Libye : quel avenir pour le site antique de Sabratha, aux mains de Daesh ?

Le mur de scène du théâtre romain de Sabratha (datant des IIe et IIIe siècles). © SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Après le saccage de Palmyre, en Syrie, et de Nimrod, en Irak, quel sort attend le site antique de Sabratha, où rôdent les vandales iconoclastes. Destruction ou pillage ? Les deux, sans doute, hélas.

Légère et monumentale, la façade aux dizaines de colonnes qui orne le mur de scène du théâtre de Sabratha la libyenne sera-t-elle soufflée par les artificiers de Daesh, comme l’ont été les portes de Nimrod en Irak et les temples de Palmyre en Syrie ? Le 11 décembre, une trentaine de pick-up lourdement armés et arborant le pavillon noir de l’État islamique ont paradé dans la ville, située à 70 km de la capitale, Tripoli, et le monde du patrimoine tremble de voir les reliques de sa prospère antiquité subir la fureur, très médiatique et calculée, des jihadistes iconoclastes.

Classée au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, comme quatre autres sites en Libye, Sabratha, ancien comptoir phénicien reconstruit par les Romains entre les IIe et IIIe siècles, a déjà souffert des conflits qui malmènent le pays depuis la révolution de février 2011. Certains trésors culturels ont été dérobés. « Des restitutions ont eu lieu – notamment, en 2013, la tête des deux statues de Sérapis du musée classique de Sabratha – mais des objets manquent toujours », déplorait Jack Lang le 15 décembre à Paris, où le président de l’Institut du monde arabe (IMA) annonçait la diffusion d’une liste rouge des objets libyens en péril, établie par le Conseil international des musées (Icom).

Le trafic d’œuvres archéologiques, pratiqué à grande échelle entre Mossoul et Palmyre, rapporte en effet des millions au pseudo-califat

Car, si les propagandistes de Daesh apprécient le vandalisme pyrotechnique spectaculaire, les bas-reliefs « sacrilèges » mais raffinés qui courent au pied du mur de scène de Sabratha suscitent la convoitise de ses trésoriers. Le trafic d’œuvres archéologiques, pratiqué à grande échelle entre Mossoul et Palmyre, rapporte en effet des millions au pseudo-califat, et, comme en Mésopotamie et au Levant, le sol libyen est une mine d’antiquités que les combattants de tout bord ont déjà commencé à exploiter. À l’intention des acteurs du marché de l’art – antiquaires, commissaires-priseurs et collectionneurs, douaniers et transporteurs -, la liste rouge de l’Icom présente ainsi les catégories d’objets archéologiques libyens susceptibles d’être exportés clandestinement.

« Ce que nous avons vu n’est qu’un début, soulignait à l’IMA Hans-Martin Hinz, le président de l’Icom. La plupart des pièces sont stockées et referont surface dans quelques années, lorsque la société, occupée à gérer ses affaires courantes, aura oublié ce qui se passe aujourd’hui. »

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