbia et de New York University, où il était pourtant admis. Ce qu’il veut, c’est être trader.

Direction Londres, où, après un marathon de 19 entretiens, il intègre la banque d’affaires Goldman Sachs. Il y restera six ans et est en pleine ascension lorsqu’il démissionne, mi-2011. « Le président Ouattara venait d’être élu. Je me suis dit qu’on avait là un leader avec une vision et que c’était le moment de revenir. » Il assure : « Je suis revenu sans aucune promesse d’emploi et suis resté onze mois en année sabbatique… En Côte d’Ivoire, on a tendance à croire qu’on ne réussit que lorsqu’on est fils ou fille de. Mais moi, je viens de nulle part. Ce sont le travail, les rencontres et la providence qui m’ont aidé. »

Retour en Côte d’Ivoire

Il connaît déjà Téné Birahima Ouattara, ministre des Affaires présidentielles et frère du chef de l’État, qu’il a croisé à Londres et qui lui ouvre son carnet d’adresses. Il rencontre Amadou Gon Coulibaly, secrétaire général de la présidence, et le gratin des conseillers présidentiels. En juillet 2012, il est bombardé conseiller chargé des Finances publiques auprès d’Alassane Dramane Ouattara. Dans l’ombre, il fait alors ses premières armes et, six mois plus tard, le voilà à la tête du cabinet de la ministre de l’Économie et des Finances, Nialé Kaba. Moins d’un an plus tard, il devient ministre du Budget.

« C’est quelqu’un qui a une énorme capacité de travail et beaucoup de niaque, témoigne l’un de ses anciens collaborateurs à Goldman Sachs. Il a un profil très technocrate, très anglo-saxon. En gros, il sait dire non. Et comme il a déjà très bien gagné sa vie, on peut présumer que son objectif, contrairement à d’autres, n’est pas financier. » Beaucoup d’observateurs de la vie publique ivoirienne lui prédisent une carrière à la Tidjane Thiam, le patron franco-ivoirien du géant bancaire Credit suisse. « Un modèle, dit de lui Abdourahmane Cissé. Tout comme le président Ouattara. »

Lors de la récente campagne électorale de ce dernier, « Abdou » – comme le surnomment certains de ses collègues ministres – a surpris en s’impliquant comme directeur de campagne associé du district d’Abidjan. Un grand pas pour celui qui a longtemps refusé de dire s’il était ou non encarté au Rassemblement des républicains (RDR, le parti présidentiel). Arborant tee-shirt et casquette ADO, il a même animé quelques meetings. Suffisant pour prendre goût à la politique ?

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