Mali – Ibrahim Boubacar Keïta : « Je ne crois pas avoir échoué »

À Paris, le 2 décembre. © VINCENT FOURNIER/J.A.

Attentat du Radisson, réforme de l'armée, port du voile intégral, Sanogo, ATT… Le président malien dresse le bilan de son action à mi-mandat. Et répond sans ambages à ses détracteurs. Grande interview.

«Mon honneur n’est pas à jeter aux chiens », lançait un Ibrahim Boubacar Keïta manifestement ulcéré à la une de J.A., il y a une année et demie, au cœur de la tourmente médiatique suscitée par la révélation de ses liens avec l’homme d’affaires Michel Tomi. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts du fleuve Niger : IBK a été reçu à Paris fin octobre pour une rare visite officielle d’État, des jihadistes ont pris d’assaut l’hôtel Radisson Blu de Bamako et le président malien est redevenu pour les médias un allié fidèle dans le combat contre le terrorisme international. Retour à l’essentiel, en quelque sorte. Même si, au Mali, une opposition pugnace ne cesse de remettre en question sa gouvernance et pointe les aléas de l’application de l’accord de paix d’Alger signé il y a six mois entre le pouvoir central et les groupes armés du Nord, le maître du palais de Koulouba se veut désormais, du haut de ses 70 ans, aussi serein qu’au premier jour.

À trois mois de la moitié de son mandat, alors que les nuages sont encore loin de s’être dissipés dans le ciel malien, le chef de l’État ne retient que les promesses d’éclaircies. Autosatisfaction, volontarisme, optimisme indispensable pour qui est déterminé à réussir ? Un peu des trois sans doute. Présent à Paris pour la COP21, IBK est allé s’incliner sur les lieux de la tuerie du Bataclan avant de recevoir J.A. pour l’entretien que vous allez lire…

Jeune Afrique : L’année 2015 qui s’achève aura été marquée par l’apparition d’actes de terrorisme urbain, à Bamako et à Sévaré, mais aussi par plusieurs dizaines d’incidents armés à travers tout le territoire. Déjà précaire, la sécurité semble régresser au Mali. Est-ce aussi votre opinion ?

Ibrahim Boubacar Keïta : Non. C’est l’inverse. Les groupes jihadistes ont été émiettés et poussés dans leurs retranchements. Nous avons affaire aujourd’hui à de petits commandos de trois à cinq personnes qui font des coups pour l’équivalent de 10 000 euros. Des groupes franchisés, en quelque sorte, par des commanditaires du type Iyad Ag Ghaly et envoyés en mission. C’était le cas apparemment des deux jeunes terroristes du Radisson, des gamins dont les visages angéliques cachaient une nature monstrueuse. Face à ce genre d’individus déterminés à mourir, il est très difficile d’anticiper, comme on l’a vu pour les attentats de Paris.

Tout de même, la facilité avec laquelle les terroristes ont pu pénétrer à l’intérieur du Radisson démontre qu’il y a eu des failles sécuritaires sérieuses.

Concernant le modus operandi du commando, c’est possible, l’enquête le dira. Concernant la réaction de nos forces, certainement pas. Même si elles ont été aidées par des Français et des Américains, nos forces spéciales ont fait l’essentiel du travail, avec professionnalisme. Pour le reste, vous ne voyez que la partie émergée de l’iceberg. Je reçois chaque soir un rapport de nos services de renseignements et je peux vous dire que depuis la fusillade contre le restaurant La Terrasse, en mars dernier, pour un attentat commis, nous en déjouons dix – ce qui a d’ailleurs permis à certains pays voisins d’échapper à un sort funeste. Je n’en dirai pas plus.

Est-il exact que vos forces spéciales manquaient, ce jour-là, de gilets pare-balles ?

C’est un mauvais procès, instruit par des gens qui n’ont qu’une obsession : critiquer. Les Maliens rassemblés autour du Radisson ont applaudi nos forces spéciales et ils ont eu raison. Pensez-vous sérieusement que j’aurais le cœur léger si j’avais envoyé ces hommes à la mort, sans l’équipement adéquat ? Maintenant, bien sûr qu’il y a encore des efforts à faire. Nous avons demandé urbi et orbi à nos partenaires de nous aider dans ce domaine. Nous avons les disponibilités financières nécessaires pour cela.

Jérôme Delay/AP/SIPA

Bamako, le 21 novembre, le lendemain de l’attentat contre le Radisson Blu. © Jérôme Delay/AP/SIPA

Un nouveau groupe jihadiste est apparu cette année : le Front de libération du Macina, d’Amadou Koufa, qui opère dans la région de Mopti, dans le centre-sud du Mali. Cela vous inquiète-t-il ?

La réputation de ce Front est surfaite. Il est vrai qu’il a fait quelques coups de main et assassiné deux ou trois imams, mais il est clair que ce Koufa – dont on ignore s’il est vivant ou pas – n’est qu’une franchise d’Iyad Ag Ghaly, rien de plus. Iyad, comme vous le savez, a rejeté l’accord de paix d’Alger. Il en assumera toutes les conséquences.

Pas question de négocier avec lui ?

C’est hors de question. Cet homme est l’ennemi du Mali. Il joue à cache-cache avec toutes les forces armées présentes dans la région, mais il se sait à terme condamné. Iyad Ag Ghaly a pu, dans le passé, tromper certains responsables et bénéficier de certaines complaisances. Cela n’a jamais été mon cas, je n’ai jamais eu affaire à lui. Ce monsieur se revendique de l’État islamique, il doit être traité comme tel.

Je suis, nous sommes tous Mali !

« Nous n’avons pas peur », avez-vous dit au lendemain de la tuerie du Radisson. Mais encore ?

Si cet attentat avait pour but de nous hypnotiser, d’étouffer notre liberté, d’anesthésier notre joie de vivre, ce fut un échec. Comme le dit la chanson d’Amadou et Mariam, le dimanche est un jour de fête et de mariage à Bamako. Il le restera. Je suis, nous sommes tous Mali !

Le président du Haut Conseil islamique du Mali, l’imam Mahmoud Dicko, a tenu des propos pour le moins ambigus à propos du Radisson. Il condamne l’attentat tout en l’assimilant à un châtiment de Dieu contre « les grandes puissances qui sont en train d’obliger le monde à aller vers l’homosexualité ». Qu’en dites-vous ?

Je réprouve totalement ces déclarations inappropriées. Ces propos ne sont ni les miens ni ceux du peuple malien. Le monstre hideux qui a frappé à Paris et à Bamako a le même visage. Seule la solidarité internationale permettra de le terrasser. Ce que dit M. Dicko n’engage que lui.

Le port du voile intégral, qu’il s’agisse de la burqa ou du niqab, a été interdit au Congo, au Cameroun, au Tchad et dans certaines parties du Niger pour des raisons de sécurité liées au terrorisme. Le débat est lancé en Guinée et au Sénégal pour les mêmes motifs. Quelle est votre position ?

De quoi s’agit-il ? L’islam demande de soustraire les femmes à la concupiscence des hommes, ce qui veut dire : voilez autant qu’il le faut les cheveux et certaines parties du corps. Mais pas la totalité du corps et certainement pas dans le but d’y dissimuler des armes ou des explosifs. En cela, je suis d’accord avec mes frères Alpha Condé et Macky Sall.

Lesquels souhaitent interdire le voile intégral.

Absolument.

Comptez-vous légiférer à ce propos ?

Le débat existe au Mali, il s’invite. Si la Cedeao veut s’en saisir lors de son prochain sommet, nous en parlerons au niveau régional. Mais je ne ferai rien sans avoir auparavant consulté le peuple malien.

Six mois après la signature des accords de paix d’Alger, où en est-on de leur mise en œuvre ?

L’accord est entré en application. Le cantonnement et la démobilisation des groupes armés se passent plutôt bien, des patrouilles mixtes avec l’armée malienne sont organisées dans le Nord. Je remarque aussi que tous les mouvements ont condamné, sans aucune hésitation ni ambiguïté, l’attaque du Radisson. C’est réconfortant.

Je ne suis pas homme à jeter le Mali par-dessus bord pour complaire à qui que ce soit

On vous reproche parfois d’avoir signé ces accords en position de faiblesse. Vous ont-ils été imposés ?

En aucun cas. Dès le début, j’ai dit que tout était négociable, sauf la souveraineté, l’intégrité territoriale et la forme républicaine et laïque du Mali. Je m’y suis tenu. Je ne suis pas homme à jeter le Mali par-dessus bord pour complaire à qui que ce soit. Tout ce que je fais est dans l’intérêt de mon pays et de mon peuple. Rien, dans les accords d’Alger, ne contrevient à cela et tout va dans le sens de la paix, une paix durable, profonde, sincère.

Ces accords ne donnent-ils pas trop d’importance et de pouvoirs aux régions et à leurs futurs exécutifs, au point que certains parlent déjà de fédéralisme ?

À tort. Le Mali s’est engagé très fortement, dès l’avènement de la démocratie, en 1992, sur la voie de la décentralisation – car c’est bien cela et seulement cela qu’il convient de poursuivre et de parachever en consacrant la régionalisation. Nous avons beaucoup travaillé là-dessus pour construire les fondations de cette réforme qui, à bien des égards, rappelle par son ampleur historique celle que Jean-Marcel Jeanneney et son équipe ont préparée pour la France à la fin des années 1960. Tout a été étudié, discuté avec les populations, à commencer par la conformité historique, géographique et économique des régions. Je suis convaincu que ce chemin est le bon.

Mais il vous faudra, auparavant, restaurer l’unité de l’État en imposant partout la présence de l’administration centrale, ce qui n’est pas encore le cas.

Aucune région ne va rester en dehors de la souveraineté malienne, aucune parcelle de territoire. Mais il faut y aller progressivement, sans brûler les étapes ni violer un accord à peine signé.

Quand irez-vous à Kidal ?

Le moment venu. Pour l’instant, c’est Kidal qui vient à moi. Je reçois chez moi, à Bamako, l’amenokal, ainsi que des représentants de mouvements autrefois hostiles comme le MNLA. J’attends que tout soit coulé dans le moule de l’accord pour aller au-delà. Je ne ferai rien qui mette en péril la paix.

Comment avez-vous vécu la déroute de vos troupes à Kidal en mai 2014 ?

Comme un épisode très douloureux.

Est-il vrai que vous avez songé à quitter le pouvoir ?

Je ne répondrai pas à cela.

L’armée malienne s’en est-elle remise ?

Elle a été traumatisée, car elle a été piégée. Il y aurait beaucoup à dire à ce propos, mais ce n’est pas le moment.

Pensez-vous que les critiques formulées par certains secteurs de l’opinion contre le tropisme pro-Touaregs supposé des militaires français soient encore d’actualité ?

Compte tenu du niveau qui est le mien, du respect dû à la France et à son armée, à qui nous devons le coup d’arrêt salvateur de Konna, en janvier 2013, votre question est sans objet.

Il y a un souci concernant le mandat de la Minusma. Sa capacité de riposte est limitée, corsetée

Autre critique entendue, cette fois-ci à l’égard des Casques bleus de la Minusma : leur passivité. Et le fait d’affecter l’essentiel de leurs ressources à leur propre protection. Qu’en pensez-vous ?

Il ne faut surtout pas se montrer ingrats vis-à-vis d’une mission qui a payé un lourd tribut au retour de la paix au Mali. Les mines et les tirs de roquettes ont fauché des vies, cela mérite tout notre respect. Cela dit, il y a un souci concernant le mandat de la Minusma. Sa capacité de riposte est limitée, corsetée. Elle est là pour observer et pour stabiliser, mais observer quoi et stabiliser comment ? Quand j’apprends que des terroristes peuvent pénétrer impunément dans le camp de la Minusma à Kidal, vous comprendrez que je m’inquiète. Il faut que le Conseil de sécurité de l’ONU revoie ce mandat au plus vite pour que la mission puisse être proactive et exercer sa légitime défense.

Ne craignez-vous pas que les tensions permanentes entre l’Algérie et le Maroc affectent la mise en œuvre des accords d’Alger ?

Disons que j’eusse préféré que la relation entre ces deux pays frères fût meilleure.

Entre votre participation à la marche républicaine de Paris après les attentats du mois de janvier et votre visite officielle fin octobre, vous n’avez pas mis les pieds en France. A-ton raison de lier cette période d’absence aux remous suscités par la publication d’articles de presse sur vos liens avec l’homme d’affaires Michel Tomi ?

Permettez-moi de sourire. Je n’ai pas pour habitude de me rendre dans un pays quand je n’y suis pas invité, et l’avion gouvernemental malien, sur lequel on a tant polémiqué, me permet d’aller directement d’une capitale à une autre. Point final. N’écoutez pas ceux qui racontent n’importe quoi. Ce sont les mêmes qui disaient : « Jamais IBK ne sera président du Mali. »

Vous parlez d’absence, mais il ne s’est pas passé une semaine sans que je sois en contact téléphonique avec François Hollande, Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian ! Et puis il y a eu cette fabuleuse visite d’État dont vous parlez, cette cérémonie à la Sorbonne, mon pèlerinage à Verdun où mon grand-père est mort pour la France. Je crois que cela a répondu à tout.

Zihnioglu Kamil/SIPA

Avec le président français François Hollande, au palais de l’Élysée, le 21 octobre © Zihnioglu Kamil/SIPA

À Verdun, on vous a vu pleurer d’émotion…

Oui, je l’avoue, j’ai craqué. Je suis un homme, pas une boule d’acier.

Le sommet Afrique-France aura-til bien lieu comme prévu à Bamako fin 2016, en dépit de la situation sécuritaire ?

Absolument. Il y a simplement un léger décalage : ce sera en janvier 2017.

Votre Premier ministre, Modibo Keïta, le troisième en deux ans, serait, dit-on, sur le départ. Est-ce exact ?

C’est faux ! Modibo Keïta est un homme estimable à tous égards, que le peuple malien et tous nos partenaires apprécient. Il n’était pas demandeur, il est venu et il restera.

Mais on dit qu’il souhaite lui-même s’en aller ?

Pas du tout. Ce genre de rumeur émane de gens qui souhaitent sans doute prendre sa place. C’est une cabale. Ils perdent leur temps.

On a même prétendu que je m’étais fait construire une piscine couverte et chauffée dans ma résidence, alors que je n’ai qu’un modeste bassin sous les arbres

Votre opposition soulève régulièrement des affaires touchant à la gouvernance du Mali. Depuis deux ans, on a eu droit à l’affaire de l’achat de matériel militaire, à l’affaire de l’avion présidentiel, à l’affaire Tomi, à l’affaire des mille tracteurs, au feuilleton des engrais frelatés… Pourquoi tant d’acharnement ? Parce que vous y prêtez le flanc ?

Tout ce qui est excessif est insignifiant, comme disait Talleyrand, et je crois qu’il y a des choses qu’il faut laisser mourir de leur mort naturelle. Ceux qui animent ces polémiques le savent. Ils cherchent, ils fouillent dans mes poches, dans mon entourage, au sein de ma famille, du côté de mes ministres. Et ils ne trouvent rien, ils n’ont pas de prise. On a même prétendu que je m’étais fait construire une piscine couverte et chauffée dans ma résidence, alors que je n’ai qu’un modeste bassin sous les arbres pour mes petits-enfants. C’est dire !

Vous avez décrété l’année 2014 « libre de corruption ». Mais aucun procès n’a suivi. Pourquoi ?

Plus de 200 dossiers ont été déposés devant les tribunaux, et pourtant, fin 2015, aucune affaire n’a prospéré. Cela commence à devenir pesant, et comme vous je me pose la question : qui bloque ?

Vous ?

Jamais ! Ai-je essayé de couvrir une seule affaire ? Ai-je appelé une seule fois un juge malien ? Si c’était le cas, je suis prêt à en répondre aujourd’hui devant Dieu. Les yeux dans les yeux je vous le dis : je ne l’ai jamais fait. Ma détermination à lutter contre la corruption ne souffre d’aucune ambiguïté.

L’opposition malienne a un chef de file : Soumaïla Cissé. Êtes-vous en relation ?

Bien sûr. On se parle. C’est un jeune frère à qui beaucoup de choses me lient.

Cela fait deux ans que l’ancien chef de la junte, le capitaine Sanogo, est détenu à Manantali. Quand sera-til jugé ?

Votre question ne s’adresse pas à moi mais à la justice. Une chose est sûre : il sera jugé, et je souhaite qu’on y arrive dès que possible. La détention préventive ne saurait être illimitée.

L’ex-président Amadou Toumani Touré, qui vit en exil à Dakar, peut-il rentrer au Mali ?

Personne ne lui a jamais interdit de revenir chez lui. La porte est grande ouverte.

À un détail près : il est poursuivi en justice.

Il est effectivement inculpé devant la Haute Cour, mais je n’y suis pour rien. D’autant que son éviction brutale du pouvoir n’a pas été de mon fait. Une relation de fraternité subsiste entre nous et il arrive qu’on se parle, ne serait-ce que pour évoquer nos souvenirs réciproques. Je lui ai toujours dit que je ne faisais pas partie de ces politiciens dont il pouvait craindre les jeux troubles.

ATT écrit ses mémoires. Le saviez-vous ?

Non. Mais ce sera sûrement utile pour l’histoire du Mali.

Nous avons reçu beaucoup de reconfirmations d’aide et d’investissements

Le Mali a obtenu nombre de promesses d’aide et d’investissements lors de la conférence des bailleurs de fonds, fin octobre à Paris. Ne craignez-vous pas que l’attaque du Radisson remette en question ces résultats ?

C’était sans doute l’un des objectifs de ceux qui ont commandité cet acte. Ils savaient que les investisseurs étaient de retour, tout cela était calculé. Mais ils vont échouer. Nous avons reçu beaucoup de reconfirmations d’aide et d’investissements.

Vous faites régulièrement appel aux Maliens de la diaspora pour qu’ils investissent chez eux. Avec succès ?

Le mouvement est en train de se faire. Il y a un gisement fabuleux de Maliens qui ont réussi à l’étranger : aux États-Unis, en France, en Suède, en Chine, au Nigeria, à Singapour, au Congo, etc. Chaque fois que je voyage, je les reçois et les encourage à revenir investir chez eux. C’est notre intérêt et c’est aussi le leur, quand on sait qu’en ces temps de repli identitaire la vie n’est pas toujours aussi facile pour eux qu’on l’imagine au pays. Ils ont des capitaux, un savoir-faire impressionnant, et leur patriotisme est au rendez-vous. Reste à franchir le pas.

Autre récurrence de votre discours : la « révolution verte ». Vous avez promis de consacrer 15 % du budget de l’État à l’agriculture. Promesse tenue ?

Oui ! 15,1 % exactement pour cette année, et je veille personnellement à ce que le moindre centime soit bien utilisé. Le Mali produit de l’or jaune, certes, mais ce qui me fait courir, c’est l’or vert. Le fleuve Niger est notre grande chance, comme le Nil a été celle de l’Égypte. Ce pays qui fut le grenier de l’Afrique de l’Ouest peut devenir demain celui de toute l’Afrique ! Les mille tracteurs que nous avons offerts il y a trois mois aux agriculteurs, c’était pour aller dans ce sens. S’il y a eu polémique à ce sujet, c’est que certains n’ont pas intérêt à voir nos projets réussir.

Vous avez été élu en août 2013 par 78 % des voix avec un engagement : bâtir un nouveau Mali, plus vertueux, plus prospère, plus uni. Où en êtes-vous de ce chantier-là ?

J’ai hérité d’un Mali en questionnement, désorganisé, bouleversé dans toutes ses structures. Avec une mission prioritaire : la paix. Je ne crois pas avoir échoué. L’autorité de l’État est de plus en plus réelle, de moins en moins virtuelle. Les fonctionnaires travaillent de plus en plus pour le Mali et de moins en moins pour eux-mêmes. Nous avons de très bonnes relations avec les institutions financières internationales, et les projets économiques sont sur la bonne voie.

Un détail significatif de notre redressement : avant, les militaires portaient des tenues dépareillées, la chemise jurait avec le pantalon, ils étaient chaussés de sandales, les notions de bérets rouges ou verts n’avaient plus de sens. Aujourd’hui, chaque militaire dispose d’au moins trois tenues. Résultat : notre armée retrouve sa fierté. Ce n’est pas négligeable.

Vous attendiez-vous à un premier mandat aussi difficile ?

Non. Je savais que ce ne serait pas une partie de plaisir, après tout j’ai été Premier ministre pendant six ans, je connaissais donc les aspérités de la tâche. Mais je ne pensais pas que ce serait aussi chahuté au sortir du conflit que nous avons connu. Un peu trop, parfois…

Je suis là. Je n’ai pas peur. Le temps de Dieu n’est pas le temps des hommes

Craignez-vous pour votre vie ?

Je suis croyant, ma vie est entre les mains du Créateur et lui seul décide du temps qu’il m’accordera. On m’a dit mort en Turquie il y a quelques mois. On m’a pleuré dans les chaumières. Je suis là. Je n’ai pas peur. Le temps de Dieu n’est pas le temps des hommes.

IBK dort-il bien la nuit ?

Excellemment. N’ai-je pas l’air apaisé ?

Vos adversaires ne vous ménagent pas…

Les coups bas ne manquent pas, c’est vrai, mais je ne doute pas un instant de mon bilan. « Quand ils en ont après vous, c’est que vous êtes devant », dit-on chez moi. Vous avez vu nos jeunes Maliens, lors de la finale de la Coupe du monde des moins de 17 ans au Chili, il y a deux semaines ? Vous avez entendu résonner l’hymne national malien dans le stade de Viña del Mar, à Santiago ? Quelle fierté ! Voilà le niveau d’excellence auquel j’aspire pour mon pays et pour mon peuple ! Le reste est subalterne.

L’équipe du Mali a perdu la finale…

Parce que nos jeunes ont eu peur de gagner ! Un but a suffi pour détruire leur moral. Mais quel parcours !

Avez-vous peur de gagner ?

Non. J’ai de l’expérience et j’ai du coffre.