Ces groupes chinois qui tâtent le terrain au Maroc

Par - Envoyée spéciale à Marrakech

Équipes de Hsin Chong sur le chantier de la gare de West Kowloon, à Hong Kong, en 2014. © HSIN CHONG

Lors du Sommet sino-africain de Marrakech, fin novembre, bon nombre de patrons chinois sont venus évaluer ce qu'ils gagneraient à s'implanter au Maroc.

Hsin Chong : BTP, génie civil, promotion immobilière

Fondé en 1939, Hsin Chong Construction Group est l’un des plus anciens acteurs du BTP, du génie civil et de la promotion immobilière en Asie. Basé depuis sa création à Hong Kong, le groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars en 2014 (environ 1,6 milliard d’euros) et compte plus de 9 000 employés, est présent à Macao (l’autre région administrative spéciale de la République populaire), en Chine continentale et à l’international. Dans le cadre de l’initiative One Belt, One Road, Hsin Chong cherche désormais à développer ses activités dans l’industrie hôtelière en Europe et dans les infrastructures d’accompagnement gériatrique en Asie du Sud-Est et en Australie.

« En Afrique, nous sommes dans une phase exploratoire. Nous sommes par exemple en discussion sur des projets au Tchad et en Ouganda, explique Joseph K. H. Choi, le PDG du groupe. C’est la première fois que je viens au Maroc, mais nous aimerions nous y établir. Nous nous intéressons à plusieurs projets à l’étude, notamment celui de tunnel sous la Méditerranée, qui pourrait relier le royaume à l’Espagne. Il s’agirait d’un gigantesque chantier de plusieurs milliards de dollars, qui représenterait une dizaine d’années de travaux et sur lequel nous ne serions pas la seule entreprise chinoise impliquée. »

Greinworth : traitement de l’eau

Spécialisé dans la recherche et le développement de technologies de traitement de l’eau ainsi que dans la fabrication, l’installation et la maintenance d’équipements de traitement des eaux usées, Suzhou Greinworth Environmental Protection Technology Co. travaillait jusqu’à présent en Chine, où il a réalisé un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars en 2014 (environ 1,6 milliard d’euros). « Depuis le début de l’année, nous cherchons à nous développer à l’étranger », commente Ryan Chen, directeur général adjoint du groupe, qui souligne que Greinworth vient de s’engager sur des projets au Kenya et en Afrique du Sud.

« L’Afrique nous paraît être un marché intéressant puisque la plupart des pays du continent sont soumis à un stress hydrique important, poursuit-il. Nos produits peuvent constituer une partie de la solution. » À la recherche de partenaires locaux capables de fournir les services autour de l’installation et de la maintenance de ses produits, Greinworth n’est pas venu au Maroc par hasard. « Compte tenu du niveau de développement du royaume, nous pensons que le marché marocain représente un potentiel pour nos systèmes de traitement des eaux, confirme Ryan Chen. Nous sommes donc à la recherche d’une entreprise locale avec laquelle nous pourrions établir un partenariat ou créer une coentreprise. »

Yingli Solar

La firme a notamment réalisé la centrale solaire de Poggiorsini, en Italie © Yingli Solar

Yingli Solar : énergie photovoltaïque

Avec déjà plus de 50 millions de panneaux solaires installés dans plus de 90 pays, un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros), une trentaine de filiales ou bureaux et plus de 30 000 employés à travers le monde, Shenzhen Yingli New Energy Resources, fondé en 1998, fait partie du top 5 mondial des concepteurs et fabricants de panneaux photovoltaïques (commercialisés sous la marque Yingli Solar).

Le groupe est déjà présent sur le continent, notamment en Algérie où, fin 2013, le consortium qu’il forme avec ses compatriotes Sinohydro et Hydrochina a décroché un contrat auprès d’une filiale de Sonelgaz pour l’installation de 233 MW de parc solaire (sur un total de 318 MW prévus, sur quatre sites). Yingli Solar espère être associé à un projet du même type dans le royaume. « C’est la deuxième fois que je viens au Maroc. C’est toujours un peu compliqué pour les visas, confie Honglin Hui, directeur général de Yingli Solar. La première fois que je suis venu c’était en 2007, je faisais partie d’une délégation chinoise invitée par le gouvernement marocain. »

ISI-GF Welding Technology : Robots, machines et équipements de soudage industriel

Fournisseur de Renault en machines de soudage pour l’ensemble du continent, c’est en suivant le constructeur automobile français que le groupe ISI-GF Welding Technology s’est intéressé au Maroc. « Avec d’autres fournisseurs chinois, nous accompagnons également PSA [marques Peugeot et Citroën] pour l’installation de sa future usine à Kenitra », explique Michel Li Guisheng, le président du groupe, dont le siège et la première usine se sont établis en 2007 à Wuhan (dans la province du Hubei, à 1 000 km au sud de Pékin) et qui a la particularité d’être un partenariat entre International Services Industries of France (ISI, basé à Paris) et GF Welding (basé à Turin, en Italie).

Depuis l’an dernier, ISI-GF travaille avec un partenaire local spécialisé dans les services aux industriels, Groupe TB Maroc.

Pour répondre à la demande des constructeurs français, qui souhaiteraient que les machines et les équipements de soudage qu’ils utilisent soient fabriqués sur place plutôt que de devoir les y importer, ISI Group envisage de créer une unité de production au Maroc. « Nous ne savons pas encore quel pourra être notre taux d’intégration, il pourra être de 10 % comme de 100 %, tout dépendra de la demande des constructeurs et également de la qualité de la main-d’œuvre marocaine », explique Li Guisheng. Depuis l’an dernier, ISI-GF travaille avec un partenaire local spécialisé dans les services aux industriels, Groupe TB Maroc (importation et distribution de pièces détachées, service après-vente), avec lequel il entend poursuivre son développement dans le pays, peut-être même en créant une coentreprise. Le groupe espère par ailleurs être appelé à fournir des équipements dans le cadre de la future ligne à grande vitesse Tanger-Kenitra (LGV, censée entrer en service en 2018) et suivre Renault dans ses projets en Iran, qui seront sans doute pilotés depuis le Maroc.

Weihua

Assemblage d'un élément de portique dans l'un des immenses ateliers de la compagnie à Xinxiang, à 600 km au sud de Pékin © Weihua

Weihua Group : équipements de levage lourd

Qin Yingyi ne semble pas mécontent de son séjour à Marrakech. « C’est la première fois que je viens au Maroc et je dois dire que j’en ai une très bonne impression, que ce soit par sa modernité ou par sa situation entre l’Europe et l’Afrique, si je puis dire », s’enthousiasme le vice-président de Weihua Group. Spécialisé dans la conception, la construction et la commercialisation de machines de levage lourd (portiques portuaires et ferroviaires, grues, etc.), le numéro deux mondial du secteur compte plus de 6 800 employés et réalise un chiffre d’affaires annuel de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros). Ses équipements sont déjà commercialisés en Afrique (en particulier en Égypte, en Tanzanie et en Afrique du Sud). Mais jusqu’à présent le groupe passait par des intermédiaires chinois, en Chine, et n’avait donc jamais eu à venir lui-même sur le continent.

« Nos produits sont utilisés sur tous les gros sites industriels miniers, portuaires ou hydroélectriques dans 70 % des pays du continent, même si l’Afrique représente à peine 20 % de nos exportations, explique Qin Yingyi. C’est pourquoi nous envisageons aujourd’hui d’y vendre directement nos machines et nos équipements. C’est l’une des raisons de notre présence au Maroc. Nous cherchons un pays africain qui puisse nous servir de bureau régional. L’Égypte ne nous semble pas assez ouverte sur l’Afrique, et nous hésitons désormais entre le Maroc et l’Afrique du Sud. » Sans savoir pour le moment où ira son choix, Weihua Group cherche un partenaire qui puisse soit simplement sous-traiter la vente de ses produits au Maroc, soit également cogérer leur stockage et le service après-vente ou, mieux encore, assurer l’assemblage sur place de ses machines et équipements, qui sont très lourds et dont l’acheminement depuis la Chine est complexe et onéreux.