Maroc-Chine : de deal en deal

Le 26 novembre, à Marrakech, lors de l'ouverture du Sommet sino-africain des entrepreneurs (SAES). © SAES

Pêche, finance, automobile, télécoms, infrastructures… Les opérateurs des deux pays se rapprochent pour bâtir des projets communs.

Taoufik Joundy n’a pas attendu que les institutionnels du pays lui pavent le chemin. Le président du conseil d’affaires Maroc-Chine de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) est à la tête de Haifen Fisheries, un groupe de pêche industrielle basé à Agadir, qui est en joint-venture avec China National Fisheries Corporation (CNFC) depuis 1991. Le Maroc est en effet le principal partenaire de la Chine en Afrique dans le secteur de la pêche. « Au total, nous avons reçu un investissement de 70 millions de dollars [environ 64 millions d’euros], explique Taoufik Joundy. Et nous tablons sur un investissement équivalent dans les années à venir pour le renouvellement de notre outil de production. »

Les projets communs

Le « Monsieur Chine » du patronat marocain espère voir rapidement se mettre en place une liaison aérienne directe entre les deux pays afin de faciliter les échanges. La RAM assure que cela devrait se faire au plus tard en 2017. « Jusqu’à présent, le projet faisait l’objet d’études approfondies, mais c’est seulement depuis notre commande de cinq Boeing 787, fin 2014, qu’il devient réalisable. Sans flotte adaptée, il nous était difficile de concrétiser le projet », précise le directeur de la communication du transporteur marocain.

Les banques ont été les premières à se rapprocher du géant asiatique, principalement pour accompagner les exportations du groupe OCP (phosphates) et mieux faire connaître l’économie du royaume. Cependant, les entreprises chinoises sont encore peu nombreuses au Maroc, même si quelques-unes ont sauté le pas et fait fi des barrières douanières, lesquelles, soumises au régime du droit commun (soit un taux de 25 %), ne leur offrent aucun traitement préférentiel.

China Overseas Engineering Group (Covec) a construit le pont à haubans sur le Bouregreg, à Rabat, qui permet d’assurer la liaison avec l’autoroute de contournement de la capitale

Dans le secteur de l’automobile, Dongfeng, deuxième constructeur chinois, a annoncé son implantation au Maroc dans le cadre d’un partenariat avec le français PSA sur son site de Kenitra (Nord). Et Riad Motors Holding, entreprise marocaine spécialisée dans l’assemblage de camions importés de Chine, travaille déjà pour des marques telles que BAW, Sinotruk et Zhongtong Bus.

Dans les télécoms, Huawei, implanté dans le pays depuis 2006, a ouvert en juin un deuxième bureau à Casablanca, où Lenovo a également une représentation régionale.

Les Chinois ont par ailleurs réalisé d’importants investissements dans de grands projets d’infrastructures, comme celui de la future centrale à charbon de Jerada (Nord-Est, 300 MW), dont le financement de 360 millions de dollars est en partie assuré par China Exim Bank. De son côté, China Overseas Engineering Group (Covec) a construit le pont à haubans sur le Bouregreg, à Rabat, qui permet d’assurer la liaison avec l’autoroute de contournement de la capitale. Covec ayant revu ses prix au plus bas pour remporter le marché, le coût de l’ouvrage n’est « que » de 730 millions de dirhams (66 millions d’euros), financé par la Banque européenne d’investissements (BEI) et la société des Autoroutes du Maroc (ADM).