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Jean Kacou Diagou (NSIA) : « Nous saisirons toutes les opportunités dans le domaine bancaire »

Jean Kacou Diagou, président du groupe NSIA, est également à la tête du principal syndicat patronal ivoirien. © Ananias Leki-Dago pour Jeune Afrique

Six mois après l'arrivée de la Banque nationale du Canada dans son capital, le groupe financier ivoirien, spécialiste des assurances, veut plus que jamais développer son réseau de banques.

L ‘ année qui s’achève aura été riche pour le Groupe NSIA, fondé par Jean Kacou Diagou en 1995. D’abord parce qu’elle a marqué les 20 ans de ce groupe financier ivoirien. Ensuite et surtout parce qu’elle signe pour lui le véritable début d’une nouvelle ère : celle de la bancassurance, tant souhaitée par l’ancien séminariste devenu financier. L’arrivée dans son capital de la Banque nationale du Canada (BNC) – qui, avec le fonds Amethis Finance, a payé un peu plus de 100 millions d’euros à Emerging Capital Partners (ECP) pour en reprendre environ 26 % – permet en effet à ce groupe principalement actif dans les assurances de développer son réseau bancaire.

Celui-ci se limite aujourd’hui à deux pays (la Côte d’Ivoire et la Guinée) alors que son activité assurances s’étend à douze pays. Au moment où Jean Kacou Diagou, également président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) depuis dix ans, boucle avec ses nouveaux partenaires une première augmentation de capital, il répond aux questions de Jeune Afrique.

J.A.

C'est lui le patron © J.A.

Jeune Afrique : La Côte d’Ivoire vient d’adopter un plan national de développement de 49,24 milliards de dollars [plus de 44 milliards d’euros] pour les cinq prochaines années, qui mise largement sur le secteur privé. En tant que patron des patrons ivoiriens, pensez-vous que celui-ci sera à la hauteur du défi ?

Jean Kacou Diagou : C’est un défi très important. Le chef de l’État a placé son nouveau mandat sous le signe du développement économique pour faire en sorte que la Côte d’Ivoire se mette définitivement sur les rails du développement. Et il compte vraiment sur le secteur privé ivoirien. Celui-ci doit être imaginatif, créer des entreprises et attirer des investisseurs étrangers pour accompagner ce changement dans le pays, qui en a grandement besoin.

Entre 2000 et 2010, beaucoup de jeunes ont été laissés sur le carreau. Il faut les employer et les aider à s’intégrer dans la vie active. Le plan ne nous tombe pas dessus, il a été conçu avec le secteur privé – et en particulier avec la CGECI -, il est même grandement inspiré du plan stratégique Côte d’Ivoire 2040 que celui-ci a mis en place. Le secteur privé doit se rassembler et être capable de porter une grande partie de ce programme de développement [70 % des investissements]. Pour cela, il faut qu’il puisse se trouver un leader.

Vous dirigez le patronat ivoirien depuis dix ans. La prorogation de votre dernier mandat [jusqu’à fin 2016] a suscité des critiques. Êtes-vous désormais prêt à partir ?

Mon mandat avait été prorogé de manière extraordinaire par le conseil d’administration du patronat, mais personne n’est irremplaçable. Nous avons passé ces dix dernières années à structurer la CGECI, et cette jeune organisation patronale est devenue majeure. Mais elle peut faire mieux encore. Je suis partant pour qu’on trouve des jeunes – des plus jeunes que moi – pour accompagner ce mouvement. En revanche, il ne m’appartient pas de choisir un successeur. C’est le conseil d’administration et l’assemblée générale de la CGECI qui choisiront le nouveau leader entre octobre et novembre 2016. J’aspire à prendre ma retraite dans ce domaine pour m’occuper davantage du Groupe NSIA.

Justement, la BNC et Amethis Finance sont entrés au capital de votre groupe en rachetant les parts d’ECP. Où en êtes-vous avec ces nouveaux partenaires ?

Nous avons eu en septembre une réunion qui a coopté les représentants de la BNC et d’Amethis au conseil d’administration de NSIA. Pour l’instant, nous sommes en phase d’augmentation de capital pour conforter les fonds propres du groupe et de ses filiales. Dans un premier temps, c’est une petite opération de 15 milliards de F CFA [environ 22,9 millions d’euros] qui sera bouclée dans les jours à venir. Les Canadiens y souscrivent massivement et augmentent légèrement leurs parts dans le capital. Nous serons un peu dilués mais resterons largement majoritaires.

La gouvernance et le management du groupe vont-ils changer ?

Fondamentalement, la gouvernance ne va pas changer. Elle va sans doute connaître des améliorations. BNC et Amethis vont remplacer ECP au sein des comités de gouvernance qui existent déjà [audit, rémunération, investissement…]. Et ils ont aussi accédé à un poste d’observateur dans le conseil de NSIA Banque Côte d’Ivoire. Nous avons prévu de transformer ce poste d’observateur en poste d’administrateur après l’augmentation du capital.

Le pôle bancaire dépendra toujours du holding, qui est actionnaire de toutes les filiales dans ce domaine

Votre objectif est de créer un véritable groupe de bancassurance. Raison pour laquelle vous avez choisi une banque comme partenaire. Comment allez-vous vous organiser ? Allez-vous confier la gestion du pôle bancaire à la BNC et continuer vous-même à gérer la partie assurances ?

Non. Le pôle bancaire dépendra toujours du holding, qui est actionnaire de toutes les filiales dans ce domaine comme dans celui des assurances. À ce niveau, rien ne changera. Mais la présence de la BNC montre que nous avons l’intention de conforter et d’accélérer les activités de notre pôle banque, sans toutefois négliger le pôle assurances.

On parle beaucoup de votre intérêt pour Oragroup, un groupe bancaire présent dans douze pays et détenu par votre ancien partenaire ECP…

Il est clair que pour aller vite il vaut mieux acheter. Pour l’instant, nous n’avons pas de contacts réels avec ECP au sujet de ce groupe puisque nous ne connaissons pas encore ses intentions. S’ils envisageaient de céder leurs parts dans cette banque, cela pourrait être une belle opportunité.

Y a-t-il d’autres groupes bancaires qui pourraient vous intéresser en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale ?

Nous saisirons toutes les opportunités qui s’offriront à nous dans le domaine bancaire. Nous sommes présents dans douze pays mais nous n’avons des activités bancaires qu’en Côte d’Ivoire et en Guinée.

Vous dites que l’augmentation de capital actuellement en cours n’est qu’une première. Combien souhaitez-vous lever en tout ?

Tout dépendra des opportunités qui se présenteront. Les augmentations de capital serviront à financer la croissance externe. Si nous avons besoin de 20 milliards de F CFA pour faire une acquisition, nous les lèverons.

L’introduction prochaine [mi-2016] de NSIA Banque Côte d’Ivoire à la Bourse d’Abidjan pourrait être considérée comme un test

Dans cette optique, seriez-vous prêts à introduire votre groupe en Bourse ?

Cette idée n’est pas à l’ordre du jour mais elle va faire son chemin. L’introduction prochaine [mi-2016] de NSIA Banque Côte d’Ivoire à la Bourse d’Abidjan pourrait être considérée comme un test. Nous aviserons ensuite pour l’ensemble du groupe. Il ne faut pas oublier que celui-ci a atteint un haut niveau de valorisation, qui fait que la levée de capitaux à la Bourse régionale risque d’être un peu lourde. Il faudrait étudier la possibilité d’aller sur plusieurs Bourses en même temps.

En attendant le développement de votre pôle bancaire, les assurances restent votre corps de métier. Comment se porte NSIA Assurances ?

Nous avons atteint 95 % à 100 % de nos objectifs en matière d’assurances. Nous avons la chance d’être diversifiés dans plusieurs pays ; lorsqu’une filiale va mal, une autre va mieux. Et nos résultats pourraient même être meilleurs s’il n’était pas si difficile de développer l’assurance-vie dans nos pays, où les gens n’ont pas la notion de l’épargne à long terme. Cela dit, nous enregistrons quand même une progression de 15 % à 20 % par an dans ce domaine.

Il semble que l’année 2014, pour laquelle vous n’avez pas encore communiqué vos résultats, ait été mauvaise pour le Groupe NSIA…

Pas particulièrement. Peut-être n’avons nous pas atteint les résultats que nous espérions mais ils ne sont pas mauvais. L’assurance, c’est la gestion des risques, et ils peuvent survenir à tout moment, dans plusieurs pays en même temps, et obérer les résultats. C’est ce qui s’est passé en 2014. Mais globalement, le résultat consolidé a été multiplié par deux.

Du point de vue du chiffre d’affaires on aura une progression de plus de 10 %

Et comment se profilent les résultats de 2015 ?

Dans le domaine des assurances, tant que l’année n’est pas terminée, les choses peuvent encore changer. Mais je pense que du point de vue du chiffre d’affaires on aura une progression de plus de 10 % et une augmentation du résultat net de 20 % à 25 %.


 

Oragroup dans le viseur

Le patron ivoirien ne s’étend pas sur le sujet, mais celui-ci est en tête de ses objectifs à court terme. Dans le milieu financier ouest-africain, tout le monde sait que Jean Kacou Diagou ne rêve que de prendre le contrôle du groupe bancaire Oragroup, détenu par ECP, et dont l’empreinte géographique est complémentaire avec celle de son pôle assurances. Cette opération lui permettrait de faire un bond dans son projet de bancassurance et surtout de donner un coup d’accélérateur à ses résultats financiers, qui ralentissent. D’après nos informations, en 2014, le résultat net du groupe, attendu à 26 milliards de F CFA, n’a été que de 16 milliards de F CFA (environ 24,4 millions d’euros).

Reste une question : NSIA aura-t-il les moyens de racheter Oragroup ? Présente dans douze pays, cette plateforme bancaire dont le total de bilan a atteint 2,3 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) et le produit net 151 millions de dollars en 2014 est convoitée par de nombreux acteurs voulant se développer en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. « Dans ce contexte, la valorisation pourrait facilement s’envoler », selon un spécialiste du secteur. Mais Kacou Diagou aura toute l’année 2016 pour rassembler des fonds car ce deal ne pourra pas se faire avant 2017. D’après notre spécialiste, lorsqu’il a absorbé le réseau bancaire BRS en 2013, ECP s’était engagé à ne pas le revendre avant cette échéance. »