Moulay Hafid Elalamy, ministre marocain de l’Industrie : « Nous sommes en pole position pour accueillir des délocalisations »

Par Jeune Afrique

Image171993.jpg © BRUNO LEVY THE AFRICA CEO FORUM/J.A.

Pour le ministre marocain de l'Industrie, le royaume chérifien dispose de tous les atouts pour attirer les investissements industriels chinois. Qui pourraient générer quelque 850 000 emplois.

Premier sommet Business to Business (B2B) entre le continent et la Chine, le Sino-African Entrepreneurs Summit, organisé les 26 et 27 novembre à Marrakech, a été l’occasion de présenter le Maroc aux entreprises chinoises, et vice versa. Une rencontre qui a donné lieu à « plus d’une trentaine d’investissements lourds dans différents secteurs », selon Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique.

Jeune Afrique : Quel objectif s’est fixé le Maroc en matière d’investissements chinois ?

Moulay Hafid Elalamy: Des changements structurels s’opèrent actuellement en Chine. Il y a un recentrage stratégique sur la consommation domestique, à l’origine d’une hausse continue des salaires depuis 2010. Une partie de la production industrielle chinoise sera relocalisée à l’intérieur même du pays et, forcément, chez ses voisins, mais aussi dans des pays plus lointains, en particulier en Afrique. À cet égard, le Maroc est en pole position pour accueillir des investissements industriels chinois. Nous avons conduit une démarche qui a permis d’identifier précisément quels pouvaient être les secteurs les plus propices à l’accueil d’IDE [investissements directs étrangers] émanant de la Chine, et il existe un fort potentiel de création d’emplois à moyen terme dans ces secteurs. L’objectif aujourd’hui est d’activer tous les leviers identifiés pour capter le plein potentiel d’investissement et maximiser les créations d’emplois.

Est-il réaliste de dire que les délocalisations chinoises pourraient permettre de créer 850 000 emplois au Maroc ?

Le potentiel d’emplois chinois délocalisables pourrait atteindre 85 millions, selon les estimations de la Banque mondiale, et, d’après son ancien économiste en chef, Justin Lin, près de 10 % de ces emplois pourraient revenir à l’Afrique. Il me semble donc réaliste de penser que le Maroc peut en capter une part non négligeable. La question qui importe le plus est celle de l’horizon de temps. Ces emplois ne se délocaliseront pas du jour au lendemain et nécessiteront, de la part des États qui souhaitent en bénéficier, la mise en place de mesures adéquates.

Le Maroc a fait le choix d’une économie ouverte et libérale et tous les investisseurs étrangers y sont les bienvenus

En s’installant dans le pays, les sociétés chinoises ne risquent-elles pas de mettre en difficulté les entreprises marocaines ?

C’est une vision complètement dépassée. Le Maroc a fait le choix d’une économie ouverte et libérale et tous les investisseurs étrangers y sont les bienvenus. Si des entreprises chinoises s’installent au Maroc, elles deviennent de fait des entreprises marocaines qui contribuent à la valeur ajoutée nationale. À mon sens, la concurrence est saine car elle permet aux opérateurs de réviser leur positionnement, d’améliorer leur compétitivité et d’innover. Il ne ressort que du positif de la compétition. Par ailleurs, nous avons très tôt fait le choix de l’ouverture et nos entreprises subissent en l’occurrence une concurrence internationale. Je préfère que les entreprises chinoises s’installent au Maroc plutôt que nous ayons à subir leur concurrence depuis la Chine.

Qu’apporte le Maroc à la relation Chine-Afrique ?

Grâce à l’inclination africaine du Maroc portée par le roi Mohammed VI, le gouvernement et les opérateurs marocains ont développé d’excellentes relations avec de nombreux pays africains. Le royaume connaît et comprend l’Afrique, et les entreprises marocaines sont aujourd’hui « rodées » à leur continent. Or, si la Chine souhaite poursuivre de manière efficace son développement en Afrique, elle devra compter sur des partenaires africains solides. De surcroît, le royaume est une plateforme d’échanges fortement connectée à l’Europe, et il pourrait donc apporter cette ouverture supplémentaire au partenariat sino-africain. Dans cette relation tripartite, le Maroc a un rôle prépondérant à jouer.

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